• Jean d'Aillon, L'évasion de Richard Coeur de Lion, J'ai luMon entourage sait que j'apprécie les romans historiques et j'ai donc reçu pour Noël ce recueil de courts romans et nouvelles qui se déroulent au Moyen-âge, de 1193 à 1201. Le héros en est Guilhem d'Ussel, chevalier troubadour. Jean d'Aillon est l'auteur d'une série de romans qui mettent en scène ce personnage et que je ne connaissais pas. Les histoires qui composent le présent ouvrage s'intercalent entre les différents épisodes de la série auxquels il est fait de nombreuses références.

     

     

    Je découvre donc le personnage de Guilhem d'Ussel, qui semble avoir connu une vie aventureuse depuis son plus jeune âge. Veuf à 15 ans, il a été routier sous les ordres de Mercadier, dont le seul nom fait trembler de terreur. Il y a appris le maniement des armes et est devenu un redoutable guerrier. Après son adoubement comme chevalier, il tente de se conformer à son serment de porter secours aux faibles et évolue vers un comportement plus policé. Dans la dernière nouvelle il est devenu seigneur d'un château dans le Toulousain et passe auprès de ses gens pour un modèle de maître bon et juste.

     

     

    J'ai apprécié cette lecture que j'ai trouvé plaisante. Cette époque m'apparaît comme très exotique tellement elle est différente de la notre. Quelle précarité pour le peuple ! On a beau dire, il vaut mieux vivre au 21° siècle. La vie des petites gens n'avait aucune valeur pour les guerriers et seigneurs de tout poil. Les mentalités aussi sont déconcertantes. On s'étripe -littéralement- de bon coeur tout en craignant Dieu. Le cas du héros montre enfin qu'une ascension sociale était possible pour quelqu'un sachant se battre. J'ai donc prévu d'explorer plus avant l'oeuvre de Jean d'Aillon. Je me dis que je dois pouvoir trouver ça à ma bibliothèque.

     

     

    Jean d'Aillon, L'évasion de Richard Coeur de Lion, J'ai luSeigneur du château de Lamaguère dans le Toulousain, Guilhem a parmi ses gens de nombreux cathares. Intéressante coïncidence, j'ai près de moi le numéro de décembre 2016 du magazine l'Histoire qui fait sa une sur Les cathares, comment l'Eglise a fabriqué des hérétiques. C'est le moment d'en lire quelques articles. Je résume la thèse qui vient renouveler l'historiographie : les Albigeois n'étaient pas des cathares. Ils n'étaient pas dualistes mais des chrétiens en recherche de spiritualité. Les sources qui les accusent d'être des hérétiques sont celles des clercs qui les ont combattus.

    "La croisade albigeoise ne fut pas dirigée contre les cathares, contrairement à l'opinion commune. Le "catharisme" n'a jamais existé, pas plus que le "pays cathare". Il s'agit d'une invention de la fin du 19° siècle. Il est rare, dans le domaine de la recherche historique, de pouvoir dire sans réserve qu'un champ d'étude vieux de plus d'un siècle est dépourvu de tout fondement scientifique". Nous dit Mark Gregory Pegg, professeur d'histoire du Moyen-âge à l'université Washington de Saint-Louis aux Etats-Unis.

    Il y a aussi un article sur cette notion de "pays cathare", marque déposée, propriété du conseil départemental de l'Aude, depuis 1992.

    Si vous vous intéressez aux cathares, il me semble que c'est à lire. Moi dont ce n'est pas particulièrement le cas, j'ai trouvé ce dossier intéressant et convainquant.

     


    2 commentaires
  • Fabcaro, Steak it easy, La cafetièreSteak it easy est la réédition en un volume des trois premiers albums autobiographiques de Fabcaro : Le steak haché de Damoclès, Droit dans le mûr et Like a steak machine. L'auteur y présente les divers malentendus plus ou moins douloureux générés par sa difficulté à communiquer. Fabcaro se décrit en effet comme quelqu'un d'introverti, habité par la crainte de déplaire à son entourage ce qui entraîne:

    - difficulté pour dire non,

    - peu de spontanéité. Réfléchit longuement avant de parler puis souvent, ne dit rien,

    - a du mal à détromper son interlocuteur quand celui-ci fait erreur.

