• Charlotte Beradt, Rêver sous le III° Reich, Petite Bibliothèque Payot

     

    Charlotte Beradt (1907-1986) était une Allemande communiste et juive. A partir de 1933 elle a commencé à recueillir des récits de rêves faits par ses compatriotes. Des amis au courant de son projet en récoltent pour elle. Elle quitte l'Allemagne en 1939 mais continue sa collection auprès d'autres émigrés. Pendant la guerre elle présente certains de ces rêves sous forme d'article puis le présent ouvrage est paru en 1966.

    Charlotte Beradt pensait que les rêves étaient une bonne façon de montrer l'emprise du régime nazi sur l'esprit des gens. Et en effet, si certaines interprétations me semblent un peu tirées par les cheveux, les rêves présentés ici indiquent bien à quel point leurs auteurs sont touchés jusque dans leurs moments les plus intimes par le régime totalitaire et quelle est la pression exercée sur les personnes par la propagande et l'intimidation. Ce ne sont pas des rêves joyeux. Ils sont souvent angoissants ou, au minimum, mettent mal à l'aise le rêveur.

     

     

    "La seule personne en Allemagne qui a encore une vie privée est celle qui dort" a dit le chef nazi Robert Ley. Charlotte Beradt montre qu'il n'en était rien et que même en rêve on pouvait ressentir le besoin de se surveiller : "Je rêve qu'en rêve par précaution je parle russe (je ne le connais pas, en outre je ne parle pas en dormant) pour que je ne me comprenne pas moi-même et que personne ne me comprenne si je disais quelque chose à propos de l'Etat parce que c'est interdit et que cela doit être dénoncé" (été 1933).

    Ce récit m'a particulièrement frappée.

     

     

    J'ai apprécié de trouver à l'occasion dans cette lecture quelques informations sur la vie quotidienne dans l'Allemagne nazie -pas assez à mon goût mais ce n'était pas le sujet. C'est un livre court et qui se lit facilement du fait des récits vivants constitués par les rêves.

     

    Cette lecture est ma troisième et dernière participation aux Feuilles allemandes, mois thématique organisé par Eva, Patrice et Fabienne.

     

    Charlotte Beradt, Rêver sous le III° Reich, Petite Bibliothèque Payot

     


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  • Joachim Fest, Hitler, GallimardJoachim Fest (1926-2006) est issu d'une famille de la bourgeoisie catholique et conservatrice allemande qui ne s'est pas compromise avec les nazis. Il a étudié l'histoire et a été journaliste, il a écrit plusieurs livres concernant la période nazie (wikipédia)

     

     

    Le Führer. Ce second tome commence avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933 et se termine à sa mort en 1945. Les événements présentés ici sont beaucoup plus connus que ceux de la première partie. J'en découvre cependant les dessous et c'est souvent pire que ce que je croyais savoir. Les droits et libertés des Allemands sont limités dès le 30 janvier 1933. Face aux agressions extérieures les démocraties (France, Grande Bretagne) ne réagissent pas avec la détermination qu'il aurait fallu -voire même ne réagissent pas: la réoccupation de la Ruhr débute un samedi car le gouvernement français ne prend pas de décisions le week-end. On croit rêver! L'auteur montre pourtant qu'à aucun moment l'armée allemande n'est matériellement prête à soutenir une guerre longue contre plusieurs adversaires. En laissant Hitler libre de mener sa tactique de la guerre éclair qui se concentre sur un adversaire à la fois on lui a permis de gagner des territoires et des ressources. L'attaque de l'URSS signe le début de la fin (ou la fin du commencement, comme a dit Churchill) mais en attendant, que d'horreurs, de massacres de masse et de victimes!

     

     

    J'ai trouvé intéressante cette lecture qui m'a permis de rafraîchir et de compléter mes connaissances. Il n'y a pas grand chose sur la vie privée d'Hitler, j'aurais aimé en lire plus sur ce sujet. Joachim Fest dit qu'Hitler était très soucieux de l'image qu'il donnait, il avait une grande crainte du ridicule, il n'a jamais écrit une lettre à Eva Braun pour ne pas laisser de traces, le sujet de sa vie privée est donc difficile à traiter. Je me dis cependant que des sources ont du apparaître depuis la sortie de cet ouvrage. Je pense notamment aux souvenirs de Traudl Junge.

