• Jonathan Coe, Expo 58, Gallimard Londres, 1958. Thomas Foley est employé au ministère de l'information, marié à Sylvia et tout juste père d'une petite fille. Quand on lui propose de participer à l'exposition internationale qui doit se tenir à Bruxelles il hésite un peu : il s'agit de s'absenter six mois. Mais l'attrait de la nouveauté et la perspective de pouvoir profiter d'une certaine liberté loin de son épouse l'emportent. A Bruxelles Thomas est chargé de superviser la construction du pavillon britannique et le fonctionnement du Britannia, un pub typique reconstitué sur place. Il fait la connaissance de Tony, un scientifique anglais responsable de la ZETA, une machine qui pourrait faire avancer la technologie nucléaire; de Chersky, un journaliste russe très intéressé par la ZETA; de Radford et Wayne, deux espions britanniques qui se donnent la réplique à la manière des Dupond et Dupont et d'Anneke, une charmante hôtesse belge.

     

     

    Le contexte du roman est celui de la guerre froide, période d'espionnage intense. Comme souvent Jonathan Coe épingle les travers de l'époque décrite. Ici il s'agit particulièrement de la tabagie générale : "Il avait cessé de fumer et s'efforçait de persuader Sylvia d'en faire autant (avec cette concession qu'elle attende d'avoir accouché pour arrêter; car la grossesse était une période stressante pour une femme et il était incontestable que fumer la détendait)".

    C'est amusant mais ça tourne un peu en rond et je trouve que Coe a déjà fait beaucoup plus drôle.

    J'ai apprécié la description qui est faite de l'Expo 58 -pas assez détaillée à mon avis. J'ai trouvé pertinent aussi ce qui est dit du sort peu enviable de Sylvia, la femme au foyer qui s'ennuie seule à la maison avec un bébé en attendant le retour de son mari.

    Au total c'est une lecture plutôt plaisante mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, je pense.

     

    L'avis de Keisha, celui de Krol et celui de Kathel.

     


    4 commentaires
  • Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, Noir sur blanc Zouleikha, 30 ans, est mariée depuis 15 ans à Mourtaza qui a le double de son âge. Elle a eu quatre filles, toutes mortes bébés. Elle trime toute la journée pour son mari et sa belle-mère, une femmes mauvaise qui la maltraite. Nous sommes en 1930 dans le Tatarstan, une région de l'URSS dont la capitale est Kazan. Les Tatars sont musulmans. L'islam de Zouleikha est fortement teinté d'animisme: elle croit aussi aux esprits des lieux à qui elle fait des offrandes. Quand Mourtaza refuse d'adhérer au Kolkhoze, il est abattu par un officier de l'armée rouge et Zouleikha déportée vers la Sibérie en tant que koulak. Sa vie va changer du tout au tout et elle va accéder à une forme d'émancipation.

     

     

    Gouzel Iakhina raconte bien les difficiles conditions de déportation. Aux paysans dékoulakisés s'est ajouté un petit groupe de bourgeois de Leningrad dont le bon docteur Wolf Karlovitch Leibe qui vit dans une réalité alternative depuis le coup d'état de Lénine et des bolchéviques. Tous sont entassés dans un train qui met plusieurs mois pour gagner la Sibérie. Détours, arrêts, marches arrière, à chaque étape on sort des cadavres que l'on n'a pas toujours le temps d'enterrer le long de la voie ferrée. A l'arrivée une poignée de déportés sont abandonnés dans la taïga où ils vont devoir s'organiser pour survivre durant le long hiver. Il faut construire un abri et faire des stocks de bois et de nourriture.

     

     

    L'intérêt historique du roman réside dans cette description de la machine répressive soviétique. Les cadres du régime aux-mêmes sont susceptibles d'être épurés à tout moment et sans raison. Cette terreur engendre la violence. Là où on se méfie des intellectuels et des amateurs de nuance, les malfrats sont promus. J'ai trouvé ce récit très romanesque. Les péripéties sont nombreuses et il se lit facilement. La fin cependant traine un peu en longueur, l'intrigue se resserre sur Zouleikha et ses proches, les personnages secondaires s'effacent. Au total c'est une lecture que j'ai appréciée.

