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    Jacques Portes, La véritable histoire de l'Ouest américain, EkhoAprès avoir lu Faillir être flingué, j'ai voulu en savoir plus sur la conquête de l'Ouest américain. Heureuse coïncidence : je suis tombée sur cet ouvrage en librairie. L'histoire relatée ici court de la préhistoire à nos jours mais la plus longue partie concerne la conquête, qu'il serait plus juste de nommer colonisation, de l'Ouest.

     

     

    Ce que j'ai particulièrement retenu :

    Au 19° siècle des socialistes utopiques fondent des communautés où ils mettent en application leurs idées. Il y a New Harmony de Robert Owen, dans l'Indiana; le phalanstère de la Réunion, au Texas, par Victor Considérant ou les Icaries d'Etienne Cabet. Ca me rappelle une nouvelle de Boris Akounine. Quand je l'ai lue j'ai cru que c'était une invention de romancier. Mais non.

     

     

    La vie aventureuse de William Cody, alias Buffalo Bill, apprenti convoyeur à travers le continent dès l'âge de 13 ans. Plus tard son spectacle le Wild West Show "a attiré pendant trente ans en Amérique comme en Europe, trente millions de spectateurs ce qu'aucun autre spectacle n'a jamais égalé". Il a posé les bases du genre cinématographique du western et contribué à forger le mythe de l'Ouest. Ce que je lis ici me donne envie d'en savoir plus sur le personnage auquel Jacques Portes a consacré un ouvrage -ça tombe bien.

     

     

    Enfin, l'extermination des Indiens est à pleurer. Certaines étapes de cette extermination ont toutes les caractéristiques d'un génocide. Il y a les massacres de masse comme à Wounded Knee en 1890 et une photo montre des soldats posant devant une fosse commune remplie de leurs victimes. Il y a des marches de la mort comme lorsque les Cherokees sont contraints de quitter leurs terres en 1838 et s'engagent sur le "sentier des larmes" où 4000 meurent. Il y a la déportation vers les terres inhospitalières choisies comme réserves. J'avais lu autrefois Enterre mon coeur à Wounded Knee. J'en ai très peu de souvenirs si ce n'est qu'à l'époque j'avais été, comme aujourd'hui, choquée par le comportement des autorités américaines et les innombrables reniements de leurs engagements. Sur ce sujet aussi j'ai envie d'approfondir.

     

     

    J'ai donc apprécié la lecture de cet ouvrage que j'ai trouvé à la fois complet et accessible et qui est enrichi de photos qui illustrent le propos. Il y a une bibliographie à la fin qui me donne des idées et des envies de lectures complémentaires.


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    Céline Minard, Faillir être flingué, Rivages pocheAu début du roman différents personnages traversent les Grandes plaines américaines. Il y a les deux frères Jeffrey et Brad qui transportent dans leur chariot leur vieille mère mourante. Ils sont accompagnés de Josh, le fils de Brad.Il y a Zébulon qui a volé à Elie le cheval que ce dernier avait volé à Bird. Il y a une Indienne chamane, Eau-qui-court-sur-la-plaine, qui fait le lien entre eux. Le lecteur découvre les personnages sans présentation préalable. On apprend petit à petit qui ils sont et ce qui les a menés là. Du coup il m'a fallu un peu de temps pour arriver à repérer qui était qui et avant ça j'ai eu tendance à confondre les personnages ce qui m'a un peu agacée. Cette première partie dure une centaine de pages (sur 300). A l'issue ça y est, les repères sont posés.

    Après leur traversée des plaines, les personnage se trouvent dans une ville en construction où ils s'installent. Ils font connaissance, apprennent à s'apprécier, montent leur activité et construisent une petite société d'où les méchants sont bannis.

     

     

     

    Qu'est-ce que c'est que ce roman ?

    Une sorte de western où "le mythe de l'Ouest américain est revisité" nous dit l'éditeur en quatrième de couverture. Et oui, c'est bien ça mais on reste dans le mythe, ce qui m'a amenée à m'interroger sur ce qu'avait vraiment été cette conquête de l'Ouest.