    Tout cela est généralement amusant car mené avec beaucoup d'autodérision. Pour une lectrice qui, comme Fabcaro, ne se sent pas à l'aise en société cela a aussi un côté réconfortant car on se dit qu'on n'est pas la seule à souffrir et peut-être pas la plus atteinte...

    L'autre question qui traverse cet ouvrage, et que je me pose également, c'est comment être adulte sans pour autant renoncer à ses idéaux de jeunesse.

     

     

    Après Zaï zaï zaï zaï qui m'avait tant fait rire -et en écrivant ces lignes j'en relis des passages, toujours aussi désopilants- j'ai apprécié Steak it easy dont la lecture pâtit sans doute de la comparaison. C'est un ouvrage qui donne à réfléchir et qui me renvoie à des situations que j'ai vécues.

    Fabcaro, Steak it easy, La cafetière

     


    2 commentaires
  • Bonne année 2017 !

    Bonne année 2017 à tous. Je nous la souhaite paisible, avec des moments agréables, seul-e, en famille ou entre amis et toujours de bonnes lectures.

     

    C'est l'occasion pour moi de vous présenter celles que j'ai le plus appréciées en 2016 :

    Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs

    Upton Sinclair, La jungle

    Gitta Sereny, Au fond des ténèbres

    Louis-Georges Tin, L'invention de la culture hétérosexuelle

     

    Pour les fêtes j'ai reçu des lectures :

    Bonne année 2017 !

    Il y en a déjà qui sont terminées.


    6 commentaires
  • Upton Sinclair, La jungle, Le livre de pocheUpton Sinclair (1878-1968) était un journaliste et écrivain américain socialiste. La jungle est parue en 1906. Ce roman raconte l'histoire d'une famille de migrants lituaniens venue chercher fortune à Chicago. Le personnage principal est Jurgis Rudkus, un jeune homme grand et fort, courageux, enthousiaste et naïf. Il est prêt à travailler toujours plus pour améliorer le sort de ses proches. Il va s'apercevoir assez vite que l'honnêteté ne fait pas le poids face au capitalisme sauvage et aux corruptions de tous genres.

     

     

    Les membres de la familles trouvent à s'embaucher dans différentes entreprises liées de près ou de loin aux abattoirs de Chicago : abattage des animaux, découpe de la viande, fabrication de saucisses, conserverie, fabrication d'engrais... C'est l'occasion pour l'auteur de dénoncer de nombreux scandales :

     

     

    Le scandale des conditions de travail et de vie des ouvriers : aux abattoirs, les conditions de travail sont extrêmement pénibles (efforts physiques, bruit, odeurs, longues journées) et dangereuses vu les machines utilisées et les cadences infernales. Les emplois sont précaires, les ateliers ferment de façon saisonnière, souvent l'hiver et de nombreux travailleurs se retrouvent alors à la rue dans le froid et la neige. Dans l'espoir de garder son logement, la famille Rudkus est obligée de mettre au travail vieillards et enfants. L'auteur dépeint tous les abus dont sont victimes les travailleurs pauvres : marchands de sommeil, prostitution, insalubrité, pollution, manque de soins... Les Etats-Unis étaient alors un pays émergent, on pourrait lire quasiment la même chose sur des ouvriers chinois aujourd'hui.

     

     

    Le scandale de l'abattage des animaux : La jungle est une des références de Charles Patterson pour Un éternel Treblinka. Les cochons, notamment, sont présentés comme des individus distincts : "Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blancs, des noirs, des bruns, des tacheté, des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre ; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir durant toute leur vie, sans se douter qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin."

