• Elena Ferrante, L'amie prodigieuse, Folio

    Elena Ferrante, L'amie prodigieuse, FolioElena, la narratrice, et Lila grandissent dans un quartier pauvre de Naples après la seconde guerre mondiale et deviennent amies très jeunes. La meneuse du tandem c'est Lila, une petite surdouée habitée par la soif d'apprendre mais aussi une peste qui cogne avant d'être cognée. Elena est elle aussi une fille intelligente mais plus scolaire et, pour rester au niveau de cette amie prodigieuse, elle est prête à se dépasser : affronter ses peurs et ses ennemis, étudier plus pour obtenir de meilleurs résultats à l'école. Les deux filles attirent l'attention de leur institutrice mais, alors que les parents d'Elena acceptent qu'elle poursuive sa scolarité au collège puis au lycée, ceux de Lila refusent et la voilà employée dans la cordonnerie familiale.

     

     

    Après une mise en place un peu lente où j'ai craint que la lecture ne m'ennuie, j'ai été happée par ce roman passionnant et j'ai eu du mal à le lâcher avant la fin. Il y est question de la vie dans un quartier très populaire, des affrontements entre enfants, des transformations et amours de l'adolescence mais j'ai plus particulièrement apprécié la description de la relation des deux amies, de la compétition qui les oppose et leur permet d'aller plus loin, ensemble. Elena Ferrante montre aussi très bien l'émerveillement qui saisit Elena au moment où elle entre au lycée et découvre qu'il existe un monde au-delà du quartier :

     

    "Mon père me serra la main comme s'il avait peur que je ne m'échappe. En effet j'avais envie de le laisser pour aller courir, changer de place, traverser la route et me laisser renverser par les étoiles brillantes de la mer. En cet instant tellement fantastique, plein de lumière et de clameur, je m'imaginai seule dans la nouveauté de la ville, neuve moi-même avec toute la vie devant moi et exposée à la furie mouvante du monde dont, sans nul doute, je sortirais gagnante : et je pensai à Lila et à moi, à cette capacité que nous avions toutes deux quand nous étions ensemble -seulement ensemble- de nous approprier la totalité des couleurs, des bruits, des choses et des personnes, de nous les raconter et de nous donner de la force.

    Je rentrai dans notre quartier comme si je revenais d'une terre lointaine."

     

     

    Quelques années encore et la liberté acquise par l'étude va entraîner le sentiment d'être une étrangère : "(...) je commençai à me sentir clairement une étrangère, rendue malheureuse pat le fait même d'être une étrangère. J'avais grandi avec ces jeunes, je considérais leurs comportements comme normaux et leur langue violente était la mienne. Mais je suivais aussi tous les jours, depuis six ans maintenant, un parcours dont ils ignoraient tout et auquel je faisais face d'une manière tellement brillante que j'avais fini par être la meilleure. Avec eux je ne pouvais rien utiliser de ce que j'apprenais au quotidien, je devais me retenir et d'une certaine manière me dégrader moi-même. Ce que j'étais en classe, ici j'étais obligée de le mettre entre parenthèses ou de ne l'utiliser que par traîtrise, pour les intimider."

     

     

    Tout est très intelligent et très bien observé. J'aime aussi beaucoup la photo de couverture de l'édition de poche : ces deux gamines délurées, Elena qui montre son habileté au cerceau tout en gardant un oeil sur Lila, en attente de son approbation (ce n'est pas une scène du livre mais ça pourrait).

    L'avis d'Eva, celui de Zarline.

     

     


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