• Robert Margerit, La Révolution, IV. Les hommesperdus, Phoebus LibrettoLe tome 1

    Le tome 2

    Le tome 3

     

    Ce dernier tome débute en 1795 alors que le Directoire gère au plus mal la crise économique et politique française. Les réquisitions de nourriture permettent difficilement d'alimenter Paris et des bandes de "chauffeurs" écument les campagnes, brûlant les pieds des paysans pour leur faire avouer où ils ont caché leur magot.

     

     

    Surtout, c'est la guerre civile entre partisans de la Révolution ou de la réaction. Après l'exécution de Robespierre, une épuration sauvage frappe les supposés "terroristes", à Lyon par exemple. Les "hommes perdus" retournent leur veste. Une armée d'émigrés, soutenue par l'Angleterre, débarque en Bretagne pour tenter de restaurer la monarchie. Ils s'appuient sur la paysannerie locale. L'incapacité des chefs à se mettre d'accord sur une ligne de conduite mènera la piétaille au massacre. Tout ceci prépare l'arrivée au pouvoir de Bonaparte. A partir de ce moment, l'auteur alterne des passages détaillés sur des événements ponctuels et des avancées plus rapides. Il précise ainsi l'organisation du coup d'Etat du 18 Brumaire, la Restauration et les soubresauts des Cent Jours.

     

    Quant à Claude, notre héros, les lois qui excluent les terroristes de la représentation politique ne lui permettent plus d'être acteur. Il reste près de l'action dans un premier temps en se convertissant au journalisme puis reprend sa profession originelle d'avocat. Sous Louis 18 il est banni un temps et se réfugie alors à Bruxelles. Devenu un vieux monsieur, il meurt peu après le début du Second Empire.

     

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture où j'ai appris plein de choses sur une période de la Révolution souvent traitée rapidement dans les livres d'histoire.

     


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  • Charles Patterson, Un éternel Tréblinka, Calmann-Lévy"Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Treblinka." Isaac Bashevis Singer

     

     

    Cet ouvrage étudie les liens entre l'exploitation des animaux -et d'abord leur mise à mort pour la consommation humaine- et les meurtres de masse dont, plus particulièrement, la shoah.

    L'étude commence au néolithique avec l'apparition de l'agriculture. La domestication des animaux est présentée comme la base d'autres asservissements : c'est au Moyen-orient aussi que l'on trouve les premières preuves d'esclavage et l'exploitation des femmes pour la procréation et le travail aurait été calquée sur celle du bétail.

     

     

    L'auteur rappelle ensuite que le mépris pour une catégorie de personnes passe souvent par le fait qu'on leur donne des noms d'animaux ou qu'on les compare à des animaux (ces chiens, ces porcs, ces rats...). Une fois qu'ils ont été ainsi déshumanisés, il est plus facile de massacrer les gens. C'est ce qu'il s'est passé lors de l'extermination des indiens des Etats-Unis au 19° siècle et lors de la shoah. D'autres massacres de masse sont évoqués.

     

     

    Il y a aussi tout un développement sur l'histoire de l'abattage industriel aux Etats-Unis. Contrairement à ce que l'on croit souvent, ce n'est pas Henry Ford qui a inventé le travail à la chaîne mais il s'est inspiré de ce qui se faisait dans les abattoirs de Chicago. Je craignais en commençant ma lecture de devoir affronter des descriptions choquantes. C'est là que je les ai trouvées. Il y a des passages à vous passer l'envie de manger de la viande. En lisant cela, je repensais à ce que j'avais lu chez Temple Grandin qui disait avoir rendu plus humain l'abattage du bétail et ça ne collait pas avec les animaux terrorisés et les employés brutaux. Et puis voilà qu'il est question d'elle :

    "A Treblinka et Sobibor, les SS appelaient le boyau [le chemin qui mène aux chambres à gaz] la "route vers les cieux" (...). Le même mélange d'ironie moqueuse et d'autodisculpation est évident aux Etats-Unis. Le professeur Temple Grandin, spécialiste des animaux, employée par l'industrie de la viande, appelle la rampe et le convoyeur à double rail qu'elle a conçus pour canaliser le bétail vers sa mort "l'escalier vers les cieux."