    Le parallèle est fait entre le sort des bêtes et celui des hommes : "Jurgis se rappelait combien il avait été frappé, à son arrivée à Packingtown, par la cruauté sauvage qui présidait à l'abattage des cochons, et comme il s'était félicité de ne pas faire partie du troupeau. Son nouvel ami lui prouva qu'en fait il n'avait été qu'un des innombrables porcs passés entre les mains des patrons des conserveries. Ces gens-là ne s'intéressaient à ces animaux que pour les profits qu'ils pouvaient en tirer. Eh bien, leur attitude envers les travailleurs et la population était la même. Ce que la bête pensait ou ce qu'elle endurait n'entrait pas en ligne de compte, et ils faisaient preuve de la même indifférence vis à vis de la main d'oeuvre et des consommateurs de viande."

     

     

    Le scandale de l'industrie agro-alimentaire : tous les déchets de viande les plus infâmes sont utilisés dans la fabrication du jambon et des saucisses. La description en a choqué les consommateurs américains, ce qui a entraîné la mise en place de contrôles sanitaires les abattoirs. Upton Sinclair déplorait d'avoir été plus entendu sur ce point que sur la condition ouvrière : "J'ai visé le coeur du public et par accident je l'ai touché à l'estomac".

     

     

    L'ouvrage se termine par une présentation de la solution à tous ces maux : c'est le socialisme. J'apprécie particulièrement la description par un militant enthousiaste à un public émerveillé de ce que sera l'agriculture de demain, mélange de science et de collectivisation : "Ayant grandi dans une ferme, je sais l'épouvantable monotonie du travail des champs et j'aime à me représenter ce qu'il deviendra après la révolution. Je vois déjà l'énorme machine à planter les pommes de terre, tirée par quatre chevaux ou mue à l'électricité, qui creusera les sillons où elle enterrera à intervalles réguliers les tubercules qu'elle aura au préalable découpés, le tout à raison de vingt arpents par jour ! Je vois aussi le superbe engin à ramasser les pommes de terre, fonctionnant à l'électricité peut-être, qui parcourra un champ de mille arpents, soulèvera la terre pour en extraire les tubercules et les entasser dans des sacs ! (...) J'imagine déjà les moissons futures : des millions d'hommes et de femmes qui se réjouiront de venir passer l'été au grand air, transportés par trains spéciaux, libérés de la crainte du chômage puisque la quantité de bras nécessaires aura été calculée à l'avance". Mais c'est l'URSS de Staline, ma parole ! L'enfer est pavé de bonnes intentions.

     

     

    J'ai apprécié cet excellent ouvrage que j'ai trouvé passionnant, bien documenté manifestement. C'est un récit coup de poing, pas toujours agréable à lire car Jurgis descend aux Enfers mais j'en ai dévoré les 500 pages en trois jours. C'est instructif sans être ennuyeux ou fastidieux. La fin est un peu moins réussie à mon avis mais je reviendrai sans doute prochainement vers Upton Sinclair. L'éditeur nous dit que Pétrole ! est son chef-d'oeuvre. Ca fait envie.

     

    L'avis de Patrice.

     

     

     

     


    2 commentaires
  • Eduard von Keyserling, Dumala, PointsLes romans d'Eduard von Keyserling ont accompagné Jean-Paul Kauffmann en Courlande dont cet écrivain était originaire. Né en 1855 et mort en 1918, Keyserling était de langue allemande. Le cadre de son oeuvre est celui de la noblesse germano-balte dont il est lui-même issu.

     

     

    Dumala est le nom du château où vit la baronne Karola. Son mari est infirme et la belle jeune femme suscite le désir ou l'amour des hommes de son entourage. Il y a Pichwit, le secrétaire du baron. Serviteur dévoué, il est prêt à piétiner ses propres sentiments pour obéir à Karola. Il y a le baron Rast qui ne doute de rien et met tout en oeuvre pour parvenir à ses fins. Enfin il y a le pasteur Werner, personnage principal du livre.

