• Kate Colquhoun, L'a-t-elle empoisonné ?, 10-18

    Kate Colquhoun, L'a-t-elle empoisonné ?, 10-18Liverpool, 1889. James Maybrick, 50 ans, meurt après 15 jours de maladie. Les domestiques et les frères du défunt soupçonnent sa jeune épouse Florence (elle a 26 ans) de l'avoir empoisonné. Elle est emprisonnée et, à l'autopsie, on retrouve de l'arsenic dans le corps de James. Le procès de Florence Maybrick est une affaire véridique qui semble avoir défrayé la chronique en Grande-Bretagne. Kate Colquhoun a étudié les archives et les témoignages de divers protagonistes pour nous la présenter.

     

     

    La justice fit appel à plusieurs experts mais jamais ils ne furent unanimes sur les questions qu'ils avaient à trancher. Les quantités d'arsenic retrouvées dans le corps de James étaient-elles suffisantes pour le tuer ? Les avis diffèrent. Si oui, le poison a-t-il été administré par Florence ou James l'a-t-il pris de lui-même ? En effet, ce dernier était hypocondriaque et consommait de nombreux médicaments prescrits par ses médecins ou en automédication, souvent à base d'arsenic. Un médecin de l'époque affirma : "Si l'on faisait passer une loi obligeant les médecins à se limiter dans toute leur pratique à deux remèdes seulement je choisirais en premier l'arsenic, en second l'opium". L'arsenic avait aussi la réputation de purifier le teint et on l'utilisait dans des savons ou des lotions pour le visage. L'enquête montra qu'il y en avait dans tous les coins de la maison Maybrick.

     

     

    Si cette affaire fit grand bruit c'est aussi parce qu'elle mit sur le devant de la scène des questions qui commençaient à agiter la société britannique, à commencer par la condition féminine. On reproche à Florence d'avoir trompé son mari et, pour l'accusation, cette circonstance suffit à prouver sa culpabilité. Que James ait aussi trompé Florence -et de façon beaucoup plus régulière et ancienne- sera à peine évoqué.

    Le fonctionnement de la justice est aussi discuté : à cette époque, lors de procès pour crimes, les accusés n'étaient autorisés à s'exprimer que par l'intermédiaire de leur avocat. Le prévenu n'est pas interrogé. Cela sera modifié en 1898. La possibilité de faire appel après un procès d'assises date de 1907 (en France de 2000).

     

     

    C'est cette contextualisation qui m'a le plus intéressée dans la lecture plutôt que le déroulement du procès, parfois un peu trop détaillé à mon goût. J'ai été gênée aussi par le style : adjectifs utilisés parfois de façon approximative, phrases ampoulées dont on peine à saisir le sens. Problème d'écriture ou de traduction ? Ou les deux ?

    Enfin, une comparaison avec l'affaire Dreyfus me déconcerte : "On murmurait que sa situation était identique à celle du capitaine Alfred Dreyfus, célèbre officier de l'armée française. Les infidélités de cet homme, décrit par ses accusateurs comme un monstre à deux visages qui menait une double vie, furent utilisées afin de "prouver" qu'il était un espion. Certains trouvaient que Florence Maybrick et lui étaient tous deux victimes d'un combat idéologique et que, dans chaque cas, il existait une grande part de doute, même si celui-ci refusait de jouer en leur faveur. Leurs destins respectifs -pouvait-on faire valoir- étaient chacun déterminés par une logique fausse. Au bout de cinq ans passés dans la colonie pénitentiaire de l'ïle du Diable, en Guyane française, Dreyfus fut libéré. Moins d'une décennie après sa condamnation, il obtint le pardon. Florence ne savait rien des procès de cet homme. En l'absence d'une procédure judiciaire d'appel proprement dite, ses partisans déploraient qu'elle ait alors souffert dix fois plus que Dreyfus, si elle était innocente".

    Que les partisans de Florence Maybrick aient fait flèche de tout bois pour obtenir sa libération, je peux le comprendre. Que l'auteure laisse penser à son lecteur que ce cas était comparable à celui de Dreyfus, cela me gêne.

     

     

    Malgré les défauts sur lesquels je viens de m'étendre, cela reste un livre plutôt intéressant. Ceci dit, sur le même sujet des procès de moeurs à l'époque victorienne je préfère le travail de Kate Summerscale.

     


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