     

     

    Les avis de PatriceIngannmic et Claudialucia.

     

     

     


    4 commentaires
  • Marie-Claire Blais, Petites Cendres ou la capture, Seuil L'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais est morte le 30 novembre 2021. Elle était née en 1939 au sein d'une famille ouvrière et a quitté l'école à 15 ans pour travailler. Elle publie son premier roman à 20 ans et s'impose bien vite comme une femme libre à l'homosexualité assumée.

     

     

    Marie-Claire Blais, Petites Cendres ou la capture, Seuil Petites Cendres ou la capture. Une nuit dans une île des Caraïbes. Le vieux Grégoire, un homme noir, invective un policier blanc. Il lui lance à la face tous les crimes des Blancs contre les Noirs depuis l'esclavage jusqu'aux "bavures" policières. Petites Cendres, un travesti métis qui voit que le policier a sorti une arme, s'interpose pour protéger Grégoire. Marie-Claire Blais nous donne à lire les pensées de ces trois personnages, représentatifs de leurs communautés. Grégoire est la voix des souffrances des Noirs aux Etats-Unis et le policier celle du déni des Blancs. Petits Cendres quant à lui représente la communauté LGBTQI. Le parallèle est fait entre les violences que subissent les personnes noires ou queer: on brûle des églises où viennent prier les Noirs ou des cabarets qui présentent des spectacles de travestis, on retrouve dans un fossé le cadavre d'une avocate noire ou d'une femme trans.

     

     

    Pendant que cette scène de l'altercation est comme figée dans l'espace la nuit s'écoule et de nombreux autres personnages illustrent les malheurs des temps présents. Mark, un étudiant obèse, est moqué par d'autres jeunes et harcelé par un groupuscule néonazi. Lucie, une fillette de 9 ans, sert de garde-malade à son père, un vétéran grièvement blessé en Afghanistan. Love, une étudiante, fille de réfugiés vietnamiens, est violée par deux garçons qui étaient ses amis d'enfance. Alberto, migrant guatémaltèque sans papiers, est arraché à son mari pour être renvoyé dans son pays. Il y en a d'autres encore.

     

     

    Les sujets abordés sont noirs, certains faits choquants et pourtant j'apprécie grandement ma lecture. J'aime d'abord que l'autrice prenne toujours le parti des faibles et des discriminés dont de nombreux personnages LGBTQI.

    Je trouve ensuite des lueurs d'espoir. Il y a un policier à cheval qui est comme une figure de saint, il me semble, et qui traite avec compassion un SDF. Il y a l'idée que la famille, celle du sang ou celle qu'on se crée dans sa communauté, peut être un refuge. Ainsi Philli, jeune femme trans, et Lou, jeune homme trans, forment un couple adolescent, s'interrogent sur leur transition et s'épaulent.

    Enfin il y a la langue, déroutante au début mais qui m'a finalement conquise. La ponctuation se limite aux virgules et points d'interrogation, les points sont rarissimes. Du coup les pensées des différents personnages se juxtaposent dans des télescopages souvent déconcertants mais aussi parfois très bien trouvés. Pas d'alinéa, de paragraphe ou de chapitre, l'aspect est dense et chaque fois que je reprenais mon livre après l'avoir posé il me fallait chercher un peu où je m'étais arrêtée, ce qui invite à lire sans trop de pauses. Et en effet, la lecture suivie m'a permis d'entrer dans le texte et de me laisser emporter par lui.

    Sur la forme comme sur le fond c'est de la grande littérature.

     

     

     

     


    3 commentaires
  • Andreï Kourkov, Les pingouins n'ont jamais froid, Liana Levi

     

    Ce roman, je m'en aperçois à la lecture, est la suite du Pingouin qu'il aurait mieux valu lire avant même si j'arrive à saisir l'essentiel de ce qui s'est passé précédemment. Le héros, Victor, a travaillé comme journaliste au service des rubriques nécrologiques. Il a recueilli un pingouin, Micha, puis du fuir l'Ukraine. A son retour il découvre que Micha a disparu et se met à sa recherche. Il est d'abord embauché comme conseiller en communication par un chef de gang mafieux qui se présente à la députation: "Mon adversaire manigance quelque chose. Le temps passe et il ne colle pas une affiche, il se contente de faire distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres. Et bizarrement, pas un mot contre moi... ça m'ennuie...

