En Autriche, dans une ville de garnison, le narrateur, le lieutenant Anton Hofmiller, 25 ans, se prend de pitié pour une jeune femme paralysée. Edith de Kekesfalva a 17 ans, sa maladie l'a rendue irritable et sujette à des crises nerveuses. Elle est la fille d'un riche veuf prêt à tout pour qu'elle recouvre la santé. Le lieutenant Hofmiller, jeune homme pauvre, est toujours bien accueilli par le père et la fille chez qui il trouve comme une famille de substitution. Il prend plaisir à constater que sa présence calme Edith et lui donne le sourire. Jusqu'au jour où il réalise que celle-ci s'est complètement méprise sur ses sentiments et ses intentions.
Tout ceci va très mal se terminer, c'est écrit en quatrième de couverture et je me suis demandée comment l'auteur allait réussir à tenir 350 pages écrites petit sur cette histoire. C'est que le roman est aussi l'occasion de nous dépeindre la société et les mentalités dans une petite ville de garnison à la veille de la première guerre mondiale. Fréquentant régulièrement chez les Kekesfalva, le lieutenant Hofmiller se coupe de ses camarades officiers qui ne peuvent imaginer d'autre moteur que l'appât du gain dans cette relation. Il se trouve que Kekesfalva est d'origine juive et cela passe mal chez ces antisémites imbus de leur supériorité de militaires.
Quant au narrateur, s'il est plus ouvert que ses camarades, c'est quand même un personnage qui me met mal à l'aise dans sa relation avec Edith. Pour lui elle est la pauvre infirme et il la voit rarement comme une vraie personne d'où le choc qu'il éprouve quand il comprend qu'elle est amoureuse de lui. Il faut dire qu'avec ses colères et son chantage au suicide elle ne facilite pas les choses. A mesure qu'on avance dans le récit Hofmiller apparaît comme de plus en plus agit par sa pitié et incapable de mettre fin à un malentendu mortifère. Je trouve très déplaisante, à la fin du récit, la façon dont il se "tire d'affaire" en essayant de se faire croire qu'il est obligé d'agir comme il le fait.
Si les personnages ne me sont pas très sympathiques j'ai cependant beaucoup apprécié cette lecture pour la belle écriture et pour l'analyse psychologique. Stefan Zweig a bien montré comment le fait d'agir par pitié peut valoriser l'auteur de cette pitié au point de lui donner le sentiment d'être Dieu.
C'est une lecture commune organisée par Et si on bouquinait un peu dans le cadre des lectures Autour du handicap (avec Ingrid) et des Feuilles allemandes (avec Fabienne) et avec Keisha, Brize et Cléanthe.