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    Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital, PointsMichel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l'Inserm. Il est l'auteur en 2011 de TV lobotomie dans lequel il présentait "la vérité scientifique sur les effets de la télévision". Dans le présent ouvrage il étend son propos à tous les écrans (ordinateurs, tablettes, smartphones, consoles de jeux vidéo) et analyse les conséquences de leurs usages récréatifs sur les enfants et les adolescents. Vous avez compris vu le titre que le bilan ne sera pas positif.

     

     

    On entend souvent dans les médias que les conclusions des études sur ce sujet sont contradictoires et que la preuve des effets négatifs du numérique n'a pas été apportée formellement, voire que son usage pourrait être un plus. D'ailleurs les établissements scolaires s'en équipent. Dans la première partie Michel Desmurget explique l'entreprise de désinformation menée par les fabricants d'écrans qui ont beaucoup à gagner à ce que tout le monde soit équipé. Ils sont utilement secondés par de prétendus experts peu regardants sur la vérité dès lors qu'il s'agit d'accroître sa visibilité médiatique. Ces agissements sont comparés à ceux de l'industrie du tabac pour inciter les gens à fumer ou à la négation du changement climatique. Je retrouve exactement ce que j'ai vu peu avant dans La fabrique de l'ignorance, un passionnant documentaire sur Arte.

    Suite à de précédentes interventions Michel Desmurget a été moqué et accusé par certains de tenir un discours alarmiste ou moralisateur. Il répond ici à ses détracteurs, pointant leurs simplifications, leur mauvaise foi et leur manque de connaissance du sujet. L'auteur a visiblement été ulcéré par ces attaques et le ton est très caustique. Je dois dire que je trouve le résultat assez réjouissant même s'il me semble qu'il aurait pu passer plus rapidement sur cette partie.

     

     

    La seconde partie présente les effets négatifs du numérique récréatif sur les enfants et les adolescents. En 2015 le temps d'écran moyen est de près de 3 heures par jour à deux ans et de 6 h 40 entre 13 et 18 ans. Et ces chiffres ne font qu'augmenter. Les conséquences ? Retard et pauvreté du langage, baisse des résultats scolaires, difficultés à se concentrer, sommeil perturbé, troubles du comportement alimentaire, conduites à risque (tabac, alcool, sexe non protégé, violence). Tout cela est démontré par des études scientifiques solides et nombreuses. L'ensemble est inquiétant. Michel Desmurget veut faire prendre conscience du danger aux éducateurs et propose des règles essentielles pour protéger les enfants : la situation n'est pas inéluctable, veut-il croire.

     

     

    Michel Desmurget accorde aussi une place importante à la numérisation de l'enseignement. Son principal intérêt est économique, dit-il : cela coûte moins cher d'équiper les écoliers de tablettes plutôt que de recruter des professeurs. Pourtant "à ce jour, un seul levier a démontré une influence réellement positive et profonde sur le devenir des élèves : l'enseignant qualifié et bien formé. Il est l'unique élément commun à tous les systèmes scolaires les plus performants de la planète". Les cadres et dirigeants de la Silicon Valley l'ont bien compris qui mettent leurs enfants dans des écoles sans écrans. Il me semble que les difficultés rencontrées par bon nombre d'étudiants après près d'un an de cours en ligne confirment qu'un "humain en "vidéo" ou "en vrai", ce n'est pas la même chose".

     

     

    Si les références à des études scientifiques sont nombreuses il me semble que l'ouvrage est accessible car Michel Desmurget n'hésite pas à faire appel à des comparaisons imagées pour expliquer. C'est une lecture qui m'a intéressée et que j'ai appréciée. Je suis depuis peu la propriétaire d'un smartphone et je vois bien comment cet outil a déjà modifié mes comportements. Bon courage aux parents qui doivent élever de jeunes enfants aujourd'hui.

     

    L'avis de Keisha.

    Un livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio.


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    Janet Flanner, Paris est une guerre, 1940-1945, Editions du sous-solJanet Flanner (1892-1978) était une journaliste américaine. Au début des années 1920 elle s'installe à Paris avec sa compagne et est recrutée comme correspondante par le New-Yorker en 1925. Elle fréquente intellectuels et expatriés. En septembre 1939, quand la France déclare la guerre à l'Allemagne, elle retourne aux Etats-Unis d'où elle écrit sur l'Occupation et Vichy. Elle se documente, notamment, avec les témoignages de réfugiés. Elle est revenue en France fin 1944. Ce recueil regroupe des articles parus durant cette période. Il est précédé par une intéressante présentation de l'autrice par Michèle Fitoussi, sa biographe.

     

     

    Les articles sont classés par ordre chronologique de parution, entre décembre 1940 et mai 1945. Il y est question de la vie à Paris et en zone dite libre, du pillage de la France par les nazis et des pénuries, du général de Gaulle. Je déplore quelques erreurs qui me sautent aux yeux : Janet Flanner parle de l'élection présidentielle (législative en fait) de 1936 qui a porté le Front populaire au pouvoir ou de sortes de jeunesses hitlériennes à la française "auxquelles toutes les filles et tous les garçons âgés de douze à quinze ans sont contraints d'appartenir". Il n'y a pas eu de tel mouvement en France. Du coup je me demande s'il n'y a pas d'autres inexactitudes que j'ai laissé passer et je regrette l'absence de mises au point par un historien spécialiste de la période. Je lui reproche aussi de retranscrire sans tri des anecdotes qui lui ont été racontées, certaines rocambolesques et qui me semblent peu crédibles.

     

     

    Deux articles plus longs présentent l'un le périple de l'Américaine Mary Reynolds (L'évasion de Mrs Jeffries) qui, en 1942-1943, mit sept mois pour gagner New-York à partir de Paris en passant par les Pyrénées et une "crête qui montait à sept mille mètres" (!); et l'autre une biographie de Pétain (La France et le Vieux). Je trouve que ce sont les plus intéressants et particulièrement celui sur Pétain. L'étude me semble bien documentée, les analyses intéressantes et le ton est caustique, sans complaisance pour le Vieux : "Pétain était devenu une sorte de saint patron des cures thermales, une icône dans la ville d'eau bénie de Vichy, l'équivalent politique de Lourdes. L'iconographie et l'hagiographie sont arrivées en soutien. A l'instar du visage ardent de Napoléon Bonaparte ornant les couteux bibelots de son règne, les traits encalminés du Maréchal figurèrent sur des broches bon marché et des presse-papiers qui étaient désormais tout ce que pouvait s'offrir la nation vaincue".

    Globalement c'est une lecture que j'ai trouvée plutôt intéressante et qui m'a rappelé -encore une fois- qu'il fallait que je lise une histoire de Vichy.

     

     

     

    Je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Un livre qu'on vous a offert (merci Michèle).

     

    Janet Flanner, Paris est une guerre, 1940-1945, Editions du sous-sol


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    Marceline Loridan-Ivens, Et tu n'es pas revenu, Grasset Marceline Loridan-Ivens (1928-2018) née Rozenberg a été déportée à Auschwitz avec son père en 1944. Elle avait quinze ans. Alors qu'ils étaient encore internés à Drancy il lui avait dit : "Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas." Et en effet. En 2015 elle écrit ce court livre qui est comme une longue lettre adressée à son père. Elle y raconte la déportation et sa vie après, l'impossibilité -ou le refus- pour sa mère de l'interroger sur Auschwitz. Elle imagine ce qu'aurait pu être sa relation avec son père s'il avait survécu.

     

     

    Dans ce texte poignant Marceline Loridan-Ivens montre parfaitement comment elle a été marquée à vie par ces événements : "Aujourd'hui encore, quand j'entends dire Papa, je sursaute, même soixante-quinze après, même prononcé par quelqu'un que je ne connais pas".

    Les souvenirs sont retravaillés pour rendre l'horreur soutenable : "Nous creusions à coups de pioche. Longtemps j'ai raconté que c'était près des cuisines, pendant cinquante ans je me suis enfermée dans ce mensonge aux autres et surtout à moi-même. C'est mon amie Frida qui m'a remis les souvenirs en place. "C'était près des cuisines", je lui disais. "Mais non tu exagères, c'était tout près des chambres à gaz." Elle avait raison".

     

     

    Même s'ils ont échappé à la déportation la mère et les frères et soeurs sont également frappés de plein fouet par la disparition du père. La famille est détruite par ce traumatisme.

    J'ai beaucoup apprécié ce témoignage qui est en même temps une déclaration d'amour à son père. Le résultat est très émouvant, j'ai les larmes aux yeux dès les premières lignes.

     

     

    L'avis de Patrice.

    Je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Autobiographie.

     

    Marceline Loridan-Ivens, Et tu n'es pas revenu, Grasset

     


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  • Jean d'Aillon, A lances et à pavois, Presses de la cité1193. Tout jeune chevalier errant -il n'a pas 20 ans- Guilhem d'Ussel est de passage en Normandie où, dans une aventure précédente, il a libéré par la force le serf Enguerrand qui est devenu son servant d'armes. Guilhem souhaite maintenant régulariser la situation d'Enguerrand en achetant sa liberté à son ancien maître, l'abbé du Bec. Mais le prévôt de l'abbaye, frère Thurstan, ne l'entend pas de cette oreille : il veut se venger de Guilhem et d'Enguerrand. Notre héros va aussi se mettre à dos Eudes du Pin, intendant du château de Brionne. Pour vaincre ses ennemis, il devra faire preuve de ruse. La Normandie est alors un fief de Jean sans Terre, roi d'Angleterre par intérim qui la tient du roi de France Philippe Auguste. La région souffre des luttes pour le pouvoir entre les deux hommes.

     

     

    Que d'aventures dans cet épisode ! Et que je t'éventre, et que je te décapite, et que je te fais gicler les yeux hors de la tête ! L'hémoglobine coule à flots dans des scènes très visuelles mais dont je me demande parfois si elles sont bien réalistes : "Une main tranchée s'envola. Une tête tomba. Le sang giclait de partout. Les trois hommes meurtrissaient au hasard, sans choisir leurs victimes, qu'ils hachaient férocement et impitoyablement". Certains croient qu'à cinq contre un ils pourront meurtrir Guilhem. Pauvres naïfs ! Le lecteur sait que ce sont eux qui seront bientôt trépassés.

     

     

    Depuis que je suis cette série de Jean d'Aillon je n'ai pas encore signalé, il me semble, les portraits très manichéens qui sont faits des personnages. Les bons ont le regard franc et l'expression résolue. Les méchants le regard et le menton fuyant. Les gens du peuple ont souvent le front bas. Agrémenté d'un air naïf si ce sont des gentils, de "lèvres avides et retroussées" ou de barbe pouilleuse quand on a affaire à des truands. Malgré ces facilités j'apprécie toujours de lire les aventures de Guilhem d'Ussel. Ces caricatures me paraissent reposer sur un fond documenté sur la situation politique et les conditions de vie quotidiennes. Je dois dire que tout cela se déroule en des temps tellement lointains qu'ils me paraissent exotiques.

     


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  • Barbara Kingsolver, Des vies à découvert, RivagesEn 2016, alors que Trump monte dans les sondages, Willa Knox et sa famille affrontent une situation fragilisée par la crise. Iano Tavoularis, le mari de Willa, est professeur d'université mais sa mutuelle ne prend pas en charge les soins médicaux de son père en fin de vie. De plus Tig et Zeke, les enfants de Willa et Iano, en situation précaire, sont revenus vivre chez leurs parents.

    En 1871, Thatcher Greenwood, un professeur de sciences qui défend les théories de Darwin, doit affronter la vindicte d'une société conservatrice. Il trouve un soutien auprès de Mary Treat, sa voisine, "une des plus importantes entomologistes et botanistes américaines du 19° siècle" (Wikipédia), personnage historique que je découvre à l'occasion de ma lecture.

     

     

    Le lien entre les personnages et époques différentes, c'est d'abord le lieu. Tous vivent à Vineland, New-Jersey, ville fondée dans les années 1870 par Charles Landis, un promoteur devenu le maître des lieux. Encore un personnage historique intéressant à découvrir -beaucoup moins sympathique que Mary Treat, cependant.

    Les familles Tavoularis et Greenwood ont de plus le point commun d'habiter une maison qui menace ruine, symbole de la perturbation qui a fait irruption dans leurs vies en ces temps qui changent.

     

     

    Barbara Kingsolver est sensible à l'urgence climatique. Le personnage de Tig, 26 ans, fille de Willa et Iano, est une jeune femme convaincue que l'effondrement de la civilisation thermo-industrielle a commencé, engagée dans un mode de vie décroissant. L'autrice présente des pistes pour une existence moins destructrice de la planète.

    Le roman alterne un chapitre au 21° siècle et un au 19° siècle. Les chapitres sont longs et j'ai trouvé que cette construction cassait le rythme du récit. J'ai apprécié le contenu, un peu moins la forme.

     

    L'avis de Kathel.

     

     

    Avec cette lecture je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Livre de plus de 500 pages (570 ici).

     

    Barbara Kingsolver, Des vies à découvert, Rivages

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Mayra Montero, La Havane, 1957, Gallimard A Cuba en 1957 Joaquin Porrata, un tout jeune journaliste, mène l'enquête sur la guerre que se livrent les mafias locale et américaine pour le contrôle des casinos de l'île mais certains sujets sont dangereux à remuer comme il va l'apprendre à ses dépends.

     

     

    Il m'a fallu un peu de temps pour entrer dans ce roman. Le héros ne m'était pas très sympathique : machiste, un peu imbu de lui-même. Petit à petit cependant il acquiert plus de profondeur et puis Mayra Montero croise sa présentation de la pègre -qui ne m'intéresse pas plus que ça, je dois le dire- avec l'histoire pleine de péripéties de Yolanda, ancienne artiste de cirque, devenue employée de cabaret suite à un accident du travail qui l'a laissée manchote. Enfin, la révolution cubaine d'abord à peine évoquée, très à l'arrière-plan, entre soudain dans le récit de façon dramatique. Tout cela est fort bien mené et je suis de plus en plus accrochée par ma lecture. L'écriture rend très bien les sentiments et sensations des personnages.

     

     

    Avec cette lecture je participe au mois de l'Amérique latine organisé par Ingannmic et Goran et aussi au défi Voix d'autrices, catégorie Roman adulte.

     

    Mayra Montero, La Havane, 1957, Gallimard

     


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  • Isabel Allende, Plus loin que l'hiver, Grasset Trois personnages pas mal cabossés par la vie font connaissance à l'occasion d'une tempête de neige qui paralyse New-York. Lucia Maraz est une Chilienne de 62 ans. A 19 ans, après la disparition de son frère, elle a fui la dictature dans son pays et a dû se débrouiller pour subvenir à ses besoins tout en poursuivant ses études. Aujourd'hui elle est professeure invitée dans une faculté de Manhattan et loge au sous-sol de la maison de son collègue Richard Bowmaster dont elle est secrètement amoureuse. Lui, à 64 ans, vit seul avec ses chats et reste sourd aux allusions de Lucia. Il faut dire que sa vie privée a été marquée par des drames terribles. Quand Richard heurte la voiture conduite par Evelyn Ortega, une jeune clandestine guatémaltèque qui a fui la violence des cartels de la drogue dans son pays, lui et Lucia vont se trouver entraînés dans une aventure rocambolesque.

     

     

    La narration alterne le temps présent de la rencontre des trois personnages et le temps passé de leurs histoires personnelles qui les ont menés là. J'ai trouvé plus particulièrement intéressantes celles de Lucia et Evelyn, exilées toutes deux comme l'autrice qui a dû quitter le Chili sous la dictature de Pinochet. Isabel Allende a développé largement le périple qui mène Evelyn du Guatémala aux Etats-Unis. Les dangers et les violences du voyage des clandestins, l'implication du crime organisé et la corruption qui en découle sont bien montrés. Les péripéties sont nombreuses et on ne risque pas de s'ennuyer en lisant ce roman. Les personnages, même parmi ceux de second plan, ont droit à une biographie détaillée et rarement banale au point que ça fait parfois un peu beaucoup : c'est comme si l'autrice avait une liste de faits de société qu'il fallait cocher -la femme battue, la personne non binaire...- mais que du coup elle n'a pas le temps de développer..

     

     

    Une réserve concernant la traduction parfois maladroite, ce qui m'agace. J'ai l'impression que l'éditeur qui laisse passer ça ne prend pas sa lectrice au sérieux. Un exemple : "deux frères qui allaient toujours main dans la main : un gamin de huit ans, et une fillette de six". Je retrouve ailleurs cette traduction fautive de hermanos. Malgré cela c'est un roman sympathique. J'apprécie qu'il fasse intervenir des personnages plus tout jeunes qui se questionnent sur leur vieillissement. Ma préférence va à Lucia qui est une femme forte. Elle a décidé de profiter de la vie tant que c'est possible et n'a pas renoncé à trouver l'amour.

     

     

    Avec cette lecture je participe au mois de l'Amérique latine organisé par Ingannmic et Goran ainsi qu'au défi Voix d'autrices dans la catégorie Histoire avec un personnage féminin fort.

     

    Isabel Allende, Plus loin que l'hiver, Grasset

     

     

     

     


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  • Margaret Atwood, Les testaments, Robert LaffontCe roman est la suite, écrite trente-cinq ans après, de La servante écarlate. L'histoire, elle, se déroule une quinzaine d'années après. Les récits de trois narratrice s'entrecroisent.

     

    Tante Lydia. Dans la République de Galaad (Gilead dans La servante écarlate, la traductrice explique cette modification en introduction) les femmes n'ont aucun droit et sont entièrement soumises aux hommes. Leur éducation, cependant, est encadrée par les Tantes, des sortes de religieuses dont les cheffes ont, du fait de la ségrégation entre femmes et hommes, réussi à obtenir une certaine autonomie et donc un certain pouvoir. Tante Lydia est, en quelque sorte, la Tante supérieure. Par son habileté elle est devenue l'éminence grise du Commandant Judd, homme fort du régime. Au soir de sa vie Tante Lydia rédige un testament clandestin dans lequel elle raconte comment elle est arrivée à son poste et surtout quels sont ses objectifs.

     

    Agnes Jemima est une jeune femme qui a grandi dans une bonne famille de Galaad. Son récit nous permet de découvrir comment sont éduquées les filles des Commandants. La scolarité (endoctrinement, coloriage et broderie) prend fin dès la puberté. Commence alors la préparation au mariage qui a lieu dès que possible.

    Daisy est une adolescente canadienne. Avec elle nous découvrons le réseau de résistance Mayday qui organise des évasions depuis Galaad.

     

     

    Petit à petit Margaret Atwood emmène le lecteur au point où les trois témoignages se rejoignent. On comprend aussi le lien avec le personnage de Defred, la Servante écarlate. J'ai beaucoup apprécié cette lecture. Il y a du suspense et une fois commencé le roman, difficile de le lâcher. La machination ourdie par Tante Lydia qui tire les ficelles dans l'ombre a un côté jubilatoire. J'ai aimé le contraste -dû à leur éducation dans des pays si différents- entre Agnes Jemima et Daisy. Les conditions d'existence des femmes de Galaad, la répression contre ceux qui dévient de la ligne, sont très crédibles. A plusieurs reprises j'ai pensé à l'Iran ou à l'Afghanistan. Cela fait froid dans le dos.

     

     

    L'avis de Keisha.

    Je participe au défi Voix d'autrices dans la catégorie Roman qui a reçu un prix.

     

    Margaret Atwood, Les testaments, Robert Laffont

     


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  • Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour suivi de Le neveu d'Amérique, PointsEn Equateur, dans le petit village de El Idilio dans la forêt amazonienne, vit Antonio José Bolivar Proaño. Veuf avant trente ans celui-ci a longtemps vécu chez les Indiens Shuars qui lui ont appris la connaissance de la forêt, de ses dangers et de ses ressources. Devenu vieux "Antonio José Bolivar essayait de mettre des limites à l'action des colons qui détruisaient la forêt pour édifier cette oeuvre maîtresse de l'homme civilisé : le désert". Il s'est aussi découvert sur le tard une passion pour les romans d'amour qui font pleurer et qui se terminent bien. Quand une femelle ocelot, rendue furieuse parce qu'un chasseur a tué ses petits, commence à dévorer des habitants du secteur Antonio José Bolivar est désigné comme volontaire par le maire d'El Idilio pour mettre fin à la nuisance.

     

     

    Voici un court roman très plaisant à lire où l'auteur, qui a lui-même vécu sept mois chez les Shuars, ridiculise l'arrogante prétention de certains Blancs. Si la forme est souvent amusante, le fond est grave : c'est la destruction d'un milieu et la mise en danger de ses habitants et de leur culture. Le roman est paru en 1988, on sait que les choses ne se sont pas arrangées depuis.

     

     

    Le neveu d'Amérique. Il s'agit, mises bout à bout, de notes plus ou moins autobiographiques, écrites à des moments différents. J'écris plus ou moins autobiographiques parce que le cadre est celui de la vie de Luis Sepúlveda mais qu'il me semble qu'il a brodé dessus. Il y est question de son engagement dans les jeunesses communistes, de sa détention pendant la dictature au Chili, du "retour" dans le village d'Espagne dont était originaire son grand-père et surtout de ses voyages en Amérique du sud. J'aime beaucoup l'écriture. Je trouve qu'il y a un vrai talent d'invention et que les paysages sont bien décrits : Luis Sepúlveda raconte bien les histoires. Ici aussi il y a de la satire, la cible étant la dictature. Je me régale à la lecture. Un petit bémol ? Je ne peux m'empêcher de remarquer que les femmes sont quasi-absentes, réduites dans la plupart des cas à deux rôles : la pute ou la bigote.

     

    Un livre lu dans le cadre du mois de l'Amérique latine organisé par Goran et Ingannmic.

     

    Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour suivi de Le neveu d'Amérique, Points


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    Vassilis Alexakis, Le premier mot, StockL'écrivain franco-grec Vassilis Alexakis est mort le 11 janvier 2021. Né à Athènes en 1943 il a vécu en France, notamment sous la dictature des colonels, et travaillé pour divers journaux dont le Monde. Il écrivait ses romans soit en français soit en grec. La langue maternelle a été écrit en grec puis réécrit en français. Encore un écrivain dont je fais la connaissance à l'occasion de sa mort et je suis tellement enchantée par ma lecture que cette découverte tardive me rend un peu triste.

     

     

    Vassilis Alexakis, Le premier mot, StockLe premier mot. Miltiadis est Grec, professeur de littérature comparée, installé à Paris depuis de nombreuses années. Il retourne tous les étés en Grèce où il a entrepris de connaître toutes les îles et il les visite dans l'ordre alphabétique, deux ou trois par été.

    "L'ordre alphabétique remodèle la carte, il offre à des lieux qui n'étaient pas destinés à se rencontrer la possibilité de faire connaissance, il constitue le point de départ de dialogues inattendus".

    Miltiadis s'intéresse particulièrement à la linguistique, l'étymologie, l'histoire des langues et aimerait connaître le premier mot prononcé par un être humain. Quand il meurt sa soeur, la narratrice, décide de mener l'enquête sur les origines du langage. Elle rencontre divers scientifiques qui lui apportent des éléments de réponse. Ce sont souvent des anciens amis de Miltiadis car sa quête est aussi une façon de faire le deuil de ce frère dont elle était très proche et avec qui elle converse tout du long de sa recherche.

     

     

    Que voilà un excellent livre, plein d'imagination, d'humour et qui m'a appris des choses sur le langage et la culture grecque. Il est question de la langue grecque, ancienne et contemporaine; de la langue française, des nombreux mots d'origine étrangère qu'elle contient et du mauvais traitement fait par les autorités de notre pays aux langues régionales; et même de la langue des signes. Je trouve tout cela très intéressant. La rubrique nécrologique du Monde dans une main et le roman dans l'autre je découvre que Vassilis Alexakis a utilisé des éléments de sa propre biographie pour plusieurs de ses personnages. Pour Miltiadis, bien sûr, installé à Paris et qui, comme l'auteur, parle le sango, langue centrafricaine; pour le père de Miltiadis qui, comme l'auteur, a fait ses études à Lille et enfin pour la narratrice qui a, comme l'auteur, perdu son frère prématurément. Je prévois de relire prochainement Vassilis Alexakis.

     

     

     


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