    Une ode à la nature sauvage au contact de laquelle les protagonistes sont transformés. En même temps, en filigrane, apparaissent les prémices de la destruction de cet environnement. Le constructeur d'un établissement de bains organise l'évacuation des eaux usées vers la rivière voisine; l'agriculteur s'accapare tout l'espace qu'il a pu parcourir en une journée, défriche la plaine et abat un ours qui s'était aventuré trop près de sa ferme; le médecin empoisonne tout un village indien en vaccinant ses habitants avec un vaccin périmé.

    Une écriture travaillée, je le vois, et où je trouve des accents poétiques, mais j'ai toujours préféré un style plus classique.

    Pour toutes ces raisons c'est une lecture qui m'a déconcertée et qui me laisse sur un avis mitigé.

     

     


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    Marlen haushofer, Le mur invisible, Babel"Je peux me permettre d'écrire la vérité, tous ceux à qui j'ai menti pendant ma vie sont morts."

     

    Une femme d'une quarantaine d'années, la narratrice, se retrouve seule au monde dans un chalet des Alpes autrichiennes. Le roman est paru en 1963, à une époque où on craignait une guerre atomique. Marlen Haushofer a imaginé qu'une arme nouvelle avait pétrifié tous les êtres vivants, hommes et bêtes, sauf à l'intérieur d'un assez vaste périmètre délimité par un mur invisible. C'est là que se trouvait la narratrice quand la catastrophe est survenue. L'événement s'est déroulé dans la nuit. Au matin elle constate la situation. L'objet du roman n'est pas comment on en est arrivé là mais comment elle va y faire face.

     

     

     

    Deux ans et demi après le début de son enfermement, la narratrice décide de mettre par écrit son histoire. On ne saura jamais son nom. Elle raconte comment elle a organisé sa vie avec un chien, une vache et un chat. Le bois à couper pour la cuisine et le chauffage -à cette altitude, il peut neiger jusqu'en mai-, la recherche de nourriture : chasse, pêche, agriculture, cueillette. C'est un labeur quasi permanent et qu'elle apprécie car il l'empêche d'être trop tourmentée par ses pensées. Les soins aux animaux sont aussi un bon dérivatif. Des être vivants dépendent d'elle et cela l'oblige à aller de l'avant.

     

      

     

    Si le roman est un récit de vie en Robinson c'est surtout une réflexion sur le sens de la vie, la condition humaine, la condition féminine, la relation des êtres humains à la nature et aux animaux.

     

    Je comprends que cette femme s'est souvent sentie contrainte dans ses relations aux autres, aux hommes notamment et que la situation est, d'une certaine façon, une libération pour elle. Enfin elle peut cesser de se conformer à ce que la société attendait d'elle et devenir elle-même. La transformation est douloureuse mais au moment où elle se met à écrire, elle constate le changement et s'en satisfait.

     

     

     

    J'ai beaucoup apprécié ce roman que j'ai trouvé excellent. Je suis très admirative du travail de Marlen Haushofer, une autrice que je ne connaissais pas. C'est une lecture pas toujours gaie mais qui donne vraiment à réfléchir.

     

     

     

    L'avis de Keisha, celui de Lectrice en campagne.

     


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    Léon Leyson, L'enfant de Schindler, PocketLeib Lejzon est né en 1929 à Narewka, un village du nord-est de la Pologne. En 1938 la famille part s'installer à Cracovie où le père a trouvé du travail dans une usine. Quand les nazis envahissent la Pologne et commencent à en persécuter la population juive, la famille Lejzon est confinée dans le ghetto de Cracovie. Les parents et trois de leurs cinq enfants (dont Leib, devenu Léon Leyson aux Etats-Unis après la guerre) doivent leur vie à Oskar Schindler, cet industriel allemand, opportuniste, membre du parti nazi mais que son amour de la vie a poussé à prendre des risques pour sauver ses ouvriers juifs. Léon Leyson a été le plus jeune garçon sauvé par Schindler.

     

     

    On nous dit en première de couverture que cet ouvrage est "aussi intense que le journal d'Anne Frank". La comparaison me paraît un peu exagérée car il me semble me souvenir (ma lecture du Journal est ancienne, cependant) qu'Anne Frank avait un réel talent littéraire, ce qui n'est pas le cas de Léon Leyson. Le style est assez platement descriptif et l'ouvrage pas super bien traduit, pour autant que je peux en juger, et de ce fait j'ai trouvé la lecture parfois un peu fastidieuse.

