• Après avoir lu une critique sur ce livre dans le Monde puis une interview de l'auteure dans Libération, j'ai décidé de me le faire offrir pour mon anniversaire. Florence Burgat est une philosophe et la lecture de certains passages est parfois un peu compliquée pour moi, voire même obscure, je dois l'avouer mais l'essentiel est abordable, illustré d'exemples. En s'appuyant sur de nombreuses sources historiques et ethnographiques Florence Burgat s'emploie à déconstruire un certain nombre de croyances qui justifient la consommation de viande.

     

     

    La chasse, première activité humaine ?

    On l'a longtemps pensé car les vestiges du paléolithique sont essentiellement des armes et des vestiges alimentaires animaux (os). Le reste ne s'est pas conservé. En fait les premiers hommes ont laissé si peu de traces qu'on ne peut qu'imaginer comment ils vivaient.Aujourd'hui des préhistoriens remettent en question l'importance de la chasse. L'alimentation humaine à l'époque était essentiellement opportuniste (ils mangeaient ce qu'ils trouvaient), majoritairement végétale.

     

     

    Le sacrifice religieux, meurtre salvateur ?

    Sacrifice animal ou même sacrifice humain, les observateurs extérieurs trouvent de nombreuses excuses au meurtre rituel qui aurait pour vertu de canaliser la violence. Pour l'auteure, au contraire, le sacrifice n'est qu'un prétexte pour manger de la viande car les victimes sont consommées dans la très grande majorité des cas et leur chair se retrouve souvent à l'étal des bouchers. Elle constate que de nombreux chercheurs perdent tout sens critique en matière d'abattage rituel et qualifie cela de "génie du sacrifice": "Il suffit qu'un acte, ordinairement jugé trivial ou barbare, soit déclaré rituel pour le voir perdre son caractère vil, changer radicalement de sens et revêtir une forme noble. Se demande-t-on seulement à quoi tient cette magie ? Le rite habille, et il habille toujours somptueusement."

     

     

    Le cannibalisme, un rite ?

    Quand le cannibalisme n'est pas motivé par la survie (en période de famine, il s'agit généralement alors de nécrophagie), quels sont ses motifs ? On parle souvent de vengeance ou de volonté de s'approprier les qualités de celui qui est mangé. Pour Florence Burgat, l'explication est aussi gastronomique ("Parce que c'est bon") et prétendre autre chose relève du déni. Elle développe longuement sur le cas des Aztèques qui a force de "guerres fleuries" pour se procurer des captifs à sacrifier et consommer avaient fait le vide autour d'eux. L'inauguration de la pyramide principale de Mexico entraîne le sacrifice de 80400 captifs abattus à la chaîne pendant 4 jours et 4 nuits d'affilée.

     

     

    Pour finir l'auteure s'interroge sur les raisons profondes de la manducation des animaux et propose le moyen d'en sortir. Elle pense que "la manducation des animaux exprime un désir de l'humanité : celui d'une séparation radicale et indéfinie avec "l'animalité", que seule la manducation réalise absolument." Il lui semble que l'humanité ne veut pas que les animaux se voient reconnaître de véritables droits et jouissent d'une égalité de considération avec les êtres humains.

    Que faire alors ? Pour elle la viande de substitution (viande de culture ou substituts végétaux) peut être une solution à condition d'être soutenue par la publicité qui la fera passer pour de la "vraie" viande de la même façon qu'aujourd'hui, à coup de petits cochons cuisiniers ou de poulets en liberté on nous fait croire que ces bêtes sont heureuses de passer à la casserole.

     

    Florence Burgat, L'humanité carnivore, Seuil

    C'est donc un livre fort intéressant, dont la lecture m'a appris des choses et qui donne à réfléchir.

     


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  • Elena Ferrante, Celle qui fuit et celle qui reste, GallimardJ'avais tellement apprécié les deux premiers tomes (le un, le deux) que je n'ai pas attendu que le troisième paraisse en poche : je me le suis fait offrir pour mon anniversaire. Nous traversons les années 1970, quand fascistes et gauchistes s'affrontaient violemment en Italie. Il y a des "corrections" à coups de barre de fer et des assassinats punitifs. On retrouve nos deux héroïnes. Les circonstances de leurs vies font qu'elles se voient de moins en moins mais elles restent en contact et Elena, la narratrice, continue de juger ce qui lui arrive à l'aune de ce que Lila pourrait en penser.

