• Charlotte Brontë, Shirley, Archipoche

     

    Charlotte Brontë, Shirley, ArchipocheEn 1811-1812, le Yorkshire industriel est frappé par une crise économique due à la guerre contre la France et au blocus continental décrété par Napoléon contre l'Angleterre. Les patrons des usines textiles sont contraints de licencier, certains se dotent de métiers mécaniques pour économiser sur la main d'oeuvre mais ces innovations provoquent des manifestations violentes de la part des ouvriers. Robert Moore est l'un de ces entrepreneurs dont le soucis principal est d'éviter la ruine et il ne se pose guère de questions sur les conditions de vie des ouvriers au chômage et de leurs familles. Caroline Helstone, orpheline élevée par son oncle, jeune femme douce et réservée, cousine de Robert, est amoureuse du jeune homme et celui-ci semble apprécier sa compagnie. Cependant Caroline est pauvre, Robert au bord de la faillite et il ne peut envisager un mariage dans ces conditions. Survient Shirley Keevlar, riche héritière, propriétaire des terres sur lesquelles se situe la fabrique de Robert, jeune femme vive et enjouée. Shirley et Caroline deviennent vite d'excellentes amies.

     

     

    Voici un long roman de plus de 700 pages et dont l'histoire se déroule lentement et sans grande surprise : j'ai deviné au fur et à mesure comment se terminerait chacune des péripéties qui permettent de faire avancer le récit. Aucun ennui à la lecture cependant car l'intérêt réside dans la description d'une vie encore campagnarde malgré un début d'industrialisation et dans les opinions et les commentaires de Charlotte Brontë à qui Shirley sert de tribune. En s'adressant directement au lecteur assez régulièrement, l'autrice prend position sur différents sujets avec parfois un ton critique qui peut être amusant. Il est question notamment de l'Eglise, dans une région où l'anglicanisme fait face à des sectes dissidentes : "Rendons aux prêtres d'Angleterre l'hommage qu'ils méritent. Ils ont leurs défauts : comme nous tous, ils sont des créatures de chair et de sang. Mais, sans eux, le pays souffrirait. La Grande-Bretagne pleurerait son Eglise, si cette Eglise venait à tomber. Que Dieu la sauve ! Et aussi : que Dieu la réforme !"

     

     

    Si Charlotte Brontë compatit aux malheurs des chômeurs sans ressources, elle ne les soutient pas quand ils se révoltent contre les industriels. Les émeutiers sont présentés comme "des hommes égarés par de mauvais conseils et poussés par les privations". Leurs chefs sont "des étrangers venus des grandes villes. (...) des débauchés, des banqueroutiers toujours endettés, souvent ivres, des hommes n'ayant rien à perdre et tout à apprendre sous le rapport du courage, de la propreté et des moyens matériels".

    La solution proposée pour sortir de la misère le brave William Farren ? C'est la charité : Moore intervient secrètement pour lui faire retrouver un emploi et le bon pasteur Hall procure à la femme de William une somme d'argent qui lui permet d'ouvrir un petit commerce. Une solution qui semble demeurer individuelle et qui repose sur la bonne opinion qu'ont les intervenants sur William Farren, pauvre méritant.

     

     

    Ce que j'apprécie le plus c'est, qu'à travers ses deux héroïnes, Caroline et Shirley, le roman est un plaidoyer pour l'autonomie des filles (même s'il ne s'agit que de celle des filles : une fois qu'une femme est mariée, elle se soumet à son mari). Caroline souhaiterait travailler, elle s'en ouvre à son oncle à plusieurs reprises et apporte des arguments. Shirley, qui porte un prénom de garçon (à l'époque Shirley était un prénom masculin), en adopte les manières : elle mène sa barque comme elle l'entend, discute affaires d'égale à égal avec Robert. Elle fait même des commentaires sur les jeunes filles à marier du secteur, ce que lui reproche sa gouvernante. Enfin, nous croisons une enfant de 12 ans qui veut voyager pour découvrir le monde et échapper à sa condition qui lui enjoint de rester à coudre au foyer : "Mieux vaut essayer de toutes choses et les trouver vides que de rien essayer et mener une vie nulle".

     

     

    En préface j'apprends que Charlotte Brontë a changé la fin qu'elle avait prévue en cours de rédaction. Alors qu'elle en est au chapitre 23 son frère et deux de ses soeurs meurent de tuberculose en peu de temps. Quand elle reprend la plume, elle se dirige vers une fin plus positive, semble-t-il, que celle qu'elle avait envisagée pour donner à ses soeurs défuntes, qui sont le modèle de ses personnages, une destinée heureuse, au moins dans le roman. Cette fragilité de la vie à l'époque -Charlotte avait déjà perdu sa mère et deux autres soeurs- on la retrouve dans la lecture : à un moment ou un autre on craint pour la vie des personnages principaux.

    Shirley est un roman riche dont j'ai grandement apprécié la lecture.


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 30 Août à 12:53

    Pour l'instant, je n'ai lu que Jane Eyre et je compte bien lire celui-là.

      • Jeudi 30 Août à 18:10

        Oui, ça vaut le coup.

    2
    keisha
    Jeudi 30 Août à 13:54
    keisha

    Bien aimé aussi, c'est toujours intéressant d'avoir un point de vue féminin. Même si ça passe moins bien de nos jours.

      • Jeudi 30 Août à 18:10

        Il y a en effet des idées qui ont vieilli.

    3
    Dimanche 2 Septembre à 06:56

    Je ne l'ai pas lu.... Et je le regrette. Merci de me rappeler que j'ai encore des découvertes à faire dans la famille Brontë.

    Bon dimanche.

      • Dimanche 2 Septembre à 19:29

        C'est ça qui est bien avec les livres : on a toujours des découvertes à faire.

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