     

     

    C'est l'hiver, le paysage est recouvert de neige, Rast se déplace en traineau dont les clochettes tintinnabulent, taraudé par le désir le pasteur Werner erre la nuit dans la campagne entre le presbytère et le château de Dumala. C'est un roman court qui se lit rapidement et sans déplaisir. Le pasteur Werner m'agace un peu au départ, je le trouve très injuste avec sa femme, mais à la fin il se reprend et adopte un comportement plutôt courageux. Encore une fois je constate que ces messieurs usent d'un paternalisme condescendant envers leurs épouses qu'ils appellent "mon petit" ou "mon enfant".

     


    votre commentaire
  • Claude Barousse, Parole de forçat, Actes sudNé en 1852 Arthur Roques est un enfant illégitime abandonné par sa mère mais élevé en partie par sa grand-mère paternelle. Après une jeunesse difficile au cours de laquelle il se cultive en autodidacte, il épouse en 1889 Marie Vors, une veuve de 14 ans son aînée, mère de deux enfants. En 1899 Arthur prend pour maîtresse Julia, la fille de sa femme, âgée de 27 ans et dont il a deux filles à moins d'un an d'intervalle, Yvonne et Olga. En 1902 il est condamné à dix ans de bagne à Cayenne pour faux monnayage. Pendant sa détention et jusqu'à la fin de sa vie en 1920 (le forçat condamné à huit ans ou plus est astreint à résidence à perpétuité en Guyane après la fin de sa peine -c'est comme au goulag) Arthur écrit de nombreuses lettres à sa famille (les quatre femmes vivent ensemble). Ces lettres ont été conservées et forment la base de cet ouvrage.

     

     

    Dans un premier temps, Arthur pense pouvoir s'évader rapidement. Jusqu'en 1904 il écrit à Julia pour lui demander de lui envoyer de l'argent, des faux papiers. Il existe deux canaux pour la correspondance. Le canal officiel pour les lettres qui n'ont rien à cacher et le canal clandestin en achetant la complicité de gardiens. Pratiquement tout le personnel du bagne semble corrompu. Après l'échec de sa tentative d'évasion, Arthur se consacre à dénoncer cette corruption ainsi que les mauvais traitements dont sont victimes les détenus. Il écrit aux autorités du bagne, au ministre des colonies. Cela lui vaut une réputation de forte tête.

     

     

    Quand ses filles commencent à grandir, Arthur s'intéresse à leur éducation qu'il va tenter d'encadrer à distance en donnant de nombreux conseils, d'abord à leur mère puis directement aux "ratounelles" quand elles savent lire. Il souhaite qu'elles deviennent des jeunes filles instruites et bonnes. On a raconté aux enfants que papa était à l'hôpital.

     

     

    Ce que j'ai apprécié dans ce livre : de découvrir les terribles conditions de détention au bagne de Cayenne. Ca m'a donné envie d'en savoir plus et je pense me tourner ensuite vers Albert Londres.

    De faire connaissance avec ce personnage de délinquant intellectuel qui a un avis sur presque tout. Il propose pour ses filles une éducation basée sur les encouragements et la confiance dans les capacités de l'enfant plutôt que sur la punition. Il n'hésite pas cependant à gronder par correspondance quand cela ne se passe pas comme il le souhaiterait. Il utilise avec Julia -qu'il appelle rarement pas son prénom mais plutôt "bonne petite maman"- un ton très paternaliste.

     

     

    Ce que j'ai moins apprécié ou qui m'a manqué : d'avoir l'opinion des femmes dans cette histoire. Les lettres qu'elles adressaient à Arthur n'ont pas été conservées donc on n'a que sa correspondance à lui et Claude Barousse m'a semblé parfois un peu indulgent à l'égard du forçat. Sa relation avec sa belle-fille, notamment, est excusée par un désir de paternité. Marie était trop vieille pour avoir d'autres enfants.

    Par ailleurs, les commentaires de l'auteur ne nous permettent pas toujours de savoir si (ou quand) il s'est appuyé sur son imagination ou sur la tradition familiale. Les lettres sont parvenues à l'éditeur par Simone Pons, femme d'un petit-fils de Arthur. Son nom apparaît en début de livre comme ayant collaboré à la rédaction mais on ne sait pas de quelle façon.