     

     

    Avec cette lecture je participe aux Feuilles allemandes, mois thématique organisé par Eva, Patrice et Fabienne.

     

    Joachim Fest, Hitler, Gallimard

     

     

     

     

     


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  • Mélanie Guyard, Les âmes silencieuses, PointsPour avoir cassé la figure de l'amant de sa femme -qui était par ailleurs son collègue- Loïc Portevin est maintenant en instance de divorce, sans emploi et astreint à un suivi psychologique. Alors qu'il profite de son temps libre (!) pour vider la maison de sa grand-mère, Héloïse, morte deux ans plus tôt, il découvre la mauvaise réputation de cette dernière auprès de certains vieux habitants du village: elle est la tondue et lui le fils de la bâtarde. Quand il tombe, au grenier, sur 50 ans de lettres adressées à Héloïse par quelqu'un qui signe J. Loïc décide de mener l'enquête sur le passé d'une grand-mère qu'il a peu connue et fréquentée.

     

     

    C'est en même temps que Loïc qu'on découvre l'histoire d'Héloïse Portevin, 20 ans en 1942 lorsqu'un détachement allemand s'installe dans son village. Le roman alterne en effet un chapitre de l'histoire de Loïc et un de celle d'Héloïse, procédé qui pousse le lecteur à lire pour enfin percer le secret qu'on lui cache. Ici : Héloïse est-elle vraiment la fille à Boche qu'on prétend? Pour les chapitres qui se déroulent dans le temps présent, c'est Loïc le narrateur. C'est un personnage peu sympathique au début: de mauvaise foi, Parisien rebuté par la campagne; il me semble un peu caricatural mais son ton est caustique et souvent amusant. Les circonstances vont lui permettre d'évoluer positivement. Héloïse est une jeune femme forte qui prend sur elle, qui encaisse sans rien dire. Accusée à tort elle garde son secret et fait presque une fierté d'être calomniée par la communauté villageoise. Sa mère est de la même facture : en apparence soumise à son homme c'est en fait elle qui porte la ferme sur ses épaules.

     

     

    Le message ici c'est que tondre des femmes, à la Libération, a été pour certains une occasion de se donner bonne conscience et de se placer du côté du manche. Je trouve cependant que les personnages sont un peu trop typés (femmes courageuses, hommes inconséquents) et j'aurai aimé une démonstration plus en finesse. Ceci dit c'est un roman qui se lit facilement et sans déplaisir.

     

    L'avis de Sunalee.

     


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  • Olga Tokarczuk, Histoires bizarroïdes, Noir sur blancCe recueil regroupe dix nouvelles, histoires bizarroïdes, étranges, parfois un peu inquiétantes avec des personnages propulsés soudain dans une réalité parallèle. Les nouvelles sont de longueur variable, certaines très courtes (3 pages), d'autres plus développées. L'intérêt aussi m'a paru inégal. Parfois je n'ai pas bien compris où l'autrice voulait en venir, voire même je n'ai pas compris la chute -s'il y en avait une. Celles que j'ai préféré font partie des plus longues.

     

     

    Les enfants verts. Au 17° siècle un médecin écossais qui a longtemps vécu en France est devenu le premier médecin du roi de Pologne. A l'occasion d'un séjour en Volhynie, deux enfants "sauvages" sont capturés. Ils ont, entre autres particularités, la peau légèrement verte. Cette nouvelle, rédigée sous la forme du journal du médecin, oppose la nature, représentée par les enfants verts, à la culture, représentée par le narrateur. Ici il apparaît que les enfants, quelque soit leur couleur, sont plus proche de la nature que les adultes.

    Le transfugium. Dans un futur transhumaniste une femme accompagne sa soeur qui a décidé de subir un processus de transfugation. Je trouve un point commun avec Les enfants verts dans l'incompréhension des proches devant un désir de retour à la nature -ici très radical, il est vrai.

    La montagne de Tous-les-Saints. La narratrice est une psychologue qui a mis au point de tests qui permettent de prédire de façon sûre ce qu'un adolescent deviendra. Elle est recrutée en Suisse par une organisation qui veut tester un groupe de jeunes. Sa mission est top-secret et elle ne sait pas quel est le but de la recherche.