     

     

    A la fin du tome deux Elena a publié un roman qui a eu un certain succès et lui a ouvert les portes de la bourgeoisie intellectuelle. Mais son mariage et très bientôt la naissance d'une enfant portent un coup sévère à sa carrière littéraire. Je trouve très bien analysé le marasme qu'est sa vie conjugale et comment la société patriarcale emprisonne et limite les femmes en se servant de l'amour qu'elles ont pour leurs enfants.

    Lila, de son côté, est restée dans son milieu très populaire de Naples contre lequel elle s'est rebellée en quittant son mari. Ouvrière dans une usine de salaisons, elle expérimente au quotidien les conditions de travail indignes, l'humiliation et le harcèlement.

     

     

    Encore une lecture que j'ai appréciée, même si j'y ai trouvé parfois quelques longueurs.

    L'avis d'Eva.

     


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  • Sylvie Latrille et Daniel Plazer, Le théâtre Ferranti, La cause du poulaillerHistoire d'un théâtre ambulant.

    La première troupe de théâtre itinérante connue en France date de 1570. Elles sont nombreuses au 17° siècle, ainsi l'Illustre théâtre de Molière. Au milieu du 19° siècle, on voit apparaître des théâtres ambulants, dits aussi théâtres démontables ou théâtres forains : la troupe déplace avec elle une baraque en bois et toile qu'elle dresse pour un temps sur les lieux de représentation. Ces théâtres ont disparu à la fin des années 1960..

    Daniel Plazer et Sylvie Latrille sont des descendants de la famille Ferranti, une famille d'artistes ambulants originaire d'Italie.

     

     

    Daniel Plazer est né en 1959 et le théâtre tenu par ses grands-parents puis par ses parents a fermé en 1969. Il a donc vécu en enfant de la balle pendant ses dix premières années et est monté sur scène dès l'âge de six mois. Dans la première partie de l'ouvrage, il raconte l'histoire de la famille Ferranti en s'appuyant sur la mémoire familiale et sur ses propres souvenirs. Ce récit est illustré de nombreuses photos. Le résultat est fascinant. Je découvre un monde oublié, que j'ignorais totalement, et pourtant pas si ancien.

     

     

    Le théâtre Ferranti se déplace sur les routes du grand sud-ouest, principalement entre Gironde et Lot-et-Garonne. Le convoi, composé d'une quinzaine de voitures, roulottes et chariots, se déplace de village en village et s'installe pour des durées de deux à trois mois. On monte la baraque en une semaine puis on donne des représentations qui attirent tous les habitants du secteur. Le théâtre peut accueillir jusqu'à 400 spectateurs.

    De son côté, Sylvie Latrille a recherché dans les archives la généalogie Ferranti et replace l'histoire de sa famille dans le cadre plus large du théâtre ambulant. Une partie de ce qu'elle raconte fait un peu répétition avce la description de Daniel Plazer.

     

     

    Le dernier théâtre ambulant, théâtre Créteur-Cavalier, a fermé ses portes en 1974. "L'usure d'un répertoire peu apprécié par le monde culturel en renouveau, l'indifférence des pouvoirs publics, l'évolution des normes de sécurité, l'augmentation des coûts de fonctionnement, l'arrivée concomitante de la télévision dans les foyers, le goudronnage des places publiques rendant de plus en plus difficile l'installation d'une structure aussi importante" sont des raisons qui expliquent la disparition de ces théâtres. C'est le grand mérite de cet ouvrage passionnant et facile à lire de les faire revivre et d'en préserver la mémoire. J'apprends aussi qu'il existe à Artenay, au nord d'Orléans, un musée du théâtre forain. Je le visiterais volontiers si j'ai l'occasion de passer dans le coin.

     

    Sylvie Latrille et Daniel Plazer, Le théâtre Ferranti, La cause du poulailler

     


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  • Antonia Hodgson, La trahison de la reine, 10-18Londres, 1728. Thomas Hawkins est un jeune gentilhomme qui a quitté sa famille pour vivre une vie de bamboche dans la capitale. Il s'est mis en ménage avec Kitty Sparks qui tient une librairie où elle vend sous le manteau de la littérature libertine. Tous les deux filent le parfait amour quand Thomas est accusé d'avoir assassiné un voisin, homme désagréable membre de la Société pour la réforme des moeurs. Notre héros, qui est aussi le narrateur, a été en parallèle recruté par la reine Caroline -femme du roi George II- pour lui servir d'espion.