    C'est le dernier manque pour moi : qu'il n'y ait aucune précision sur le travail mené pour parvenir à cet ouvrage. Les sources ne sont pas citées. J'aurais apprécié un regard d'historien, l'auteur semble plutôt un littéraire.

     


    votre commentaire
  • Anne Perry, Un Noël à New-York, 10-18De passage chez ma mère à l'occasion des fêtes de fin d'année, j'ai trouvé un de ces petits romans vite lus que 10-18 se plaît à sortir pour Noël. J'ai arrêté récemment de lire les romans de Anne Perry qui commencent à me lasser mais là j'ai été attirée par la quatrième de couverture et par la perspective d'une lecture rapide. Cette année l'héroïne est Jemina Pitt, la fille de Charlotte et Thomas. Nous sommes en 1904, elle a 23 ans et elle accompagne sa jeune amie Delphinia, dite Phinnie, à New-York où cette dernière doit retrouver son fiancé et se marier. Sur place le frère du fiancé, Harley, demande à Jemina de l'aider à retrouver la mère de Phinnie, disparue depuis près de 20 ans. En acceptant Jemina n'a pas idée des difficultés au devant desquelles elle va.

     

     

    Comme prévu, une lecture facile et plutôt plaisante. L'intrigue policière n'est guère compliquée, j'avais très vite deviné le coupable mais il y a une charmante petite romance. J'ai apprécié de retrouver la petite Jemina, que j'ai quasiment vu naître, devenue une jeune femme digne de ses parents. J'apprécie aussi la description qui est faite des quartiers cosmopolites de New-York, si différents de Londres où Jemina a jusque là vécu.

     


    2 commentaires
  • "Jamais douté du succès de Nellie Bly, son intrépidité le laissait prévoir. Hourra ! Pour elle et pour le directeur du World ! Hourra ! Hourra !" Jules Verne.

    Le 14 novembre 1889, à 9 h 40 et 30 s., Nellie Bly, jeune journaliste américaine -elle a 25 ans-, se lance dans le défi de battre le record de Phileas Fogg de tour du monde en 80 jours. Emportant avec elle un simple petit sac de voyage et une seule robe -elle est telle qu'on la voit en photo sur la couverture du livre- elle embarque sur le paquebot Augusta Victoria.

     

     

    L'essentiel de son trajet est effectué en bateau, sauf entre Calais et Brindisi puis la traversée des Etats-Unis, à la fin de son périple. L'idée est d'aller le plus vite possible et les seules escales sont celles qui sont imposées par les horaires des compagnies de navigation. Quelques heures à Amiens pour saluer Jules Verne et sa femme, à Port Saïd, à Aden. Cinq jours -c'est le maximum- à Colombo, Hong-Kong, Yokohama. Ces escales lui permettent de faire connaissance avec la société coloniale locale et de traverser les quartiers autochtones.

     

     

    Je découvre une jeune femme intrépide et espiègle, très facilement moqueuse des travers des autres. Elle se lie aisément à ses compagnons de voyage et signale régulièrement qu'elle a affaire à "de jolis garçons", manifestement une situation qu'elle apprécie. Après une semaine passée ensemble dans l'espace restreint du bateau, les adieux à ses nouveaux amis sont parfois difficiles.

     

    Je remarque que la majeure partie de ce tour du monde se déroule dans l'empire britannique. Elle aussi : "Pendant mon voyage, et en réalisant que les Anglais se sont emparés de la quasi-totalité, pour ne pas dire la totalité, des ports stratégiques, j'ai éprouvé énormément de respect pour leur intelligence et pour la fierté qu'inspire ce drapeau régnant sur tant de cieux et de nationalités différentes". Il n'y a aucune critique de cette domination coloniale.