    - C'est peut-être quelqu'un d'honnête? hasarda Victor, mais, au regard ébahi de Sergueï Pavlovitch, il comprit qu'il venait de proférer une grosse bêtise".

    Ensuite, apprenant que Micha aurait été emmené en Tchétchénie, Victor part sur ses traces avec l'aide de son patron. Il accepte d'être vendu comme esclave pour récupérer l'animal.

     

     

    Victor est un personnage d'apparence placide qui semble se laisser trimbaler par les circonstances dans des situations périlleuses dont il se sort miraculeusement. Au fond il aspire cependant à gagner son indépendance. Sa force c'est d'être un doux, fidèle en amitié. Pour l'auteur il est une sorte de Candide qui lui permet de dénoncer de façon très critique la corruption généralisée en Ukraine (le roman est paru en 2002) et les dessous de la guerre en Tchétchénie : "- Ils avaient donné une arme automatique à un mouflet de six ans pour qu'il nous fasse peur, expliqua doucement le vieillard. Et le mouflet, il a appuyé sur la détente... C'est quand même pas ça, la guerre?"

     

     

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture et son personnage aux aventure tragi-comiques, le ton caustique de l'auteur. Par les temps qui courent j'avais envie de lire un auteur ukrainien et je ne regrette pas cette découverte. Je lirai sans doute Le pingouin.

     

    In extremis je participe au mois de l'Europe de l'Est organisé par Eva et Patrice.

     

    Andreï Kourkov, Les pingouins n'ont jamais froid, Liana Levi

     


    2 commentaires
  • Egill Bjarnasson, Histoire de l'Islande, AutrementCe petit pays qui fascine le monde

    "Les Islandais sont la race la plus intelligente du monde, parce qu'ils ont découvert l'Amérique et ne l'ont jamais dit à personne." Oscar Wilde

    Le titre original de ce livre est How Iceland changed the world -Comment l'Islande a changé le monde- et en effet il s'agit bien de faire le lien entre l'histoire du monde et celle de l'Islande, pays mondialisé depuis son premier peuplement par les Vikings. Ainsi il est question, par exemple, de l'éruption du volcan Laki en 1783 qui provoqua une crise climatique (les cendres ont obscurci le soleil et entraîné une baisse des températures) qui pourrait être l'une des causes de la Révolution française. Du 9° siècle à nos jours Egill Bjarnasson suit un fil chronologique le long duquel il raconte l'histoire de son pays à travers des anecdotes et sur un ton souvent amusant. C'est donc tout à fait accessible et facile à lire.

     

     

    Cette lecture confirme que, comme je l'avais découvert dans Miss Islande, les Islandais sont des poètes. L'île a même exporté cette compétence: au Moyen-âge des poètes islandais se mettent au service de Scandinaves riches et puissants pour lesquels ils écrivent des strophes élogieuses.

    Je trouve également dans cet ouvrage des précisions sur des faits historiques qui servaient de cadre à des romans que j'ai lus précédemment. Je pense notamment à l'occupation du pays par l'armée américaine pendant la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide, évoquée dans Miss Islande et certains policiers d'Arnaldur Indriðasson. C'est intéressant pour cela aussi.
    Enfin, alors que je prépare un voyage en Islande pour cet été, j'apprends que le lupin d'Alaska, introduit en Islande en 1945, a colonisé le pays dont de nombreux paysages sont maintenant violets en période de floraison. J'ai hâte de voir ça!

     


    votre commentaire
  • Auður Ava Ólafsdóttir, Miss Islande, Le livre qui parleEn 1963 Hekla, 20 ans, quitte la ferme familiale pour s'installer à Reykjavik. Cette jeune femme déterminée veut devenir écrivaine et écrit quotidiennement. A la capitale elle retrouve Jón John, son meilleur ami, un garçon homosexuel avec qui elle cohabite dans un premier temps. Lui rêve de devenir couturier ou costumier pour le théâtre. En attendant il travaille sur des bateaux de pêche où il est moqué par ses collègues. Pour avoir la paix il fait passer Hekla pour sa petite amie. Il y a aussi Ísey, la meilleure amie d'Hekla, tiraillée entre son amour pour son mari et sa fille et son aspiration à une vie indépendante. Elle fait des rêves qu'elle interprète comme la prémonition de nombreuses maternités, ce qui l'angoisse. Elle aussi écrit, en cachette de son mari, des textes qu'elle invente à partir des scènes de sa vie quotidienne.