     

     

    Cependant il y a des aspects historiques qui sont intéressants : la description de la vie rurale avant la shoah, quand chrétiens et juifs vivaient plus ou moins en bonne entente; les conditions de survie dans le ghetto de Cracovie puis dans le camp de travail forcé de Plaszow. J'ai apprécié aussi ce que l'auteur dit de son adaptation à une nouvelle vie aux Etats-Unis où il s'est installé avec ses parents en 1949.

     

     

    De façon surprenante pour moi c'est dans l'épilogue qui résume cette nouvelle vie que j'ai enfin ressenti de l'émotion, notamment à propos des traumatismes des parents : "Un jour, à Plaszow, un garde avait frappé maman sur le côté du visage avec une planche de bois. Le coup a définitivement abîmé son tympan. Elle disait entendre dans cette oreille handicapée les voix de ses deux enfants assassinés qui l'appelaient sans cesse."

    Peut-être parce que, quand on est au coeur du danger il n'y a pas de place pour la réflexion et les sentiments, il faut seulement s'occuper de survivre. Une fois que le péril est passé, on peut s'arrêter et penser.

    Un ouvrage destiné par l'éditeur à un jeune public et, oui, cela me paraît adapté.

     

     

    Léon Leyson, L'enfant de Schindler, PocketLa lecture de L'enfant de Schindler est une occasion pour revoir La liste de Schindler, film de Steven Spielberg avec Liam Neeson dans le rôle d'Oskar Schindler. C'est un film efficace et d'une certaine beauté plastique avec le choix du noir et blanc et les touches de couleur : les flammes des bougies au début et à la fin, la petite fille au manteau rouge. On y constate la corruption d'un bon nombre de nazis, comme évoqué dans Bleu de Prusse. Cela m'a donné envie d'en savoir plus sur Oskar Schindler. Le film est tiré d'un roman du même nom.

    Le petit Leib n'apparaît pas dans le film. Par contre Léon Leyson est un des témoins qui est interviewé dans un documentaire sur les Juifs de Schindler présenté en bonus de mon DVD. J'ai retrouvé dans son témoignage plusieurs choses que j'avais lues dans le livre.

     

     
     
    Mon article est aussi l'occasion de rendre hommage à ida Grinspan, décédée en début de semaine. J'avais eu la chance de la rencontrer en 2010.

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    JMG le Clézio, Bitna, sous le ciel de Séoul, StockA Séoul Bitna, une étudiante pauvre, est employée comme conteuse par Salomé, une femme riche atteinte d'une maladie dégénérative qui la tue petit à petit. Pour Salomé, Bitna imagine des histoires qui mêlent aspects autobiographique et merveilleux, qui racontent le monde extérieur et permettent à la malade d'oublier un instant son état.

     

     

     

     

    Une collègue m'a prêté ce roman de Le Clézio dont elle m'a dit qu'il était un de ses écrivains favoris et que je n'avais jamais lu. Je ne dirais pas que j'ai été emballée par cette lecture mais j'ai apprécié l'écriture et l'ambiance que l'auteur a réussi à créer. Manifestement celui-ci connaît et aime la Corée du Sud et Séoul. Sur les traces de Bitna, il entraîne le lecteur à travers la ville, dans les quartier mal famés du centre, dans les tours ou dans les lointaines banlieues populaires. Je découvre la vie des petites gens et le traumatisme qu'est encore la rupture avec la Corée du Nord : des lieux, des personnes qu'on ne reverra jamais et dont on ne sait même pas ce qu'ils sont devenus. L'usage de termes coréens, sans traduction, participe au fait que cela sonne juste.

     

    JMG le Clézio, Bitna, sous le ciel de Séoul, Stock

    La gare d'Oryu-Dong, Séoul

     


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    Barbara Pym, Les ingratitudes de l'amour, 10-18Dulcie, 31 ans, vient d'être plaquée par son fiancé. Pour se changer les idées, elle accepte de participer à un colloque professionnel -elle est documentaliste pour un éditeur. Là, elle fait la connaissance de Viola, documentaliste également, et d'Aylwin, universitaire et directeur de revue. Viola est une femme peu sympathique, à mon avis, mais Dulcie se lie d'amitié avec elle et accepte même de l'héberger chez elle quand Viola est mise à la porte par son propriétaire. Aylwin est un fort bel homme qui fascine Dulcie. Elle va utiliser ses ressources professionnelles pour se documenter sur lui et sa famille et pousse son obsession jusqu'à assister à un culte dans l'église où son frère est pasteur et à prendre une chambre dans l'hôtel dirigé par sa mère. Elle entraîne à sa suite Viola, laquelle est officiellement amoureuse d'Aylwin.

     

     

    Voilà un roman dont la lecture ne m'a guère emballée -je l'ai même trouvée un peu ennuyeuse- alors que j'en avais lu des critiques positives. Il ne s'y passe pas grand chose et l'humour de l'autrice m'a tout juste fait sourire. Quant au fond, je m'interroge sur cette obsession de Dulcie pour Aylwin que je ne suis pas loin de trouver un peu malsaine. Signe des temps, sans doute : aujourd'hui on pourrait parler de harcèlement; à l'époque -le roman date de 1961- une célibataire de l'âge de Dulcie était considérée comme une vieille fille et son comportement nous est présenté comme une sortie de son train-train quotidien.

     

    L'avis de Keisha (beaucoup plus positif que le mien, donc)


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    Charlotte Brontë, Shirley, ArchipocheEn 1811-1812, le Yorkshire industriel est frappé par une crise économique due à la guerre contre la France et au blocus continental décrété par Napoléon contre l'Angleterre. Les patrons des usines textiles sont contraints de licencier, certains se dotent de métiers mécaniques pour économiser sur la main d'oeuvre mais ces innovations provoquent des manifestations violentes de la part des ouvriers. Robert Moore est l'un de ces entrepreneurs dont le soucis principal est d'éviter la ruine et il ne se pose guère de questions sur les conditions de vie des ouvriers au chômage et de leurs familles. Caroline Helstone, orpheline élevée par son oncle, jeune femme douce et réservée, cousine de Robert, est amoureuse du jeune homme et celui-ci semble apprécier sa compagnie. Cependant Caroline est pauvre, Robert au bord de la faillite et il ne peut envisager un mariage dans ces conditions. Survient Shirley Keevlar, riche héritière, propriétaire des terres sur lesquelles se situe la fabrique de Robert, jeune femme vive et enjouée. Shirley et Caroline deviennent vite d'excellentes amies.

     

     

    Voici un long roman de plus de 700 pages et dont l'histoire se déroule lentement et sans grande surprise : j'ai deviné au fur et à mesure comment se terminerait chacune des péripéties qui permettent de faire avancer le récit. Aucun ennui à la lecture cependant car l'intérêt réside dans la description d'une vie encore campagnarde malgré un début d'industrialisation et dans les opinions et les commentaires de Charlotte Brontë à qui Shirley sert de tribune. En s'adressant directement au lecteur assez régulièrement, l'autrice prend position sur différents sujets avec parfois un ton critique qui peut être amusant. Il est question notamment de l'Eglise, dans une région où l'anglicanisme fait face à des sectes dissidentes : "Rendons aux prêtres d'Angleterre l'hommage qu'ils méritent. Ils ont leurs défauts : comme nous tous, ils sont des créatures de chair et de sang. Mais, sans eux, le pays souffrirait. La Grande-Bretagne pleurerait son Eglise, si cette Eglise venait à tomber. Que Dieu la sauve ! Et aussi : que Dieu la réforme !"

     

     

    Si Charlotte Brontë compatit aux malheurs des chômeurs sans ressources, elle ne les soutient pas quand ils se révoltent contre les industriels. Les émeutiers sont présentés comme "des hommes égarés par de mauvais conseils et poussés par les privations". Leurs chefs sont "des étrangers venus des grandes villes. (...) des débauchés, des banqueroutiers toujours endettés, souvent ivres, des hommes n'ayant rien à perdre et tout à apprendre sous le rapport du courage, de la propreté et des moyens matériels".

    La solution proposée pour sortir de la misère le brave William Farren ? C'est la charité : Moore intervient secrètement pour lui faire retrouver un emploi et le bon pasteur Hall procure à la femme de William une somme d'argent qui lui permet d'ouvrir un petit commerce. Une solution qui semble demeurer individuelle et qui repose sur la bonne opinion qu'ont les intervenants sur William Farren, pauvre méritant.

     

     

    Ce que j'apprécie le plus c'est, qu'à travers ses deux héroïnes, Caroline et Shirley, le roman est un plaidoyer pour l'autonomie des filles (même s'il ne s'agit que de celle des filles : une fois qu'une femme est mariée, elle se soumet à son mari). Caroline souhaiterait travailler, elle s'en ouvre à son oncle à plusieurs reprises et apporte des arguments. Shirley, qui porte un prénom de garçon (à l'époque Shirley était un prénom masculin), en adopte les manières : elle mène sa barque comme elle l'entend, discute affaires d'égale à égal avec Robert. Elle fait même des commentaires sur les jeunes filles à marier du secteur, ce que lui reproche sa gouvernante. Enfin, nous croisons une enfant de 12 ans qui veut voyager pour découvrir le monde et échapper à sa condition qui lui enjoint de rester à coudre au foyer : "Mieux vaut essayer de toutes choses et les trouver vides que de rien essayer et mener une vie nulle".

     

     

    En préface j'apprends que Charlotte Brontë a changé la fin qu'elle avait prévue en cours de rédaction. Alors qu'elle en est au chapitre 23 son frère et deux de ses soeurs meurent de tuberculose en peu de temps. Quand elle reprend la plume, elle se dirige vers une fin plus positive, semble-t-il, que celle qu'elle avait envisagée pour donner à ses soeurs défuntes, qui sont le modèle de ses personnages, une destinée heureuse, au moins dans le roman. Cette fragilité de la vie à l'époque -Charlotte avait déjà perdu sa mère et deux autres soeurs- on la retrouve dans la lecture : à un moment ou un autre on craint pour la vie des personnages principaux.

    Shirley est un roman riche dont j'ai grandement apprécié la lecture.


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    L'inspecteur principal Chen Cao, de la police criminelle de Shanghai, profite d'une semaine de vacances au centre de détente pour cadres (on parle des cadres du parti) de Wuxi. Wuxi est manifestement un lieu de villégiature qui attire de nombreux touristes, au bord du lac Tai. Chen se rappelle avec nostalgie un séjour avec ses parents quand il était enfant. Mais depuis de nombreuses usines se sont installées autour du lac où elles rejettent leurs déchets toxiques au mépris de la réglementation et la santé des habitants est menacée. Chen fait la connaissance de la charmante Shanshan. Cette ingénieure est employée à l'usine de produits chimiques Numéro Un où elle essaie de faire respecter les normes anti-pollution. Quand le directeur de l'usine est assassiné, Shanshan est la première soupçonnée. Par sympathie pour elle Chen décide de mener l'enquête, incognito.

     

     

    Après Mort d'une héroïne rouge, j'ai mis la main sur ce roman qui est le 7° épisode des enquêtes de l'inspecteur Chen. C'est donc une série déjà bien fournie que je découvre et qui va me donner matière à lecture pendant quelque temps. Ici il est question des graves problèmes de pollution en Chine qui se sont développés avec la libéralisation de l'économie. Cette libéralisation a permis le développement économique du pays, la richesse pour certains et du coup beaucoup n'ont pas envie d'en voir les conséquences négatives. Shanshan qui diffuse des informations à ce sujet est accusée par la sécurité intérieure de divulguer des secrets d'Etat.

     

    Qiu Xiaolong, Les courants fourbes du lac Tai, Points

     

    En lisant ce roman j'ai l'impression de ressentir une "ambiance chinoise", de découvrir des aspects de cette culture. Cela passe notamment par la nourriture car Chen est un gourmet qui apprécie particulièrement la cuisine de rue. Il mange dans de petites échoppes ou restaurants des plats tels que une tête de poisson fumée, de la langue de porc à l'alcool de riz, de la laitance blanche frite avec de l'oeuf. Cela passe aussi par les civilités, les relations entre les personnes, bien différentes également de ce qu'elles sont chez nous. J'apprécie cette découverte.

     

     

    Pour terminer, un mot sur la traduction du titre original "Don't cry, Tai Lake" : dans ce titre, le lac Tai est la victime, dans le titre français, il apparaît comme un coupable. De plus, le mot fourbe renvoie à certains stéréotypes anti-chinois. Un choix qui est donc doublement contestable.

     

    Qiu Xiaolong, Les courants fourbes du lac Tai, Points

    Le lac Tai


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    Elizabeth von Arnim, Père, ArchipocheDepuis la mort de sa mère, 12 ans auparavant, Jennifer Dodge s'est dévouée à son père. Elle a été la secrétaire aux ordres de cet écrivain renommé, tout occupé de lui-même. Quand le roman commence, Jen a 33 ans et Père vient d'épouser, en secret, une toute jeune femme. Pour notre héroïne ce mariage sonne comme une libération. Enfin elle va pouvoir réaliser son rêve de cottage à la campagne et surtout vivre seule, faire ce qu'elle veut quand elle le veut et comme elle le veut. Elle a pour cela les cent livres de rente que sa mère lui a léguées : "Sans homme et sans viande, on pouvait, semblait-il, vivre dans l'abondance pour presque rien".

    Sur sa route vers la liberté Jen croise le jeune pasteur James Ollier affublé, lui, d'une soeur autoritaire. La rencontre des deux opprimés va être une aide dans leur émancipation de leurs tyrans domestiques.

     

     

    Quel réjouissant roman, lu en deux jours tellement, une fois commencé, il m'a été difficile de le lâcher -et ce malgré d'assez réguliers défauts de traduction. Ceux qui ont déjà connu le sentiment de libération qu'on peut ressentir lorsqu'enfin une relation pesante se termine, reconnaîtront ce qui arrive à Jen. Alors celle qui s'écrasait devant Père se montre capable de changer radicalement de mode de vie et son enthousiasme fait tomber bien des barrières. Et puis je retrouve avec grand plaisir l'humour d'Elizabeth von Arnim. Les travers des personnages sont pointés d'une façon très drôle. C'est à la fois léger dans la forme et bien observé quant à la description des sentiments et des personnages. Un régal.


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    L. M. Alcott et P. J. Stahl, Rose et ses sept cousin, HachetteA la mort de son père, Rose Campbell, 12 ans, s'est retrouvée orpheline. Elle est confiée à la tutelle d'une famille qu'elle connaît peu : un oncle, six tantes, sept cousins. Rose est une petite fille chétive, maladive et craintive. Son oncle Alec, médecin de profession, va appliquer sur elle ses principes concernant l'éducation des filles : activités de plein air (natation, équitation, patin à glace...), nourriture saine (lait frais tiré de la vache, porridge...), enseignement des arts ménagers (cuisine, couture, ménage) et de quelques fondamentaux (lire, écrire, compter). Ajoutons à cela la compagnie roborative des sept cousins, l'amitié pour une jeune domestique qui lui permet d'exercer son bon coeur et Rose devient une jeune femme accomplie.

     

     

    Le cadre est celui de la bonne société de Nouvelle Angleterre à la fin du 19° siècle. La famille Campbell s'est enrichie par le commerce international, notamment avec la Chine. Les hommes, l'oncle Alec, les pères des cousins, sont de grands voyageurs, souvent absents.

     

     

    En vacances chez ma mère je retrouve ce roman qui fut un de ses livres de jeunesse. Je sais que je l'ai lu moi-même autrefois mais je n'en garde aucun souvenir. Et je comprends pourquoi : ces enfants et jeunes gens sont tellement édifiants de bonté et d'attention aux autres que le résultats est un peu ennuyeux malgré les nombreuses activités de la petite bande. En tant que fille Rose est chargée de montrer l'exemple aux garçons pour les pousser à s'améliorer. Elle y parvient sans trop de peine vu le matériau de qualité que lui a fourni l'auteure.

     

     

    Ce qui m'intéresse le plus c'est ce que j'apprends sur P. J. Stahl en faisant une recherche sur celui qui apparaît à la couverture de mon édition comme le co-auteur de Louisa May Alcott (auteure aussi des Quatre filles du dr March). De son vrai nom Pierre-Jules Hetzel, plus connu comme éditeur de Jules Verne, il est en fait le traducteur de ce roman paru en 1885. Alors pourquoi se faire passer pour un auteur ? J'ai supposé que la traduction avait parfois été une adaptation, comme pour ce passage :

    "Il serait trop long d'énumérer tous les cadeaux contenus dans ces bas qui, en Amérique, s'ajoutent aux souliers que les enfants de notre pays mettent dans la cheminée, la veille de Noël".

    Il faudrait lire la VO pour savoir à quel point elle a été transformée, l'oeuvre n'ayant, semble-t-il, pas connu d'autre traduction.


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