     

     

    Nellie Bly, Le tour du monde en 72 jours, Editions du sous-solEn plus du récit de Nellie Bly, l'éditeur a reproduit des articles du New-York World qui suit les aventures de sa journaliste autour du monde. Au milieu du livre il y a un cahier avec quelques photos et reproductions d'illustrations parues dans la presse à l'époque. Elle n'avait pas emporté d'appareil photo avec elle. J'ai apprécié cette lecture que j'ai trouvé plaisante.

     

     

    Un bémol ? Quelques "coquilles" grossières qui me sautent à l'oeil et me font m'interroger : erreur de traduction, de français ou de composition ? Un passage de la description du réveillon du 31 décembre 1889 est particulièrement remarquable à ce propos :

    "Ensuite un joyeux drille de Yokohama, accompagné de sa femme tout aussi enjouée, nous apprit une chanson nette (erreur de composition) entrainante : "Sweetly sings the donkey when he goes to grass, sweetly sings the donkey when he goes to grass, ech-ho ! Ech-ho ! Ech-ho !"

    Il y a une traduction en note (toutes les notes sont de la traductrice) : "Doucement chante le singe quand il va dans l'herbe (...)" Le singe ? ! Erreur de traduction !

    Et juste après la petite chanson : "Lorsque les huit coups sonnèrent, nous nous mîmes debout et entonnâmes "Ce n'est qu'un au revoir", le verre à la main. (...) 1889 était terminée, cédant la place à 1890, avec ses joies et ses peines."

    Ces huit coups finissent de me déconcerter.

    Quand même, cette lecture m'a donné envie d'en apprendre plus sur Nellie Bly et aussi de lire ses autres reportages. Le même éditeur a sorti récemment 10 jours dans un asile et 6 mois au Mexique. C'était une pionnière du journalisme d'investigation.

     


    2 commentaires
  • Jean-Paul Kauffmann, Courlande, Le livre de pocheLa Courlande est une région qui se situe au sud de la Lettonie et qui fait frontière avec la Lituanie. Quand il avait 22 ans, Jean-Paul Kauffmann a séjourné au Canada où il a fait la connaissance de Mara, une jeune femme d'origine courlandaise avec qui il a eu une relation amoureuse. 30 ans plus tard un ami, directeur de la rédaction d'un magazine de voyages, propose à l'auteur de partir en Courlande et de lui en ramener un article pour un numéro spécial sur les pays Baltes. Jean-Paul et sa femme Joëlle vont partir pour l'été et finalement rester aussi l'hiver.

     

     

    La Courlande a été colonisée et christianisée au 13° siècle par l'ordre de Livonie, né de la fusion des Chevaliers Teutoniques et des Porte-Glaive. Le dernier grand-maître de l'Ordre est devenu grand-duc de Courlande en 1561. Les seigneurs germano-baltes du duché y ont construit grand nombre de châteaux et manoirs. L'un d'eux accueillit Louis 18 en exil sous Napoléon Bonaparte. Jean-Paul Kauffmann entreprend le tour de ces demeures, parfois en ruine, souvent transformées en établissements scolaires. Chemin faisant il rencontre des personnages pittoresques et tâche d'approcher l'âme courlandaise.

     

     

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture dans laquelle l'auteur mêle faits historiques et souvenirs de voyage. L'histoire des pays Baltes, je la connais fort peu et ça me donne envie d'en découvrir plus. Dans son voyage, Jean-Paul Kauffmann donne parfois l'impression de se laisser porter par les circonstances, ce qui est loin d'être le cas si j'en juge par la bibliographie et la lettre de remerciements en fin d'ouvrage. Mais l'habileté consiste à masquer la préparation pour laisser au premier plan l'imprévu.