     

     

    L'autrice a particulièrement bien restitué le cadre social des années 1960. L'homosexualité est criminalisée et assimilée à la pédophilie. Jón John assume cependant son orientation, ce qui n'est pas toujours facile. Il déplore que les hommes qu'il rencontre vivent pour la plupart dans le mensonge et rêve de pouvoir marcher dans la rue en tenant un garçon par la main. Quant aux femmes, il est entendu qu'elles doivent trouver leur accomplissement dans leur foyer. A Reykjavik Hekla travaille comme serveuse dans un restaurant où elle est payée deux fois moins qu'un homme et subit le harcèlement des clients masculins. Quand elle se met en ménage avec le Poète, lui aussi aspirant écrivain, celui-ci n'imagine pas un instant que sa petite amie puisse vouloir écrire : c'est une activité d'homme. Avec Hekla il est à la fois attentionné et condescendant. Pendant ce temps Jón John a quitté l'Islande pour le Danemark. Dans ses lettres il presse Hekla de l'y rejoindre.

     

     

    J'ai beaucoup apprécié ce roman qui nous raconte l'histoire de deux personnages -Hekla et Jón John- en avance sur leur temps, décidés à vivre leurs aspirations et qui ne comptent pas entrer dans les cases où on voudrait les mettre. J'ai aimé l'écriture, très descriptive de tous les nombreux petits détails de la nature (météo, volcans) et de la vie des gens (cuisine). Je découvre que les Islandais sont un peuple de poètes. Le texte est lu par Margot Châron qui le sert très bien, il me semble, par sa diction très articulée. Une belle découverte, donc, que cette autrice.

     


    2 commentaires
  • Abir Mukherjee, L'attaque du Calcutta-Darjeeling, Liana Levi En 1919 le capitaine Samuel Wyndham de Scotland yard, traumatisé par sa participation à la Première Guerre Mondiale et la mort de sa femme de la grippe espagnole, a demandé sa mutation pour Calcutta. A peine arrivé il doit s'occuper du meurtre d'un haut fonctionnaire, Alexander MacAuley, qui a été égorgé dans une ruelle d'un quartier mal famé. Dans sa bouche un morceau de papier froissé avec un avertissement : "Le sang anglais coulera dans les rues. Quittez l'Inde!" Pour les autorités britanniques il paraît évident qu'il s'agit là de la signature de terroristes indépendantistes.

     

     

    Plus que dans l'enquête policière -un peu poussive et au dénouement qui ne me convainc guère- l'intérêt de ce roman réside dans la présentation très critique de la colonisation britannique et de ce qu'elle fait aux individus. Nouveau venu en Inde, ouvert d'esprit, Sam Wyndham est choqué par le mépris que ses compatriotes affichent à l'égard des "indigènes" et des "sang-mêlés" et les discriminations dont ils sont victimes. L'auteur décortique sur un ton caustique les ressors du sentiment de supériorité des Britanniques et montre bien comment la société coloniale pervertit petit à petit ses membres. Ainsi, après quinze jours seulement de séjour en Inde, le héros lui-même s'aperçoit que certains comportements discriminants commencent à déteindre sur lui. La présence du sergent Satyendra Banerjee qui l'assiste dans son enquête sert de révélateur à cette dérive passagère.

     

     

    Le cadre historique est celui des débuts de la lutte pour l'indépendance de l'Inde. Le Bengale est présenté comme une région où les activistes sont nombreux et pas tous des adeptes de la non-violence. Il y a une comparaison qui est faite à plusieurs reprises entre l'Inde et l'Irlande, deux territoires occupés par la Grande-Bretagne et dont les habitants se battent pour leur liberté. Les personnages irlandais semblent beaucoup plus à même de comprendre les aspirations des Indiens.