     

     

    Voici un ouvrage que j'ai lu sans déplaisir majeur mais qui ne m'a pas vraiment convaincue. Il m'a semblé que les personnages n'étaient pas très profonds et le héros plutôt inconséquent. Quant au cadre historique, lui aussi me semble trop peu fouillé. C'est une série. Il y a eu un tome avant (que je n'ai pas lu) et on comprend qu'il y en aura d'autres après. Mais sans moi, sans doute.

     


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  • Russell Shorto, Amsterdam, VintageA history of the world's most liberal city

    Russell Shorto est un écrivain et journaliste américain qui a vécu cinq ans à Amsterdam. Quant à moi, en avril, j'ai eu la chance d'y passer quatre jours de vacances et, comme lui, j'ai été conquise à la fois par le charme de cette ville et par l'ambiance d'ouverture et de tolérance qu'on y ressent en s'y promenant et j'ai voulu en savoir plus sur son histoire. J'ai acheté ce livre dans une librairie locale. La lecture d'un ouvrage en anglais m'a demandé un peu de temps et de concentration mais l'auteur raconte l'histoire de "la ville la plus libérale du monde" à travers une galerie de portraits de personnages célèbres ou non ce qui le rend vivant et accessible avec un niveau moyen de langue.

     

     

    Russell Shorto nous présente d'abord les deux sens qui se rattachent à la notion de libéralisme : libéralisme économique et libéralisme social c'est à dire tolérance des divers modes de vie.

    Depuis le Moyen-âge, les Néerlandais se sont battus contre la mer pour gagner des terres. Cela a nécessité de savoir coopérer les uns avec les autres pour s'organiser, à la différence des autres régions d'Europe où les décisions descendaient de la noblesse vers les paysans. De plus, ces terres nouvellement conquises n'avaient donc pas de seigneur ainsi, vers 1500, dans la province de Hollande, seulement 5 % de la terre appartenait à des nobles contre 45 % à des paysans. Cette situation particulière aurait créé une société assez forte pour valoriser l'individu. Voilà pour le libéralisme social.

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

     

    Après des guerres sanglantes contre l'Espagne (on fait la connaissance du terrible duc d'Albe. A Naarden en 1572, ses hommes ont "tranché la gorge des habitants et des soldats sans qu'un seul homme en réchappe puis ils ont mis le feu à la ville") à la fin du 16° et au début du 17° siècles, les Pays-Bas obtiennent leur indépendance.

    C'est à la même époque que se développe la puissante VOC : la Compagnie des Indes Orientales. Dans son sillage est créée à Amsterdam la première bourse du monde et bientôt la ville devient "le Amazon.com du 17° siècle, l'endroit où tout est à la disposition de tout le monde". Et voilà pour le libéralisme économique. Les deux libéralismes sont liés, bien sûr, à la fois dans leurs causes et dans leur fonctionnement.

     

     

    Portaits du 17° siècle : Rembrandt et Spinoza mais aussi Claes Pieterszoons, alias le dr Nicolaes Tulp, celui de la fameuse leçon d'anatomie par Rembrandt, qui a choisi de se faire nommer Tulipe (Tulp) au moment de la bulle spéculative sur cette fleur.

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

    La leçon d'anatomie du docteur Tulp

     

    Jan van der Heyden inventa la lance à incendie et perfectionna la pompe à incendie. Il est aussi l'inventeur du lampadaire. Ses modèles fabriqués à la chaîne se sont diffusés dans toute l'Europe jusqu'à ce qu'ils soient supplantés par des équipements électriques à la fin du 19° siècle.

    A la différence de l'aristocratie du reste de l'Europe, cette bourgeoisie vit dans des maisons relativement modestes avec peu de domestiques et donne naissance au concept de foyer.

    1672, "année désastreuse, met fin au miracle économique néerlandais du 17° siècle.

     

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

    La maison de Rembrandt

     

    Portraits des 19° et 20° siècles : Eduard Douwes Dekker (1829-1887), fonctionnaire colonial en Indonésie qui, sous le pseudonyme de Multatuli ("J'ai beaucoup souffert" en latin) écrivit le célèbre roman Max Havelaar dans lequel il dénonce la violence de l'exploitation des indigènes.