     

     

    J'ai lu ce recueil facilement et sans déplaisir. Olga Tokarczuk rend bien les sentiments de ses personnages, attire l'attention du lecteur sur les plaisirs simples de la vie et donne à réfléchir.

     


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  • "Un pays est à l'image de ses animaux. De la protection qu'on leur accorde. Si les gens ont un comportement bestial envers les animaux, aucune démocratie ne pourra leur venir en aide. Pas plus qu'autre chose d'ailleurs."

     

     

    Janina Doucheyko, la narratrice, vit dans un hameau isolé de Pologne, à la frontière avec la République tchèque. Cette retraitée est l'une des rares habitantes à l'année sur ce plateau où l'hiver dure sept mois.Les deux autres sont Matoga et Grand Pied -des surnoms qu'elle leur a donnés- également vieux célibataires. Quand Grand Pied est retrouvé mort, étouffé par un os de la biche qu'il était en train de manger, Janina ne regrette guère ce voisin déplaisant, grossier et braconnier. Mais voilà que d'autres hommes de la ville voisine sont retrouvés morts. Tous étaient chasseurs et il semblerait que des animaux étaient présents sur le lieu de chacune des morts. Les victimes ne sont certes pas des personnages positifs dans ce roman : ils sont violents et peu respectueux de la loi. Qu'ils se présentent en défenseurs de la culture et protecteurs des animaux excède Janina.

     

     

    J'ai trouvé sympathique la narratrice, personnage excentrique qui place les êtres vivants à égalité, animaux ou humains et qui se passionne pour l'astrologie. Elle se procure les dates de naissance des victimes, dresse leur thème astral et en conclu qu'ils ont été tués par des animaux qui se vengeaient de ces chasseurs. Elle écrit de nombreuses lettres à la police pour lui signaler ses conclusions et passe bientôt pour une vieille folle. Elle a heureusement des amis fidèles qui savent la femme intelligente et attentive aux autres qu'elle est et sur lesquels elle peut compter.

     

     

    J'ai apprécié la description de la nature dans laquelle vit Janina. Sa solitude face aux éléments me fait parfois penser à l'héroïne du Mur invisible. J'ai apprécié le regard ironique et intelligent que la narratrice porte sur elle-même. Il y a une réflexion sur les souvenirs et le vieillissement qui me touche. J'ai apprécié l'intérêt porté aux animaux et à la préservation de l'environnement. C'est donc un roman que j'ai apprécié.

     

     

    Les avis de Ingannmic, KeishaKrol et Lilly.

     


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  • Joachim Fest, Hitler, Gallimard "La somme de misères et de mécontentements de l'époque aurait sans doute déclenché de toute façon des crises, mais sans la personne d'Hitler, on n'en serait jamais arrivé à ces excès et ces explosions dont nous allons être témoins"

     

     

    Jeunesse et conquête du pouvoir

    Ca faisait longtemps que je voulais lire une biographie d'Hitler. Un ami m'a prêté celle-ci en deux volumes de près de 500 pages chacun. C'est un ouvrage déjà ancien (1973) mais qui est une référence. Le contenu est dense et pas super bien traduit, il me semble, aussi la lecture ne coule pas toute seule et je l'ai lu par petits morceaux.

     

     

    Cette première partie nous conduit de la petite enfance de Hitler à son arrivée à la chancellerie le 30 janvier 1933.

    Ce que je retiens plus particulièrement : Il a vite compris l'importance de la propagande. Il applique les méthodes de la publicité américaine et copie ce qui fonctionne chez l'adversaire (les communistes = le drapeau rouge). Il s'appuie également sur son talent d'orateur. Face à une foule il entre dans une sorte d'état second qui lui permet d'en comprendre instinctivement les attentes et les désirs et de les incarner. Pour ses meetings il met en place un ordre liturgique immuable et il en tient souvent plusieurs d'affilée dans des sortes de marathons politiques.

     

    Très tôt il s'emploie à être le chef unique de son parti, il se débarrasse de ceux qui discutent son autorité et ne garde que les cadres qui lui vouent une obéissance totale. Il se fait appeler Führer dès 1923. A partir de 1926 il n'y a plus de discussion sur le programme du parti: "Aussi stupide que puisse être un programme, la raison pour laquelle on y croit est la fermeté avec laquelle il est défendu". Enfin il se fige dans une posture de chef infaillible : "Je ne me trompe jamais. Chacun de mes mots est historique" (1930).