    C'est une lecture que j'ai trouvée plutôt plaisante. Je ne me rue pas cependant sur le tome 2.

     

     

    L'avis de Maggie.

     


    6 commentaires
  • Jón Kalman Stefánsson, Lumière d'été, puis vient la nuit, Grasset

     

    "Il y a si peu d'espace de la vie à la mort, de l'été à l'hiver."

    Dans un petit village des fjords de l'ouest les habitants mènent une vie en apparence tranquille. Ils sont cependant, comme tout le monde, à la recherche du bonheur et agité par les passions humaines. Le directeur de l'atelier de tricot, un jeune homme "tellement élégant que cela confinait à de l'irrévérence" s'est soudain pris d'une telle passion pour l'observation des astres qu'il a abandonné son emploi et que sa femme l'a quitté. Aujourd'hui il donne une conférence par mois sur son sujet de prédilection et on le surnomme l'Astronome. Sólrún, femme du maire, directrice de l'école, nage deux fois par semaine dans la mer, quelque soit le temps, pendant que les garçons du village l'observent à la jumelle. Ágústa, la postière, lit une partie du courrier qui passe entre ses mains et se charge ensuite de distiller des informations sur la vie privée des gens. Il y a aussi Kjartan, Þorgrímur, Ásdís, Guðmundur, Elísabet... certains personnages réapparaissent tout au long du roman, d'autres ne font qu'un bref passage. Chaque chapitre est comme une petite tranche de vie et je dois dire que je me suis parfois perdue dans tous ces noms islandais.

     

     

    Les faits sont rapportés de façon très descriptive par un narrateur membre de la petite communauté qui les complète par ses réflexions sur l'époque contemporaine. Il pointe les conséquences sur nos vies de l'accélération, de la société de consommation, de la destruction de l'environnement:

    " Ásdís reste au rez-de-chaussée, elle éteint la lumière pour regarder par la fenêtre, mais oublie la télé, tout le salon s'emplit de cette lueur bleue qui éclaire désormais l'âme humaine et modifie nos paysages intimes".

    "Tout a débuté au milieu des années 70, le monde était différent, tous les Beatles étaient vivants, on prenait l'avion sans redouter les terroristes, les routes étaient moins rapides, plus tortueuses, les distances moins longues, le monde semblait plus vaste et le bureau de poste était un carrefour d'échanges".

    Dans un monde complexe certains se débrouillent mieux que d'autres pour accéder à la sérénité. Ce sont les contemplatifs de la nature comme Jónas ou ceux qui sont capables de vivre pleinement l'instant présent comme Jakob le routier. L'auteur nous invite à profiter de chaque parcelle de bonheur: le désir, le plaisir sexuel et sensuel, la contemplation des étoiles, des chiots qui courent après leur queue ou même la courbe de l'aile d'un oiseau. Car après la lumière d'été vient la nuit et après la vie la mort, parfois beaucoup plus tôt qu'on ne l'imaginait.

    L'écriture est poétique, il y a de belles descriptions de la nature et souvent une pointe d'humour.

     

     


    votre commentaire
  • Angel Wagenstein, Adieu Shanghaï, GalaadeDans les années 1930 et pendant la seconde guerre mondiale près de 20000 Juifs allemands et autrichiens ont trouvé refuge à Shanghaï. J'avais connaissance de ce fait mais j'étais curieuse d'en savoir plus aussi j'ai été intéressée de découvrir l'existence de ce roman chez Passage à l'Est.
    J'apprends qu'il y a des Juifs à Shanghaï depuis très longtemps. Les plus anciens à s'y être installés sont les riches commerçants "bagdadis", établis sur la route de la soie dès le 11° siècle. Leurs descendants vivent dans le coeur luxueux de la concession internationale. Il était question ici de Victor Sassoon.

    Au début du 20° siècle arrivent des Russes qui ont fui les pogromes puis la Révolution d'octobre et dans les années 1930 les Autrichiens et les Allemands trouvent un abri dans cette ville dont les portes leur restent ouvertes alors que le reste du monde a fermé les siennes. Ces derniers arrivants s'installent dans le quartier pauvre de Hongkew où ils survivent misérablement.