    Aletta Jacobs (1854-1929) , première femme néerlandaise diplômée de l'université, première femme médecin et promotrice de la contraception qu'elle voyait comme un moyen de libérer les femmes.

    Elle inspira le dr. Bernard Premsela (1889-1944) qui devint un des premiers sexologues du monde avant la seconde guerre mondiale et mourut à Auschwitz. L'occupation nazie et le sort des Juifs amstellodamois sont traités aussi à travers les personnes d'Anne Frank et de Frieda Menco, une survivante que l'auteur a rencontrée.

    Le fils de Bernard, Benno Premsela (1920-1997) était un designer et un des premiers homosexuels à faire son coming out à la télévision en 1964. La première organisation de défense des droits des homosexuels a vu le jour à Amsterdam en 1946.

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

     

    Roel van Duijn (né en 1943) devint en 1960 un des initiateurs du mouvement Provo, mouvement de contre-culture dont l'héritage le plus fameux est la place accordée aux bicyclettes à Amsterdam.

     

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

    Des vélos partout mais aussi des petits jardins organisés sur les trottoirs.

     

    J'ai découvert plein de choses en lisant ce fort instructif ouvrage et je me dis qu'il faudra retourner à Amsterdam.

     

    Russell Shorto, Amsterdam, Vintage

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Liv Strömquist, L'origine du monde, RackhamCette bande dessinée analyse les causes et les conséquences de la honte qui s'attache au sexe féminin.

    "La différence entre la culpabilité et la honte est que l'on se sent coupable à cause de ce qu'on fait et que l'on éprouve de la honte à cause de ce qu'on est."

    L'auteure présente d'abord "ces hommes qui se sont un peu trop intéressés à ce qu'on appelle les "organes féminins" : religieux comme saint Augustin (354-430) qui pense que le sexe c'est sale et que c'est surtout la femme qui en est responsable ou médecins qui rendent le clitoris coupable de tous les maux féminins et proposent de le brûler à l'acide, comme John Harvey Kellogg (1852-1943) ou de le couper, comme Isaac Baker Brown (1811-1873). On revient de loin ? Au passage il est question aussi des opérations destructrices pratiquées encore actuellement sur les enfants intersexes.

     

     

    Liv Strömquist décrypte ensuite la représentation qui est faite du sexe féminin qui se limite majoritairement à un vagin et passe sous silence la vulve. Ce sexe n'est donc qu'un trou qu'il faudrait remplir. Cette image est opposée aux représentations pré-chrétiennes de divinités exhibant leur vulve.

     

    Liv Strömquist, L'origine du monde, Rackham

    Il y a aussi un chapitre sur l'orgasme et le clitoris. La découverte, au 19° siècle, que l'orgasme féminin n'était pas nécessaire à la conception a entrainé "le début d'une nouvelle ère extrêmement déprimante pour la sexualité féminine". Ce n'est qu'à la fin du 20° siècle qu'Helen O'Connell découvre comment est fait un clitoris.

    Et enfin, on termine par le tabou des règles.

     

     

    C'est un ouvrage instructif et bien documenté, les sources sont citées en fin. C'est aussi un ouvrage qui adopte un point de vue résolument féministe. Je ne saurais que le recommander, particulièrement aux personnes dotées d'un vagin ou d'une vulve. Les dessins en noir et blanc incluent des documents iconographiques et parfois une touche de couleur (du rouge quand il est question des règles).

     

    Liv Strömquist, L'origine du monde, Rackham

     


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  • Laurent Binet, HHhH, Le livre de pocheHHhH : "Himmlers Hirn heißt Heydrich -le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich" devait s'appeler "Opération Anthropoïde". C'est du moins ce que prétend Laurent Binet dans son ouvrage mais il dit aussi qu'il a cédé à son éditeur. Donc HHhH raconte l'opération Anthropoïde, c'est-à-dire l'opération montée par la résistance tchécoslovaque au Royaume-uni pour tuer Heydrich. Et au passage on nous présente aussi Heydrich, la "bête blonde", un personnage dont l'histoire m'intéresse parce que je l'ai croisé à plusieurs reprises dans les aventures de Bernie Günther.

     

     

    Reinhard Heydrich est un nazi particulièrement brutal. Nommé Protecteur de Bohême-Moravie en 1941, il terrorise les populations locales et neutralise la résistance intérieure. La résistance extérieure décide alors d'envoyer Jan Kubiš, un Tchèque et Jozef Gabčik, un Slovaque, avec pour mission d'abattre Heydrich. Après diverses péripéties liées à la préparation de l'attentat, celui-ci à lieu le 27 mai 1942. Heydrich meurt le 4 juin. La répression qui s'abat alors sur toute personne soupçonnée d'avoir participé de près ou de loin à l'attentat est d'une violence inouïe. Je suis particulièrement frappée par le sort fait au village de Lidice, accusé -à tort- d'avoir hébergé l'un des acteurs de l'opération. C'est une sorte d'Oradour-sur-Glane local. Toute la population a été massacrée, les maisons détruites, le sol retourné et parsemé de sel.

     

    Laurent Binet, HHhH, Le livre de poche

    Le mémorial aux enfants de Lidice

     

    Mais HHhH est aussi l'histoire de Laurent Binet écrivant HHhH. En effet, celui-ci s'adresse au lecteur pour lui expliquer pourquoi il a écrit ce livre, quelles sont ses sources, quel genre de livre il veut écrire et ses difficultés pour y parvenir.

    "Lors du premier jet, j'avais écrit : "sanglé dans un uniforme bleu". Je ne sais pas pourquoi, je le voyais bleu. Il est vrai qu'on voit souvent Göring dans un uniforme bleu clair sur les photos. Mais ce jour-là, je ne sais pas s'il le portait. Il pouvait aussi bien être en blanc, par exemple.

    Je ne sais pas non plus si ce genre de scrupules à encore un sens à ce stade de l'histoire."

    J'ai trouvé ça plutôt plaisant même si par moments cela peut faire un peu procédé mais bon, il n'en abuse pas trop. J'aime beaucoup quand l'auteur se raconte en même temps qu'il raconte. C'est donc un livre que j'ai apprécié et dans lequel j'ai noté des idées d'autres lectures.

     


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  • Bride est une très belle jeune femme à la peau très noire. Sa naissance a été un choc pour ses parents, tous deux de couleur claire, et a entraîné leur séparation. Sa mère l'a élevée sans amour et en évitant au maximum de la toucher. Adulte, Bride a pris sa revanche contre son enfance malheureuse en devenant la directrice respectée et enviée d'une ligne de produits de beauté. Mais en construisant son personnage en réponse à cette enfance elle en est, d'une certaine façon, restée prisonnière. Les circonstances vont l'amener à prendre conscience de ce qu'elle désire vraiment et à s'affranchir de ses traumatismes. Autour d'elle, d'autres personnages accèdent aussi à la délivrance (bien que le titre original soit God help the child : Dieu aide l'enfant).

     

     

    Cependant, en même temps qu'elle nous montre qu'on peut progresser vers une vraie autonomie, Toni Morrison insinue l'idée qu'aucun enfant n'est à l'abri de graves violences. Il est question ici de pédophilie. Au moins cinq personnages du livre sont concernés. Cette vision bien noire m'a déconcertée par son côté systématique.

    Néanmoins, j'ai apprécié l'écriture et la construction de ce roman. Selon les chapitres, c'est soit un des protagonistes soit un narrateur extérieur qui prend la parole, exprimant divers points de vue et le lecteur comprend petit à petit de quoi il retourne.

    Au total c'est un avis mitigé -et d'autant plus que j'attends beaucoup de Toni Morrison- sur un livre qui ne me laissera sans doute pas une impression profonde.

     

     

     

     


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  • Giulia Enders, Le charme discret de l'intestin, Actes sudTout sur un organe mal aimé

    Depuis deux ans, j'ai vu régulièrement cet ouvrage dans divers classements des meilleurs ventes aussi j'ai été contente de le trouver disponible à ma bibliothèque où il semble qu'il ait eu pas mal de succès aussi vu qu'il y a des pages qui se détachent à cet exemplaire.

    Giulia Enders est une jeune étudiante en médecine. Elle explique en introduction comment, victime d'une grave maladie de peau qu'aucun traitement ne parvenait à guérir, elle s'en est soignée en changeant son alimentation. Depuis elle s'est plus particulièrement intéressée à la gastroentérologie et elle présente ici le système digestif de l'entrée (la bouche) à la sortie (l'anus) en passant par l'oesophage, l'estomac et les intestins ainsi que les récentes découvertes sur le sujet.