     

     

    Jean-Paul Kauffmann, Courlande, Le livre de pocheLe nom de Courlande, pour moi, évoque celui de Kurlande, le pays de La demoiselle d'Avignon. Jean-Paul Kauffmann lui aussi a fait le parallèle avec ce feuilleton :

    "[Mara] allait se rappeler à moi quelques années plus tard, sans qu'elle le sût, à la faveur d'un feuilleton télévisé, La Demoiselle d'Avignon. A l'époque, la France ne disposait que de trois chaînes. Vingt millions de téléspectateurs se passionnaient pour les amours de Koba et de François Fonsalette, interprétés par Marthe Keller et Louis Velle. Koba l'étudiante étrangère était en réalité une princesse du nord : Kristina de Kurlande. Ce pays à moitié imaginaire rappelait un royaume scandinave, mais la coïncidence était troublante, d'autant plus que Marthe Keller tenait beaucoup de Mara."

     

     

    La lecture de cet ouvrage était donc le prétexte idéal pour visionner une fois de plus ce feuilleton dont je me suis procuré le DVD il y a quelques années. J'y retrouve toujours le même plaisir. Je suis charmée par l'histoire d'amour un peu désuète maintenant (cela date de 1972), par l'humour qui ne vieillit pas avec quelques personnages gentiment loufoques comme la ministre de la joie de vivre ou par la solidarité et l'accueil manifestés par Bastien le routier qui vole au secours de la jeune étrangère isolée loin de chez elle.

     


    4 commentaires
  • Le narrateur, Aaron Greidinger surnommé Arele ou Tsutsik, est un jeune écrivain qui tire le diable par la queue, plaçant à l'occasion ses textes dans un journal yiddish. Nous sommes à Varsovie, peu avant le début de la seconde guerre mondiale. Arele et ses amis savent que le danger s'approche. On évoque la possibilité de quitter la Pologne mais en même temps, on ne veut pas s'y résoudre. Les discussions sont empreintes d'une ambiance de fin du monde. On parle beaucoup de suicide et on prétend ne pas craindre la mort.

     

     

    Voici que débarquent Betty, une actrice américaine et son amant, le riche homme d'affaires Sam Dreiman. Ils sont à la recherche d'une pièce de théâtre dans laquelle Betty pourrait jouer et Arele va se charger de l'écrire, financé par Sam. C'est à ce moment aussi que Arele retrouve Shosha qui fut sa petite voisine et amie d'enfance. Shosha est une jeune fille simple et naïve, un peu demeurée intellectuellement et qui n'a pas grandi physiquement. Arele s'installe chez Shosha et sa mère, Bashele, où il retrouve avec plaisir l'ambiance de son enfance.

     

     

    Dans Un éternel Treblinka, Charles Patterson parle beaucoup de Isaac Bashevis Singer auquel il a dédié son ouvrage. Il cite Shosha comme un roman en partie autobiographique et dans lequel l'auteur affiche son végétarisme. J'ai en effet relevé plusieurs passages :

    "(...) nous nous rendîmes aux abattoirs. Les mêmes murs tachés de sang, les poules et les coqs allant à la mort en criant de la même voix :"Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Assassins !" Le soir était tombé, et la lumière crue des lampes se reflétait dans les couteaux des sacrificateurs. Des femmes se pressaient vers eux, chacune avec une volaille. Des porteurs chargeaient des paniers de bêtes mortes et les emportaient pour les donner à plumer. Cet enfer rendait dérisoire toutes ces inepties au sujet de l'humanisme. Cela faisait longtemps que j'envisageais de devenir végétarien, et à cet instant, je fis le serment de ne jamais toucher à un morceau de viande ou de poisson."

    "Trois jours avant Yom Kippour, Bashele acheta deux poules -une pour elle et une pour Shosha- avec lesquelles serait pratiqué le sacrifice rituel. Elle voulait acheter un coq pour moi, mais je ne voulus pas permettre qu'un animal meure pour le rachat de mes péchés."

     

     

    Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre, c'est la peinture de ce monde et de cette culture yiddish disparus. Les personnages parlent le yiddish, lisent livres et journaux en yiddish, vont assister à des pièces de théâtre en yiddish... Les chrétiens -les Polonais- n'apparaissent qu'à la périphérie. Au début j'ai trouvé le style très simple mais petit à petit j'ai été prise par un sentiment de nostalgie et gagnée par l'impression d'une perte irrémédiable.

     


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique