• Emmanuel Carrère, Le Royaume, POL

     

     

    Emmanuel Carrère, Le Royaume, POL Il y a une vingtaine d'années Emmanuel Carrère a traversé une crise de foi de trois ans. Pendant trois ans il a été un catholique pratiquant, il est allé à la messe tous les jours, il lisait quotidiennement l'évangile de Jean et en rédigeait ses commentaires sur un cahier. Il a ainsi rempli 18 cahiers. Tout ça lui est passé, pas l'intérêt pour la religion chrétienne et les premiers chrétiens. Le Royaume raconte l'histoire de ces premiers chrétiens en s'attachant plus particulièrement aux personnages de Paul de Tarse et de l'évangéliste Luc.

     

     

     

      Paul c'est celui qui a fait connaître aux gentils, aux non-Juifs le message du Christ. Luc c'est justement un de ces gentils, un médecin de Macédoine hellénisé, converti à la nouvelle foi chrétienne par la prédication de Paul. Les pérégrinations de Paul à travers l'Asie mineure sont racontées de façon imagée. Ainsi les non-Juifs attirés par le judaïsme ou la doctrine chrétienne sont comparés aux occidentaux qui aujourd'hui s'intéressent au yoga et partant aux spiritualités asiatiques, les conflits entre premiers chrétiens aux relations entre factions communistes à l'époque de Staline. Le résultats est vivant et facile d'accès, j'apprends plein de choses en m'amusant, l'importance du rôle de Paul dans la diffusion du christianisme est clairement montré.

     

     

     

    Les sources de Carrère sont les épîtres de Paul, les actes des apôtres, les évangiles et divers historiens ou exégètes de la Bible. Il semble s'être bien documenté. Il s'attache aux contenus mais aussi aux styles littéraires.

     

    A propos de Jean : "On lui attribuera bientôt le quatrième Evangile et l'Apocalypse, mais penser que le même homme a écrit le quatrième Evangile et l'Apocalypse reviendrait, si toutes les références concernant la littérature française du XX° siècle étaient perdues, à penser que le même homme a écrit A la recherche du temps perdu et Voyage au bout de la nuit."

     

    Néanmoins pour certains passages de son récit il manque de sources (il n'y en a pas). Qu'à cela ne tienne, il imagine. Dans ces cas là il le signale quoique parfois de façon discrète.

     

     

     

    Enfin, comme ce livre a été écrit par Emmanuel Carrère on y croise aussi -obligatoirement, j'ai envie de dire- un troisième personnage important : c'est Carrère lui-même. Il développe les circonstances et les péripéties de sa crise de foi. Comment sa grande crainte à l'époque était qu'un jour il puisse ne plus être croyant et que ça ne lui fasse rien. Pire, qu'il puisse alors considérer que c'était quand il était croyant qu'il n'était pas dans son état normal, de même que si avant on lui avait dit qu'un jour il serait croyant il n'aurait pas voulu le croire.

     

    "Tout se passe comme si j'avais attrapé une maladie -alors que, vraiment, je n'appartenais pas à un groupe à risques-, et que son premier symptôme est que je la prenne pour une guérison."

     

     

    Il revient sur la longue période de dépression qu'il a traversée au moment où il rédigeait L'adversaire :

     

    "Même les plus assurés d'entre nous, je pense, éprouvent avec angoisse le décalage entre l'image qu'ils s'efforcent tant bien que mal de donner à autrui et celle qu'ils ont d'eux-mêmes dans l'insomnie, la dépression, quant tout vacille et qu'ils se tiennent la tête entre les mains, assis sur la cuvette des chiottes. Il y a à l'intérieur de chacun de nous une fenêtre qui donne sur l'enfer, nous faisons ce que nous pouvons pour ne pas nous en approcher, et moi j'ai de mon propre chef passé sept ans de ma vie devant cette fenêtre, médusé."

     

    Il dit qu'il va bien aujourd'hui et j'en suis contente pour lui car depuis que je le lis j'ai l'impression de le connaître un peu.

     

    C'est donc un ouvrage que j'ai lu avec beaucoup de plaisir.

     

    L'avis de Keisha.

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Mars 2015 à 07:50
    keisha

    Oh oui j'avais dit que j'en lirais d'autres de l'auteur... Il écrit très bien, à mon goût.

    2
    Lundi 23 Mars 2015 à 18:11

    Tout à fait d'accord. Un auteur que j'apprécie beaucoup.

    3
    Lundi 23 Mars 2015 à 18:41

    Merci pour le lien vers le blog de keisha : je vois que c'est un roman qui a plu mais j'avoue que le thème ne m'attire pas du tout. en revanche, récemment, j'ai lu deux romans de cet auteur et j'ai aimé  sa manière de parler de la folie etc...

    4
    Lundi 23 Mars 2015 à 19:39

    Dans Le royaume il revient sur le cas de Jean-Claude Romand et notamment sur sa conversion en prison.

    5
    Lundi 23 Mars 2015 à 19:50

    je me laisserai peut-être tenter !

    6
    Mardi 24 Mars 2015 à 17:48

    Hé, hé !

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