     

     

    Qu'est-ce qu'on apprend ? L'importance de notre microbiote, c'est-à-dire notre flore intestinale ou ensemble des bactéries que nous avons dans le ventre.

    Importance en quantité car le tout pèse environ 2 kg : "A peine la poche des eaux perd-elle son imperméabilité que la colonisation commence. Il y a un instant, l'enfant à naître était encore un être formé de cellules 100 % humaines, et voilà qu'en un rien de temps, il est colonisé par tant de micro-organismes qu'au niveau de la numération cellulaire, on peut dire qu'il est humain à 10 % et microbe à 90 % !"

    Importance qualitative car on découvre aujourd'hui le rôle de ce microbiote dans de nombreux aspects de notre santé : mauvaise haleine, surpoids, maladies de peau, allergies, dépression, suicide...

     

     

    C'est un livre facile d'accès, dans une langue vivante et familière avec de l'humour (souvent dans le registre caca-prout, sujet oblige) et en même temps fort intéressant. Il est illustré par Jill Enders, soeur de l'auteure.

     


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  • Kate Summerscale, Un singulier garçon, Christian BourgoisLe mystère d'un enfant matricide à l'époque victorienne

    Londres, 1895. Dans un quartier populaire, en l'absence de leur père en déplacement pour son travail, deux garçons de 12 et 13 ans mènent une vie de loisirs. Ils assistent à un match de cricket, vont au théâtre, organisent une partie de pêche. Pour subvenir à leurs besoins, ils mettent au clou, petit à petit, des objets de la famille. Où est passée leur mère ? Aux voisins qui s'en inquiètent les deux frères répondent qu'elle est chez leur tante. C'est quand la police intervient après 10 jours de disparition qu'elle découvre le cadavre de la malheureuse Emily Coombes, dans son lit, déjà dans un état de décomposition avancée. L'aîné des garçons, Robert, avoue aussitôt que c'est lui qui a poignardé sa mère.

     

     

    Comme elle l'a déjà fait, Kate Summerscale s'est saisie de ce fait divers et a enquêté sur les motivations et le devenir de Robert Coombes.

    Ses motivations : la justice britannique de l'époque n'interroge pas les prévenus (ce que j'avais déjà découvert en lisant Anne Perry). Seuls les témoins sont appelés à déposer. Une fois son crime avoué, on laissera peu à Robert l'occasion de s'expliquer sur ses actes. L'auteure se base sur ces premiers aveux et sur les rapports des médecins qui ont observé Robert après son arrestation mais cela fait des sources maigres et je ne trouve pas ses conclusions toujours très convaincantes. Peut-être parce qu'il est difficile d'accepter qu'un enfant puisse devenir meurtrier et de sa mère en plus. Le déroulement du procès de ce pauvre garçon qui ne comprend pas ce qui lui arrive me fait penser à celui de Mary Bell, plus de 70 ans après.

     

     

    Le devenir de Robert : jugé coupable mais fou Robert est interné à l'asile de Broadmoor, construit spécialement pour recevoir les hommes et femmes reconnus déments devant les cours de justice. S'il reçoit de vrais forcenés cet asile semble aussi avoir été un moyen pour les jurys de l'époque d'éviter la peine de mort à de trop jeunes condamnés ou à des criminels présentant des circonstances atténuantes pas prises en compte par la justice. Libéré en 1912, Robert émigre pour l'Australie en 1914 puis s'engage comme volontaire lors de la première Guerre mondiale.

     

     

    Sur ses traces et à son habitude, Kate Summerscale explore tous azimuts ce qu'a vécu son personnage. Après le déroulement du procès, elle présente l'asile de Broadmoor, les conditions de vie et l'histoire de quelques internés. Robert s'engage dans l'harmonie de l'asile, elle présente les harmonies à la fin du 19° siècle. Il y a ensuite de longs développements sur les combats des troupes australiennes durant la première Guerre mondiale, dans l'empire ottoman (à Gallipoli) puis sur la Somme. Le cas particulier des brancardiers et des musiciens est plus particulièrement étudié. C'est tout cet aspect de son travail qui m'intéresse le plus car je découvre plein de petits détails sur la vie à cette époque. J'ai donc apprécié la lecture de cet ouvrage.

     


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