En 2021 Joann Sfar a failli mourir du covid. Il a été hospitalisé trois semaines. Quand un médecin lui dit : "Il faut vous battre, monsieur" l'auteur se rappelle sa jeunesse niçoise dans les années 1980 et son envie d'en découdre. Dans ce récit autobiographique Joann Sfar nous raconte donc comment il a affronté -ou pas- les fils à papa nazillons qui trainaient dans et devant le lycée Masséna, comment il a pris des cours de kung-fu et comment il a fait partie du groupe de jeunes Juifs chargés de protéger la synagogue de Nice durant les offices. Ces groupes d'auto-défense se sont mis en place après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris en 1980. Le livre est aussi une chronologie des violences antisémites qui ont marqué la vie de l'auteur. La partie bande dessinée est suivie d'une "météorologie antijuive", chronologie des actes antisémites en France depuis sa naissance et copies d'articles de Nice-matin en faisant état. La conclusion est un pessimisme qui ne baisse pas les bras : "Ce livre n'a de sens que par son pessimisme. J'espère que chacune de mes images dit clairement le rejet à la fois de l'action violente et de la voie légale. Je suis vraiment certain que face aux vagues de rage on ne peut rien faire. C'est pas pour ça qu'on va fermer sa gueule".
Cet ouvrage est aussi un hommage au père, André Sfar, avocat engagé qui fut un temps adjoint au maire Jacques Médecin. La mère de Joann Sfar est morte quand il avait quatre ans et il a noué une relation très forte avec son père.
Je n'avais jamais lu de bande dessinée de Joann Sfar. J'avais dû feuilleter à l'occasion un épisode du Chat du rabbin qui m'était tombé des mains, je dois dire. J'ai découvert celle-ci lors du récent passage de l'auteur à 28 minutes. La semaine suivante elle me faisait de l'oeil à ma bibliothèque et je ne l'ai pas regretté. J'ai aimé la réflexion de l'auteur sur les événements décrits et le regard qu'il porte sur le Joann de 16 ans qu'il n'est plus.