     

     

    Henry Ford est le lien vers l'eugénisme. C'était un sympathisant nazi et, comme eux, un partisan de la stérilisation forcée des "dégénérés" pour obtenir des êtres humains de qualité supérieure. C'est à dire qu'il voulait étendre aux gens ce qui est à l'oeuvre dans l'élevage animal. Les nazis ont appliqué ce programe puis sont passés à l'extermination des "indésirables".

     

     

    Enfin, Charles Patterson termine son ouvrage en traçant le portrait de différents militants de la cause animale que leur réflexion a amenée à faire le lien entre la shoah et les violences dont sont victimes les animaux. Il nous présente des Juifs américains et des Allemands. Un chapitre entier est consacré à Isaac Bashevis Singer à qui ce livre est dédié. J'apprends qu'il était végétarien, engagement qui transparaît dans son oeuvre. Mon père, qui appréciait cet auteur, me l'avait fait découvrir à l'adolescence mais je n'ai pas souvenir d'avoir remarqué cette information à l'époque. Cela me donne envie d'y revenir.

     

     

    J'ai apprécié cette lecture qui approfondit certaines thèses développées dans Sapiens, en plus militant. Derrière un titre qui peut sembler provocateur, il y a une réflexion étayée par de nombreuses références qui sont citées. J'ai trouvé particulièrement intéressant le développement sur l'eugénisme aux Etats-Unis et en Allemagne dans les années 1930 et les liens entre les théoriciens des deux pays. Je suis moins convaincue quand, aux crimes des nazis, l'auteur ajoute le fait qu'ils appréciaient consommer de la viande. Il me semble que c'était aussi le cas de pas mal d'anti-nazis.

     

     


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  • Yuval Noah Harari, Sapiens, Une brève histoire de l'humanité, Albin MichelJe viens de terminer ce gros (500 pages) et fort intéressant ouvrage. La lecture m'en a pris quelque temps mais parce que j'avais pas mal d'activités annexes. C'est un livre qui me semble accessible à tous et qui aborde des sujets de réflexion très divers à partir de la question de base : comment notre espèce, homo sapiens, a-t-elle réussi à dominer la planète ? Yuval Noah Harari explore les révolutions qui ont mené des premiers hominidés à l'époque actuelle.

     

     

    La révolution cognitive : c'est ce qui permet à l'espèce humaine de se distinguer des autres animaux. Quittant l'Afrique, l'homme peuple petit à petit la planète. Partout où il accoste, son apparition entraîne la disparition de nombreuses espèces animales.

     

     

    La révolution agricole : la découverte de l'agriculture est qualifiée par l'auteur de "plus grande escroquerie de l'histoire". J'avais toujours lu et pensé qu'il s'agissait d'un progrès pour l'humanité mais lui nous dit que les premiers agriculteurs avaient des journées de travail plus longues et fatigantes que les chasseurs-cueilleurs et une alimentation moins variée : "la nourriture supplémentaire ne se traduisit ni en meilleure alimentation ni en davantage de loisirs. Elle se solda plutôt par des explosions démographiques et l'apparition d'élites choyées."

     

     

    La révolution scientifique : c'est le mariage de la science et de l'impérialisme qui a permis à l'Europe de dominer le monde et d'imposer la culture occidentale. J'ai trouvé des passages intéressants sur l'exploration de Tahiti par Cook ou la déroute de Law qui m'ont donné envie d'en savoir plus sur ces sujets. Le point faible c'est qu'il y a très peu de sources qui sont citées et quand elles le sont, ce sont des ouvrages en anglais.

     

     

    A travers tout cela l'auteur aborde les différentes croyances qui structurent les sociétés humaines et les déconstruit les unes après les autres en montrant que, contrairement à ce que certains pensent, elles ne se rattachent pas à la nature mais à la culture. "La biologie permet, la culture interdit. (...) La biologie permet aux hommes de goûter ensemble aux joies du sexe : certaines cultures leur interdisent d'en profiter."

    De même les religions sont examinées et particulièrement les changements entraînés par le passage du polythéisme au monothéisme.

     

     

    Enfin, un sujet qui tient à coeur à Yuval Noah Harari, c'est la cause des animaux et les grandes violences qu'entraînent l'élevage productiviste et la consommation de viande. Il est antispéciste, catégorie que je rajoute à ma liste de tags à l'occasion de cette lecture. L'antispécisme c'est comme l'antiracisme par rapport aux animaux :

    race → racisme → antiracisme

    espèce → spécisme → antispécisme

    Pour les antispécistes, la domination de l'homme sur les animaux n'est pas justifiée. Les animaux sont des êtres vivants qui ont des sentiments et qui souffrent. Logiquement un antispéciste est vegan : il ne consomme aucun produit d'origine animale.

     

     

    L'auteur m'est sympathique du fait des idées qu'il défend. J'ai moins accroché à la fin de l'ouvrage, quand il émet des hypothèses sur le devenir de l'humanité mais tous les aspects historiques m'ont intéressée.

     


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  • Eric H. Cline, 1177 avant J.-C., Le jour où la civilisation s'est effondrée, La découverte"L'économie de la Grèce est en plein désastre. Des révoltes intérieures secouent la Libye, la Syrie et l'Egypte, alors que des combattants venus de l'étranger mettent de l'huile sur le feu. La Turquie craint de se retrouver impliquée, comme Israël. La Jordanie ploie sous les réfugiés. L'Iran se montre belliqueux et menaçant, tandis que l'Irak est en crise. Est-on en 2013 après Jésus-Christ ? Bien sûr. Mais on aurait pu dire la même chose de 1177 av. J.-C., il y a plus de trois mille ans, quand les civilisations méditerranéennes de l'âge du bronze s'effondrèrent les unes après les autres, changeant à jamais le cours et le futur du monde occidental."

     

     

    Eric H. Cline présente de façon vivante et accessible ce "moment clé de l'histoire". Entre le 15° et le 13° siècles av JC, la Méditerranée orientale est une région prospère. Le commerce est actif entre les différents Etats qui la bordent et jusqu'en Mésopotamie. Les princes nouent des alliances et échangent des courriers, des ambassades, des objets précieux dont les archéologues ont retrouvé les traces. On nous parle d'un style particulier qui "combine des éléments issus des cultures mycénienne, cananéenne et égyptienne, donnant ainsi naissance à des objets hybrides très particuliers, caractéristiques de cet âge cosmopolite".

     

     

    Tout cela prend fin au début du 12° siècle, autour de 1177 av JC. L'archéologie montre des traces de cités détruites par la guerre -on trouve des pointes de flèches dans les décombres- ou par des tremblements de terre -on retrouve des squelettes écrasés sous des murs effondrés. L'âge du bronze cède la place à l'âge du fer. Pourquoi les civilisations ne se sont-elles pas remises de ces destructions ? Les chercheurs ne sont pas d'accord à ce sujet. L'auteur présente les différentes hypothèses et leur évolution à travers le temps.

     

     

    Ce que j'ai apprécié dans cette lecture :

    - le parallèle amusant avec notre époque,

    - de découvrir cette lointaine antiquité que je connais fort peu,

    - la présentation de l'historiographie de cette période. Eric H. Cline montre comment la connaissance historique se construit à partir des interprétations divergentes des sources, comment une intuition peut permettre d'explorer de nouvelles pistes.

     

     


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  • Philip Kerr, Les ombres de Katyn, Le livre de pocheNous sommes en mars 1943 et l'armée allemande vient d'être vaincue à Stalingrad. Dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, un loup a déterré des ossements humains. Les autorités nazies acquièrent la conviction qu'à cet endroit, en 1940, l'URSS a assassiné environ 4000 officiers polonais. C'est une aubaine pour Goebbels, ministre de la propagande du Reich. Si l'on pouvait médiatiser l'affaire, cela porterait un coup aux alliés. Eventuellement, cela pourrait aussi détourner l'attention des crimes commis par l'Allemagne.

     

     

    Bernie Gunther, du bureau d'enquête sur les crimes de guerre -oui, les nazis avaient créé un tel bureau- est envoyé à Smolensk pour y encadrer l'exhumation des cadavres et y accueillir la commission d'enquête médicale internationale convoquée sur place. Il s'agit de médecins légistes suisses, français, belges, danois, hongrois... -la plupart sont pro-nazis- qui ont accepté de venir donner leur opinion sur ce qui s'est tramé à Katyn.

     

     

    A Smolensk, Bernie est amené à mener l'enquête sur le meurtre de deux télégraphistes allemands, il fréquente un officier qui fait partie d'un complot visant à éliminer Hitler et il rencontre l'amour. Cela fait beaucoup pour un seul homme, surtout notre héros. Si dans ses précédentes aventures je l'avais trouvé désabusé, il me semble ici carrément déprimé -en même temps, il y a de quoi. Je le trouve plutôt sympathique, essayant de sauver sa peau tout en se conduisant en homme de bien, autant que faire se peut dans les circonstances qu'il traverse.

     

     

     

    J'apprécie aussi le versant historique de ce roman qui me parait bien documenté. L'Allemagne de Hitler et l'URSS de Staline sont renvoyées dos à dos. Si la description des fosses communes de Katyn donne le sentiment qu'ici ont officié des professionnels du crime de masse -ce qui est le cas- il est rappelé aussi qu'à trop s'éloigner du lieu de fouilles, on risquerait de tomber sur des charniers emplis de victimes juives des nazis.

     


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  • Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, Seuil"Il y a trois catégories d'hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s'efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. Et ils ne peuvent pas passer impunément de l'une de ces catégories à l'autre. Ils restent là où ils sont nés. Vouloir bouger, changer, c'est transgresser nos lois. Et c'est bien là tout mon problème -c'est-à-dire celui d'Iris."

    Nous sommes sur la terre en un temps où les maîtres et possesseurs -les hommes- ont été défaits. Ce ne sont plus eux qui dominent. C'est un roman d'anticipation et en même temps c'est une description extrêmement fine des travers de notre société.

     

     

    Les inégalités sociales et comment le fort s'appuie sur le faible pour exploiter plus faible encore ; la montée de l'extrême-droite, les sans-papiers et le rejet de l'autre ; la colonisation et la possibilité de dire -ou pas- qu'elle a été brutale :

    "Est-ce qu'exercer le droit d'inventaire, ne pas accepter que l'héritage fasse bloc, cela s'appelle trahir ? Et si tel est le cas, par quel mystère au monde trahir ses ascendants doit-il être jugé pire que de faire faux bond au sentiment du juste qui charpente notre conscience ?"

    Mais surtout, le sujet principal c'est l'état de la planète, l'exploitation effrénée des ressources, le changement climatique, l'agriculture industrielle.

     

    "Ce n'est pas la terre qu'on sauve -quand si souvent on parle de la sauver- c'est la possibilité si précieuse et précaire que nous avons de nous y tenir, d'y être bien, de l'habiter, d'y trouver quelque chose qui s'appellerait le repos. Pour elle, il n'y a pas d'angoisse à se faire. La terre continuera. Longtemps, longtemps, jusqu'à ce que le soleil meure. Et toutes les terres, partout, dans l'espace qui sidère. Elles sont plus belles bien sûr quand elles portent la vie -mais le vivant n'est pas fait pour durer. Un jour le souffle s'arrête. On ne le voit plus, on ne l'entend plus. Plus de visage qui remue, de voix dont le métal vibre, de gorge qui se soulève. Il s'interrompt, s'arrête. Et moi, et moi pourtant, j'aurais voulu qu'il continue."

     

     

    A travers l'histoire d'Iris et Malo, l'auteur aborde de très nombreux thèmes d'actualité de façon fort habile. Les choses sont dévoilées tout doucement, par petites touches et le résultat est souvent déconcertant, voire inquiétant. J'ai trouvé ça très intelligent et bien écrit.

     

    Les avis de KeishaKrol et Joyeux-drille.

    Un entretien de Vincent Message à l'Humanité.

     

     

     


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  • Robert Margerit, La Révolution, 3. Un vent d'acier, Libretto

    Le tome 1

    Le tome 2

    "Ce mois de juin 93 était radieux. Fini, le printemps froid. Toutes les roses de Paris s'épanouissaient, tandis que, sur la place de la Révolution, tombaient à intervalles quelques têtes."

     

    Les événements du tome 3 se déroulent sous la Terreur, entre juin 1793 et l'exécution de Robespierre, le 28 juillet 1794.

    J'apprécie particulièrement la capacité de l'auteur à me faire découvrir tous les aspects de cette époque, de façon nuancée, en envoyant ses personnages, principaux ou secondaires, partout où il y a des choses à raconter.

     

    Ainsi le héros, Claude, est membre du comité de salut public. Il faut d'abord lutter à la fois contre les réformes fédéralistes en province et contre les monarchies européennes qui attaquent la France. Puis trouver une voie entre les modérés qui se satisferaient d'une monarchie parlementaire et les enragés qui sont des communistes avant l'heure. Claude suit Robespierre qui lui semble le mieux à même d'éviter les écueils mais il n'apprécie pas sa rigidité et sa religiosité. Après l'exécution des Hébertistes, la Terreur tourne à la dictature.

     

     

    On suit aussi Bernard aux armées (fin tacticien, il est rapidement monté en grade) ; Fernand à la marine ; l'ancien homme de loi Kerveseau, de retour à Paris après 18 mois d'absence et qui découvre la surveillance généralisée qui s'est mise en place ; et enfin, la malheureuse Léonarde, du tribunal révolutionnaire à la guillotine.

     

     

    Je dois dire que j'ai trouvé ce tome particulièrement passionnant. Ce que je lis d'eux modifie les images que je me faisais des grands protagonistes de ces événements. Desmoulins apparaît comme un personnage brouillon et impulsif, qui fonce sans réfléchir. Danton, un corrompu. Saint Just, un second couteau, plus souvent en mission aux armées qu'à Paris et emporté avec Robespierre au moment où il voulait ralentir la Terreur. Robespierre, longtemps à la recherche d'un juste milieu, tentant de sauver Desmoulins et Danton de la guillotine.

     

     

    Ce que je peux reprocher à l'auteur c'est la légèreté avec laquelle il traite certaines répressions en province et particulièrement le sort de la Vendée. Quand il est question de violences dans cette région, c'est uniquement de celles du clergé catholique.

    Robert Margerit fait aussi bien peu de cas des actrices de la Révolution. La femme idéale pour lui c'est Lise, douce et qui fait de la politique par procuration, en discutant avec son mari de ses engagements. Quand même, dans ce tome, elle va agir en encadrant un atelier de confection d'uniformes militaires (!) pendant la levée en masse. Quant à celles qui veulent défendre leurs idées sans passer par l'intermédiaire d'un homme, ma foi on nous décrit des scènes de fessée déculottée en place publique (oui, j'apprends que l'on faisait ça, pour remettre ces dames à leur place) qui sont présentées comme pittoresques, encore plus quand cela se passe entre femmes.

     


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  • Louis-Georges Tin, L'invention de la culture hétérosexuelle, AutrementNous vivons dans un monde où l'hétérosexualité est la norme et le couple hétérosexuel considéré comme "naturel". Louis-Georges Tin montre cependant qu'il s'agit d'une construction de la culture et qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Notre société hétérosexuelle s'est mise en place au 12° siècle avec l'émergence de la littérature courtoise. Cette mise en place a suscité des résistances. Il s'agit d'abord de la résistance des chevaliers. Avant le 12° siècle ceux-ci partageaient des amitiés viriles très fortes, on parlait d'amour. Les femmes et leur compagnie étaient méprisées, on ne se mariait que pour avoir une descendance.

    L'Eglise, ensuite, rejette le couple hétérosexuel car elle privilégie l'abstinence.

    Les médecins, enfin, rédigent des traités sur la "maladie d'amour" et comment s'en guérir.

     

     

    L'auteur montre aussi comment la culture courtoise, dans laquelle les femmes sont courtisées et célébrées, n'est qu'en apparence une promotion nouvelle pour elles : "si le 12° et le 13° siècles furent des époques d'idéalisation du féminin, ces époques renforcèrent aussi les normes et le contrôle sur les femmes, la chasse aux sorcières n'étant qu'un cas extrême témoignant de cette rigueur nouvelle. En définitive tout se passe comme si le discours sur la Femme, ce qu'elle est, et surtout ce qu'elle doit être, impliquerait d'une part de glorifier une image fantasmée du sexe féminin, et d'autre part de châtier les femmes qui semblaient trop s'éloigner de cet idéal tyrannique."

    Je retiens aussi sa description de l'amour conjugal comme moyen de domination des femmes au 20° siècle: "A travers le culte de l'amour, il s'agissait de susciter chez les femmes une soumission enchantée à l'ordre symbolique. Elles étaient ainsi invitées à désirer naturellement la structure par laquelle elles étaient socialement dominées."

    Même si l'auteur reconnaît lui-même qu'il a principalement adopté un point de vue masculin dans cet ouvrage, le questionnement sur l'hétérosexualité passe par une réflexion sur le sort des femmes.

     

     

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture et plus particulièrement la partie sur la chevalerie. Louis-Georges Tin est un intellectuel comme je les apprécie : spécialiste de littérature française il connaît vraiment bien sa partie et sait la mettre à la portée du lecteur de façon accessible. C'est le genre d'ouvrage qui fait que l'on se sent plus intelligent. La réflexion est convaincante et c'est bien écrit avec souvent une pointe d'humour un peu ironique.

    Cette lecture qui m'a été recommandée par mon entourage LGBTQ m'ouvre les yeux sur cette culture hétérosexuelle omniprésente dans laquelle nous vivons sans bien toujours en être conscients. Je réalise combien certaines situations doivent être difficiles pour les personnes qui ne s'y reconnaissent pas. Je pense par exemple à une conversation entre des collègues de travail : une jeune femme s'inquiète de ce que son fils de 6 ans lui a fait part de son souhait de faire de la danse. "Mais, c'est pour les filles, tu vas t'ennuyer". Un homme intervient pour rassurer la mère : "ton fils a tout compris, il les aura toutes pour lui". Cette grille de lecture est-elle la seule possible ? Et si ce petit garçon avait simplement envie de faire de la danse ? Et si, par ailleurs, il était homosexuel ?

     


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  • Gaëlle Nohant, La part des flammes, Héloïse d'OrmessonParis, mai 1897. Violaine de Raezal est une jeune veuve qui aimerait tenir un stand au bazar de la charité dont l'ouverture est proche. Seulement les places sont chères car, si cette manifestation est une oeuvre de bienfaisance, elle est avant tout un événement mondain auquel toutes les femmes de la bonne société parisienne souhaitent se montrer. Or le passé de Violaine est entaché d'une rumeur de scandale et son mari n'est plus là pour la protéger. C'est dire sa joie quand la duchesse d'Alençon, princesse de Bavière (la soeur de l'impératrice Sissi !) lui propose une place à son stand. Violaine va ainsi faire la connaissance de Constance d'Estingel, une jeune femme qui vient de rompre ses fiançailles, soudainement et sans donner d'explication, et d'une amie américaine de la duchesse.

     

     

    Gaëlle Nohant est partie du fait divers tragique de l'incendie du bazar de la charité et a construit son histoire à la façon d'un roman feuilleton. Les épisodes rocambolesques se succèdent : rumeur, duel, internement en maison de fous... Je découvre toute l'organisation de ce bazar de la charité. Une petite recherche sur internet m'apprend qu'une chapelle a été construite sur les lieux du drame et qu'elle est, aujourd'hui encore, gérée par une association en mémoire des victimes. Le cadre du roman est celui du gratin parisien de l'époque, composé de descendants de la noblesse et de grands bourgeois, qui vivent et pensent comme si la Révolution française n'était pas passée par là.

    Une lecture facile et plutôt agréable.

    L'avis de Lilly.

     


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  • Claude Michelet, En attendant minuit, PocketMercredi 20 décembre 1916, ferme des Combettes, 22 heures. Marthe Laval tricote devant le feu en attendant minuit. Pas la peine d'aller se coucher avant. Malgré sa fatigue elle sait qu'elle ne dormira pas, trop angoissée par le sort de Jean, son mari, au front depuis le début de la guerre. Alors Marthe repense à tout ce qui a bouleversé sa vie depuis deux ans : la ferme dont il a fallu prendre la direction, tout en supportant les récriminations de sa belle-mère, les gros travaux (labours, moissons, battage) à mener sans l'aide d'un homme, l'entraide entre voisines.

     

     

    Mercredi 20 décembre 1916, tranchée des Revenants, 22 h 05. En attendant minuit et la relève, Jean Laval lutte contre le sommeil. Pour ne pas s'endormir il pense à Marthe, son épouse bien aimée restée à le ferme et à sa dure vie de poilu : le froid, le pluie, la boue, les poux et les rats, la mauvaise nourriture et la fatigue, les chefs hargneux mais surtout la peur et la mort, les camarades invalides ou tués.

     

     

    Claude Michelet nous raconte en parallèle l'histoire des époux Marthe et Jean Laval pendant la première guerre mondiale. Cela se lit facilement et si vous ne savez pas encore quelles étaient les conditions de vie des Français-es durant cette guerre, cela devrait vous convenir. Quant à moi, à part la fin qui m'a émue, cela ne m'a guère emballée.

     


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