     

     

    A travers son étude l'auteur cherche à comprendre s'il existait des conditions particulières en Allemagne qui ont permis au nazisme de survenir. Il montre que la République de Weimar a aussi été sapée de l'intérieur, que quand ses dirigeants ont pris des mesures contre le parti nazi elles ont été efficaces mais qu'ils ont manqué de constance et de volonté. A la lecture je remarque des points communs entre l'époque dont il est question et la nôtre, ce qui n'est pas pour me rassurer. Cependant il apparaît aussi que l'ascension d'Hitler n'était pas une fatalité et qu'à plusieurs reprises ont existé des occasions de l'enrayer. J'ai appris des choses en lisant cette première partie qui couvre une période qui n'est pas la plus connue de la vie d'Hitler.

    Je participe aux Feuilles allemandes, mois thématique organisé par Eva, Patrice et Fabienne.

     

    Joachim Fest, Hitler, Gallimard

     

     


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  • Peter Tremayne, La jeteuse de sort, 10-18La princesse Gelgéis, fiancée de Colgú, roi de Muman, a disparu en compagnie de son intendant. Sur la route qu'elle suivant pour se rendre à l'abbaye de Cáemgen on a retrouvé le corps du brehon (un homme de loi) Brocc qui l'accompagnait également. Informé, Colgú missionne Fidelma, sa soeur, pour retrouver Gelgéis. Elle est secondée par Eadulf, son époux, et Enda, guerrier de son frère.Autour de l'abbaye la petite équipe se retrouve mêlée aux luttes de pouvoir entre les seigneurs des royaumes de cette région montagneuse de l'est de l'Irlande dont on dit que les sommets sont hantés par des esprits, les aos sí.

     

     

    Ce roman est le 31° des aventures de Fidelma de Cashel et le dernier paru mais le premier que je lis. Pas de problème, on peut prendre la série en cours. Fidelma est une ancienne religieuse qui a quitté les ordres et épousé un ancien moine -quoique lui ait encore droit à l'appellation de Frère Eadulf. Ce mariage ne semble poser aucun problème à leur entourage ni susciter la réprobation. Nous sommes en 672, dans les premiers temps du christianisme en Irlande. Plus que l'enquête, ce qui m'intéresse ici c'est la découverte du cadre historique et d'une culture où la nouvelle religion venue d'orient (le christianisme) n'a pas encore effacé toutes les traces de l'ancienne foi païenne.

     

     

    Le système juridique sophistiqué semble lui aussi hérité du passé. Fidelma est une juriste et, malgré son passé de religieuse, elle estime qu'il est heureux que les lois de l'Eglise romaine ne se soient pas encore imposées. Les lois locales privilégient les peines de compensation et de réhabilitation et reconnaissent des droits aux femmes. Fidelma est d'ailleurs clairement une héroïne féministe qui n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds dans le cadre de ses fonctions. Elle apparaît aussi comme le personnage fort du couple qu'elle forme avec Eadulf.

     

     

    J'ai apprécié cette lecture. Comme pour les autres romans que j'ai lus se déroulant au Moyen-âge j'aime le rythme lent de la vie à cette époque où il fallait une demie journée de cheval pour se rendre dans un lieu proche. Cela me donne envie de découvrir des épisodes plus récents des aventures de Fidelma.

     


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  • Camille Kouchner, La familia grande, SeuilCamille Kouchner a commencé à écrire ce livre après la mort de sa mère, Evelyne Pisier. Elle y raconte son enfance dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle qui a placé la liberté au sommet de ses valeurs. Evelyne est une femme libre et somme sa fille d'être libre aussi. Les parents divorcent quand Camille a six ans :"Tu n'as pas le droit de pleurer, je suis beaucoup plus heureuse comme ça (...) Pas question d'avoir des enfants idiots, des enfants caricatures. Le divorce est une liberté." A plusieurs reprises cette liberté imposée aux enfants m'apparaît comme une façon de se dédouaner de ses devoirs parentaux. Plus tard ce sont Camille et son frère jumeau Victor qui prennent le relai des baby-sitter pour s'occuper des petits frère et soeur. J'ai l'impression que les enfants sont des faire-valoir pour des adultes autour de qui tout doit tourner. Il s'agit de mettre en scène une famille libérée, ce que les enfants peuvent ressentir ne compte pas -ou plutôt il n'est pas imaginable que les enfants puissent ressentir autre chose que ce que ressentent les adultes.

     

     

    Quand Evelyne se met en couple avec Olivier celui-ci remplace Bernard auprès de Camille, ce père trop souvent absent et aux colères qui font peur aux enfants. La famille passe alors tous les étés à Sanary, dans la grande propriété familiale d'Olivier. On y accueille aussi de nombreux amis. Tous ensemble ils se donnent le nom de Familia grande et forment une petite cour autour d'Olivier et Evelyne. Ici aussi la liberté est de rigueur. On se baigne nu dans la piscine:"Dis donc, ça pousse ma Camouche! Mais tu ne vas tout de même pas garder le haut? T'es pas comme Mumu la coincée!". C'est Olivier qui parle et Muriel, meilleure amie d'Evelyne, est moquée pour sa pudeur. L'exhibition comme preuve de liberté sexuelle, les amis témoins et complices qui ne disent rien pour ne pas être exclus du microcosme, tout cela me fait penser à ce que j'ai lu dans La fabrique des pervers.

     

     

    Longtemps la relation entre Camille et sa mère est fusionnelle mais cela cesse après le suicide de Paula, la grand-mère maternelle. Evelyne sombre alors dans la dépression et l'alcoolisme, elle se replie sur elle-même. Aux enfants on n'explique rien. Paula a fait un choix, c'était son droit, il est interdit d'être triste. Evelyne se saoule, c'est son droit. C'est peu après que Victor révèle à Camille qu'Olivier, le beau-père adoré, a abusé de lui. Les jumeaux ont 14 ans. Cet inceste survient à la moitié du livre. A partir de ce moment je retrouve ce que j'ai lu dans d'autres témoignages de victimes. Le chantage affectif pour les faire taire. Au suicide dans cette famille où le sujet est particulièrement sensible. La honte ressentie par Victor, la culpabilité par Camille qui a gardé le secret à la demande de son frère. Quand, des années plus tard, Victor parle enfin Evelyne minimise le crime et se pose en victime de ses enfants.

     

     

    J'ai été touchée par cette lecture, par les violences que l'on a fait subir à ces enfants. Camille Kouchner a des raisons d'en vouloir à son père et à sa mère. Cela apparaît clairement mais elle ne s'est pas arrêtée au ressentiment. Elle a fait un vrai travail sur elle même et, si elle voit bien les manques de ses parents, elle est capable aujourd'hui d'en voir aussi les qualités. Cela m'a impressionnée.

     

     

    L'avis d'Henri.

     

    Je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Une histoire qui parle de problème(s) de société.

     

    Camille Kouchner, La familia grande, Seuil

     


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  • Per Olov Enquist, Le médecin personnel du roi, Babel Johann Friedrich Struensee (1737-1772) était un médecin allemand acquis aux idées des Lumières. En 1768 il est engagé comme médecin personnel du roi du Danemark Christian 7. Christian (1749-1808) était en effet atteint de folie qui se manifestait pas des délires (hallucinations) et des crises de violence. Struensee gagne la confiance du roi et bientôt il assume de fait la régence du royaume. En deux ans il prend 632 décrets révolutionnaires : suppression de la loi réprimant l'infidélité et instauration d'un fonds d'aide aux enfant illégitimes, restriction des pensions superflues des fonctionnaires, liberté de la presse et interdiction de la torture... C'est beaucoup pour l'époque.

     

     

    L'auteur nous présente un cour du Danemark où ce sont en fait les hauts fonctionnaires qui gouvernent à la place des rois empêchés : le père de Christian était un alcoolique et Christian lui-même a reçu une éducation brutale destinée à le briser. En accédant à la régence Struensee se fait donc des ennemis qui veulent récupérer leur pouvoir et qui en plus sont opposés aux Lumières. Lui-même semble avoir peu réfléchi à la façon d'agir : les réformes se succèdent à un rythme effréné et leur auteur ne se gagne pas le soutien du peuple en faveur de qui il agit. Le fait qu'il soit devenu l'amant de Caroline Mathilde, femme de Christian, le dessert également.

     

     

    Per Olov Enquist, Le médecin personnel du roi, Babel

     

     

    Soeur du roi d'Angleterre, Caroline Mathilde est mariée à quinze ans. A la cour du Danemark on escompte qu'elle se contentera de remplir le rôle de productrice d'héritier(s). Cependant, au contact de Struensee, cette toute jeune femme s'émancipe. Elle apprend à monter à cheval, monte en tenue d'homme et prend goût au pouvoir. C'est une battante qui refuse la place qu'on lui a assignée.

     

     

    Sur un fond historique Per Olov Enquist imagine les sentiments et les pensées de ses personnages. C'est l'occasion pour lui de s'interroger sur l'exercice du pouvoir. Peut-on faire le bien du peuple en lui imposant des réformes par le haut? Face aux méchants, peut-on faire triompher le bien si on n'est pas soi-même un peu mauvais?

    J'ai apprécié ce roman.

     

     

    Per Olov Enquist, Le médecin personnel du roi, Babel Royal affair. C'est un film de 2012, réalisé par Nikolaj Arcel, avec Mads Mikkelsen dans le rôle de Struensee. Je l'avais vu à sa sortie et j'en gardais le souvenir d'un film d'un romantisme ébouriffant. A la lecture du roman il m'a semblé que le film en était l'adaptation. Sa fiche Wikipédia nous dit cependant qu'il est tiré d'un autre ouvrage.En tout cas Struensee a pour moi maintenant le visage de Mikkelsen bien que Per Olov Enquist nous dise qu'il était blond. Le vrai Struensee était aussi nettement plus jeune que l'acteur.

    C'était l'occasion de revoir ce film. A la revoyure je m'aperçois que mes souvenirs étaient faux : j'avais mélangé le film et un documentaire sur le même sujet vu ensuite à la télé. Dans le film c'est Caroline Mathilde (Alicia Vikander) qui est le personnage central. C'est elle qui apparaît comme l'instigatrice de la prise du pouvoir par Struensee mais aussi par elle-même, Christian (Mikkel Boe Følsgaard) -beaucoup moins fou que dans le roman- et deux autres proches. Le film est plaisant à regarder. Comme le roman il a le mérite de faire connaître une intéressante période de l'histoire du Danemark.

     

     


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  • Jabbour Douaihy, Le Quartier américain, Actes sudJabbour Douaihy est mort le 23 juillet 2021. Cet écrivain libanais était né en 1949. Il était professeur de littérature française à l'université libanaise de Tripoli. Le Monde le place "au premier rang de la littérature arabophone, libanaise et proche-orientale".

     

    Jabbour Douaihy, Le Quartier américain, Actes sudLe Quartier américain. Intissâr Mohsen vit dans le Quartier américain, quartier pauvre de Tripoli, au Liban, qui s'étage sur une colline. Elle travaille comme femme de ménage chez Abdel-Karim Azzâm, un fils de riche famille dépressif qui reste enfermé chez lui le plus clair de son temps. Ismaïl, le fils d'Intissâr, s'est engagé pour faire le djihad en Irak.

     

     

    Le roman croise les itinéraires de ces trois personnages en aller-retour entre passé et présent. Abdel-Karim a vécu à Paris où il est tombé amoureux d'une ballerine serbe. Après la disparition soudaine de celle-ci il est rentré au Liban où il passe ses journées à dormir et ses nuits à boire et à écouter de la musique d'opéra. Adolescent désoeuvré, gentil garçon attentif à sa mère et à son petit frère handicapé, Ismaïl a trouvé un sens à sa vie dans l'islam radical et a été chargé de mener un attentat-suicide près de Bagdad. Intissâr est le lien entre ces deux hommes, femme déterminée et courageuse qui fait vivre sa famille. Son mari Bilâl est un traumatisé des violences de l'occupation syrienne.

     

    Jabbour Douaihy, Le Quartier américain, Actes sud

     Tripoli, le Quartier américain

     

    A travers les histoires de ses personnages Jabbour Douaihy montre bien la violence d'une société très inégalitaire gangrénée par le clientélisme et la corruption sur fond de guerre civile. Il y a de belles descriptions des paysages urbains et je suis passée d'un sentiment de nostalgie et de mélancolie en lisant les chapitres consacrés à l'enfance d'Abdel-Karim à une impression de gâchis avec le présent d'Ismaïl et de ses amis, petits durs du Quartier américain recrutés par des prédicateurs radicaux. C'est une lecture que j'ai appréciée.

     


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