En infectiologie on nomme "patient zéro" la personne considérée comme étant à l'origine d'une épidémie. Ici le médecin Luc Perino a étendu cette notion à tous les domaines de la médecine. A travers des cas célèbres ou méconnus, l'auteur nous présente une histoire de la médecine qui part des malades. Le déroulé est chronologique. On commence avec Louis-Victor Leborgne, aphasique hospitalisé à Bicêtre de 1840 à sa mort en 1861, qui permit à Broca de découvrir l'aire du cerveau qui porte son nom, siège de la parole. On termine avec Samuel, "l'homme sans cerveau", dont le cas a prouvé l'immense plasticité du cerveau. Sur la couverture nous voyons Phineas Gage et le dessin de son crâne traversé par une barre à mine en 1848. Il a survécu à l'accident sans trop de séquelles si ce n'est la perte de son oeil gauche mais son caractère a complètement changé. Il était posé, calme et honnête, il est devenu instable, agressif et tricheur, mettant en évidence le rôle du lobe frontal du cerveau dans la socialisation et l'humeur (contrairement à ce que peuvent laisser penser mes exemples, cet ouvrage ne traite pas que d'affections touchant le cerveau).
Mais Luc Perino ne se contente pas d'aligner des anecdotes médicales. Il porte aussi un regard critique sur les errements des médecins ou des chercheurs qui ont parfois tendance à oublier qu'ils travaillent sur des personnes et pas que sur des maladies. A propos d'un essai clinique lancé à Tuskegee, Alabama, en 1932 sur 400 hommes noirs atteints de syphilis, j'ai été choquée d'apprendre que, quand la pénicilline à été découverte en 1943 qui pouvait enfin guérir la syphilis, les chercheurs l'ont caché à leurs patients pendant trente ans pour pouvoir poursuivre l'étude. A la fin de l'ouvrage Luc Perino s'en prend aux laboratoires pharmaceutiques, avides de vendre des médicaments même aux bien-portants et qui pour cela ont entrepris de pathologiser la vieillesse. Son avis est que l'exercice et une bonne hygiène de vie sont souvent le meilleur des remèdes.
C'est un ouvrage plaisant et facile à lire, très accessible du fait des anecdotes racontées et à l'écriture vivante.