     

     

    Dans le roman nous suivons ainsi le violoniste Theodor Weissberg et son épouse, la cantatrice Elisabeth Müller-Weissberg. Elle donne des cours de piano et chante dans un cabaret, lui travaille comme aide-jardinier. Avec d'autres musiciens ils ont formé un orchestre et se retrouvent régulièrement pour pratiquer. L'auteur montre bien le déracinement des exilés.

    Il y a aussi Hilde Braun. Blonde aux yeux bleus elle se fait passer pour aryenne et travaille comme secrétaire auprès de représentant du III° Reich. Cette position est utilisée par son amant, Vladek, qui fait partie d'un réseau d'espionnage. Les tribulations des différents personnages nous sont racontées à partir de 1938, avant même leur arrivée à Shanghaï.

     

     

    Angel Wagenstein détaille également les événements historiques avec des passages explicatifs nombreux. J'ai remarqué cependant que l'information historique manquait à l'occasion de rigueur et ces passages ont parfois tendance à casser le rythme du roman. Par moment j'ai eu l'impression que les personnages devenaient secondaires.

    J'ai quand même plutôt apprécié cette lecture et notamment le fait que l'auteur porte sur les événements, sur la façon dont les Juifs ont été abandonnés par ceux qui auraient du leur venir en aide, un regard critique qui s'exprime par des pointes d'humour pince sans rire.

     

    Angel Wagenstein est Bulgare. Je participe au mois de l'Europe de l'Est organisé par Eva et Patrice.

     

    Angel Wagenstein, Adieu Shanghaï, Galaade

     


    8 commentaires
  • Jean d'Aillon, Wartburg, 1210, PlonAprès Béziers dont il a vu massacrer la population par la soldatesque de la croisade contre les Albigeois, Guilhem d'Ussel décide de quitter son fief de Lamaguère en emmenant ses gens: une partie d'entre eux sont cathares et il craint pour leur vie s'ils restent dans le Toulousain. Son projet est de les mettre à l'abri à Rouen où il possède une maison. Il compte ensuite se rendre en Germanie pour y retrouver le Minnesänger -troubadour- Wolfram d'Eschenbach, rencontré autrefois. Commence alors un long périple de plusieurs mois à travers le royaume de France. On n'avance pas vite quand on va à charrettes chargées de familles et qu'on doit affronter marauds et guerriers désireux d'en découdre. Ma foi, ce qui m'intéresse le plus dans ce roman ce sont ce voyage et ses préparatifs.

     

     

    Depuis que je lis les aventures de Guilhem d'Ussel j'ai l'habitude des descriptions parfois caricaturales des personnages: les nobles dames sont belles, les fidèles serviteurs ont les traits grossiers mais de bon yeux et le mal se lit sur le visage des méchants. Ainsi de ces "quelques douzaines de scélérats déguenillés, avec des figures effroyables, des yeux de fauves, des bouches tordues par la rage et l'envie de tuer. Ils surgissaient par vagues, depuis le chemin, tels une armée de rats affamés armés de piques, d'épieux, de coutelas et de haches". Ces simplifications m'ont toujours fait un peu tiquer. Quand on compare des gens à des rats cela me gêne beaucoup plus.

    Dans le présent épisode je suis surtout choquée par l'irruption d'une sorcière -la méchante belle-mère de Blanche-Neige, ici nommée Blancheflor- qui participe à un sabbat avec d'autres maudits. L'auteur aurait pu nous épargner les nains et Hansel et Gretel mais surtout il n'y a aucun recul sur la figure de la sorcière et le fait que certaines passent au bûcher sur simple dénonciation des voisins. C'est présenté comme une opération de salubrité publique sauf quand la victime est une femme innocente dénoncée par une sorcière. Avec une justice qui travaille à charge il faudrait m'expliquer comment on fait la différence entre l'innocente et la "vraie" sorcière. Nous sommes quand même au 21° siècle! Il faudrait peut-être faire lire Mona Chollet à Jean d'Aillon?

     

     

    Si j'abdique mon sens critique il reste que c'est une lecture plaisante du fait des nombreuses péripéties et pas trop angoissante vu qu'on sait dès le départ que le héros gagne toujours à la fin. La série est inégale et Wartburg n'est sans doute pas le meilleur.

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique