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    Jean d'Aillon, Guilhem d'Ussel dans la tourmente, J'ai luCe recueil se compose de trois aventures de Guilhem d'Ussel qui se déroulent en 1202-1203 : deux longues nouvelles et un court roman.

     

    Les brutes de Torre di Astura. Alors qu'il se rend à Rome, Guilhem d'Ussel porte secours à une jeune femme que des hommes d'arme tentaient d'enlever.

     

    La mort de Guilhem d'Ussel. De retour de Rouen, Guilhem d'Ussel est poursuivi par la haine implacable d'un ancien adversaire qui veut se venger de lui. Je découvre les malheurs de la ville d'Evreux -ou plutôt de ses habitants- objet de la convoitise des couronnes de France et d'Angleterre. En 1194 Jean sans Terre fait massacrer 300 chevaliers fidèles au roi de France qu'il avait conviés à un repas. En représailles Philippe Auguste attaque la ville, extermine la garnison britannique et tous les bourgeois qui n'avaient pas respecté leur foi envers lui. La cité est brûlée.

     

    La revenante. C'est cette aventure que j'ai préférée. Elle est plus longue donc plus détaillée. Elle se déroule en partie à Marseille dont il y a des descriptions intéressantes. Ici aussi nous rencontrons un méchant prêt à tout pour se venger de notre héros. Pour le faire tomber dans son piège il lui envoie une messagère à qui Ussel ne pourra rien refuser.

     

     

    Je lis toujours avec plaisir les aventures de Guilhem d'Ussel. C'est plein de péripéties, ça ne prend pas la tête et j'apprécie d'en apprendre sur les rudes conditions de vie en ces temps lointains.

    Je participe au mois des nouvelles de Usva.

     

     

    Jean d'Aillon, Guilhem d'Ussel dans la tourmente, J'ai lu

     


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    Colson Whitehaead, Underground railroad, Le livre de pocheCora, 16 ans, est esclave sur la plantation de Géorgie où elle est née. Elle accepte la proposition de Caesar, un esclave nouvellement arrivé, de l'accompagner dans son évasion. Ils utilisent le "chemin de fer souterrain" -underground railroad- réseau de complicités et de passeurs qui aide les esclaves en fuite à gagner les Etats du Nord. Mais ils sont poursuivis par Ridgeway, un chasseur d'esclaves sans pitié, qui fait une affaire personnelle de la capture de Cora.

     

     

    J'ai d'abord été surprise que le chemin de fer souterrain soit, dans ce roman, matérialisé par un vrai chemin de fer souterrain. Ensuite je m'y suis faite. L'auteur met l'accent sur les différentes formes de racisme générées par l'institution esclavagiste, que ce soit le racisme violent et haineux de propriétaires d'esclaves ou, plus insidieux, le paternalisme méprisant de certains qui prétendent vouloir aider les Noirs. Il montre bien également comment les Noirs ont été des acteurs importants de leur propre liberté : des Noirs libres sont passeurs ou cachent des esclaves en fuite. Cora trouve un temps refuge dans une ferme de l'Indiana où une communauté noire a développé un lieu de vie et de culture. J'ai trouvé cela particulièrement intéressant. J'ai découvert l'existence de la poétesse Phillis Wheatley dont une recherche complémentaire m'apprend la vie peu commune. Tout cela me donne envie d'en savoir plus sur l'histoire des Noirs aux Etats-Unis. C'est donc une lecture que j'ai appréciée.

     

    L'avis d'Hélène, celui de Kathel


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    Taras Grescoe, Shanghai la magnifique, Noir sur blancGrandeur et décadence dans la Chine des années 1930

    Dans les années 1930 Shanghai est le Paris de l'Orient, une ville cosmopolite où les riches du monde, mais aussi des aventuriers, des écrivains et des artistes, se retrouvent dans les palaces et les boîtes de nuit de luxe. C'est aussi un lieu de refuge pour ceux qui n'ont plus de pays : Russes blancs puis Juifs allemands à partir de 1935. Ces derniers n'y viennent pas pour faire la fête et dépendent de la charité.

     

     

    En 1935 Mickey Hahn (1905-1997), journaliste américaine, femme libre, débarque à Shanghai où elle va séjourner huit ans. Mickey Hahn a la plume facile : elle écrit et brode sur tout ce qui lui arrive -et il lui en arrive des choses. Courriers à sa famille, articles de journal, livres -52 durant toute sa vie- Taras Grescoe s'est appuyé sur ce riche matériau, complété par d'autres sources et des voyages sur place. Deux autres personnages ont droit à une place de choix dans cet ouvrage : l'homme d'affaires Victor Sassoon (1881-1961), propriétaire du Cathay Hotel et d'autres bâtiments prestigieux sur le Bund, boulevard de la concession internationale qui longe la rivière Huangpu, et Zau Sinmay (1906-1968), un poète chinois dont Mickey Hahn va devenir la maîtresse.

     

     

    Taras Grescoe, Shanghai la magnifique, Noir sur blanc

    Le Bund dans les années 1930

     

    L'auteur ne s'est cependant pas contenté de nous raconter les soirées de la jet set locale, ce qui m'aurait vite lassée. Il analyse la situation coloniale qui a rendu possible cette vie de plaisirs : les guerres de l'opium au milieu du 19° siècle ont permis aux Occidentaux (Britanniques, Français et Américains) de s'installer dans deux concessions étrangères à Shanghai où ils ont tous les droits. Pendant qu'ils se gobergent le petit peuple chinois vit misérablement : en 1935 le conseil municipal ramasse 5950 cadavres dans les rues de la concession internationale. La domination occidentale est également responsable d'une corruption systémique.

     

     

    A travers le cas de Shanghai Taras Grescoe présente aussi les grands traits de l'histoire de la Chine au milieu du 20° siècle. Il est question de la période nationaliste sous Sun Yat-sen et Tchang Kaï-chek, de la conquête japonaise à partir de 1931. En 1938 la bataille de Shanghai dure treize semaines. Le centre ville est victime de bombardements meurtriers à deux reprises. Le 14 août (samedi noir) par des pilotes chinois qui ont mal visé des navires japonais et le 28 août (samedi sanglant) par le Japon. Ces événements marquent le début de la fin du gai Shanghai. L'occupation japonaise entraîne pour les Occidentaux des internements massifs à partir de 1943.

    Mickey Hahn quitte Shanghai en 1943, Victor Sassoon en 1948, peu avant l'arrivée au pouvoir des communistes. Seul reste sur place Zau Sinmay dont la fin de vie est difficile : il est emprisonné un temps pour avoir fréquenté des Occidentaux et en ressort affaibli.

     

     

    J'ai trouvé cette lecture intéressante. De Shanghai j'avais comme images le quartier des affaires de Pudong avec ses gratte-ciel modernes. Je découvre qu'une partie des bâtiments construits dans les concessions étrangères existent toujours.

     

    Taras Grescoe, Shanghai la magnifique, Noir sur blanc

    Le Bund aujourd'hui


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  • Bonne année 2021

    Au Jardin Extraordinaire à Lieurac, en Ariège

     

    Bonne année à tous ! Sans surprise je nous souhaite que 2021 nous permette de sortir enfin de cette pandémie et nous autorise à reprendre le cours de nos vies ordinaires et de nos activités déconfinées. En ce qui me concerne je rêve de pouvoir retourner en bal folk. J'entre dans la ronde et je tourbillonne, je danse toutes les danses. J'aimerais bien voyager, aussi. Et vous, qu'est-ce que vous referez avec plaisir, après ?

     

     

    C'est le moment de vous présenter mes meilleures lectures de 2020 :

    Laurent Binet, Civilizations

    Angela Rohr, L'exil éternel

    Charles Portis, True grit

    Margaret Atwood, Le dernier homme

    Margaret Atwood, Le temps du déluge

    Margaret Atwood, Captive

    Ruth Klüger, Refus de témoigner

    Margaret Walker, Jubilee


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    Alison Lurie, Les amours d'Emily Turner, RivagesAlison Lurie est morte le 3 décembre 2020. Elle était née en 1926. Ses romans épinglent souvent le milieu des universitaires qui vivent en vase clos. C'est le cas dans

     

    Alison Lurie, Les amours d'Emily Turner, RivagesLes amours d'Emily Turner. Il s'agit du premier roman d'Alison Lurie. Son titre original est Love and friendship, en hommage à Jane Austen.

    Emily Turner est une jeune et riche héritière mariée à Holman, un professeur d'université dans la petite ville de Convers en Nouvelle Angleterre. L'éducation de son fils et son engagement dans une vente de charité ne suffisent pas à remplir les journées d'Emily qui s'ennuie ferme surtout depuis qu'Holman a cessé de lui raconter ses activités à la fac. Emily est à la recherche d'une vie moins routinière aussi, quand elle fait la connaissance de Will Thomas, professeur de musique, elle est attirée par sa réputation d'artiste et de séducteur.

     

     

    L'arrière-plan du récit est la vie de la communauté éducative de l'université. Les jeunes enseignants chargés de cours aux contrats précaires sont mal payés et obligés de vivre dans des logements vétustes loués par l'université -la fortune des parents d'Emily permet cependant aux Turner d'être logés correctement. Les épouses sont sensées veiller à ce que le foyer soit ordonné et propre et il est implicite que leur comportement peut influer sur la carrière de leur mari. Dans cette société très conformiste Julian et Miranda Fenn forment un couple atypique, sortes de hippies avant l'heure -le roman a été publié en 1962. L'intérieur de Miranda est peu soigné et ses enfants à l'imagination vive considérés comme négligés. Dans ce milieu fermé les rumeurs circulent facilement.

     

     

    S'il ne se passe pas grand chose les personnages sont finement observés, souvent avec un humour caustique. Chaque chapitre se termine par une lettre de Allen Ingram, romancier en poste à Convers pour un an, à son ami Francis Noyes. Il apporte un regard extérieur et décalé aux événements qui sinon sont vus par les yeux de leurs protagonistes forcément très impliqués dedans. J'ai trouvé ce procédé bien imaginé. La lecture est plaisante et j'ai apprécié ce roman.

     

    L'avis de Keisha.


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    Emmanuel Carrère pratique le yoga, la méditation et le tai-chi depuis 30 ans. En 2015 il a l'idée d'écrire "un petit livre souriant et subtil sur le yoga". Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu -"Tu veux faire rire Dieu ? Parle-lui de tes projets"- et si le présent ouvrage traite effectivement de yoga, de méditation et de tai-chi, il est aussi question de l'enterrement de Bernard Maris assassiné à Charlie Hebdo; de l'internement de l'auteur à Sainte-Anne; de jeunes migrants afghans, mineurs isolés en transit sur une île grecque et de la mort de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur d'Emmanuel Carrère depuis 35 ans.

     

     

    Tout ceci peut sembler bien décousu. Le lien c'est l'auteur, bien sûr, puisque, à sa façon, Emmanuel Carrère écrit pour parler de lui; mais aussi la vie et comment on s'en débrouille. Yoga, méditation et tai-chi peuvent aider, semble-t-il. Ce que j'ai le plus apprécié c'est le récit de sa folie -on lui a diagnostiqué un trouble bipolaire de type 2. Ici l'auteur est au coeur de son sujet et puis il écrit bien, il sait raconter des histoires et a toujours ce regard un peu critique sur lui-même qui fait qu'il arrive à faire sourire même sur un tel sujet. Cela me le rend très sympathique.

     

     

    J'ai trouvé intéressant de lire simultanément dans le Monde du 26 novembre 2020 une mise au point d'Hélène Devynck, ex-femme d'Emmanuel Carrère. Sous le titre Je ne veux pas être écrite contre mon gré, elle y explique pourquoi elle a imposé par contrat de ne plus apparaître sans son consentement dans les ouvrages d'Emmanuel Carrère, notamment Yoga. L'auteur lui-même aborde la différence qu'il y a entre parler de soi et des autres. Quand je parle de moi, dit-il, "j'arrête quand je veux, je dis et tais ce que je veux, c'est moi qui décide où placer le curseur. Alors qu'en écrivant sur les autres on passe ou peut passer du côté de la vraie torture, parce que celui qui écrit a les pleins pouvoirs et celui sur lequel il écrit est à sa merci".

    Il y a aussi deux personnages de femmes qui apparaissent dans Yoga et dont Emmanuel Carrère dit qu'elles n'existent pas en vrai, qu'elles sont en partie inspirées d'autres personnes. Du coup, pour moi, cela interroge tout le livre : peut-être que tout est inventé. Je crois qu'Hélène Devynck a bien fait de se protéger. Tout ceci me rend l'auteur beaucoup moins sympathique.

     

    L'avis de Keisha.


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  • Luke Rhinehart, L'homme-dé, Editions de l'olivierL'écrivain américain Luke Rhinehart est mort le 6 novembre 2020. De son vrai nom George Powers Cockcroft il était né en 1932. Il a pris comme nom de plume le nom du personnage principal de son roman L'homme-dé paru en 1971 et devenu un best-seller et livre culte.

     

    Luke Rhinehart, L'homme-dé, Editions de l'olivierL'homme-dé. Le personnage principal, Luke Rhinehart -pour ne pas le confondre avec l'auteur je l'appellerai Luke- est un jeune psychiatre new-yorkais. Marié, père de deux enfants, il vit une vie bourgeoise et s'ennuie ferme. Après une soirée bien arrosée il remarque une carte à jouer qui recouvre un dé. Si c'est la face 1 du dé qui est sur le dessus, se dit-il, j'irai violer la voisine. Il se trouve que la voisine a également participé à la soirée et qu'elle est tout à fait consentante. S'en suit une agréable partie de jambes en l'air. A partir de cet événement fondateur Luke va livrer son sort aux dés, au début de façon limitée puis de pus en plus intense. Il met au point une dé-thérapie qu'il propose à ses patients et enfin crée une nouvelle religion.

     

    Vous aussi vous voulez pratiquer la dé-vie ? Listez six de vos fantasmes ou envies les plus secrètes, jetez le dé et réalisez ce qui correspond au numéro tiré. Vous pourrez alors vous dire que ce n'est pas vous qui avez choisi, que vous étiez obligé. Il arrive aussi à Luke d'endosser des personnalités multiples et successives en laissant le dé décider qui il sera pour les prochaines 24 heures, 1 heure ou même 10 minutes. L'idée est de tuer le moi, responsable de l'ennui, par la pratique de cette sorte de schizophrénie volontaire. Une fois le moi détruit, l'individu est libre. Quand on quitte femme et enfants sur un coup de dé pour aller vivre dans les bas-fonds new-yorkais, la vie est tout de suite moins monotone. Luke va également expérimenter à peu près tout ce qui est possible en matière de sexe.

     

     

    Je me suis posée beaucoup de questions à la lecture de ce roman. Luke Rhinehart -l'écrivain- propose-t-il son personnage comme un modèle à suivre ? Pendant longtemps ça n'a pas été clair pour moi d'autant plus que je lis dans la nécro du Monde que des lecteurs se sont inspirés de la méthode Rhinehart et qu'il lui arrivait lui-même de jouer certaines de ses décisions aux dés. J'en arrive finalement à la conclusion -mais sans en être sûre à 100 %- qu'il s'agit pour l'auteur de s'amuser et de se moquer de la société de consommation. Il me semble qu'il y a une critique de l'éducation des enfants, de la psychanalyse, de l'internement psychiatrique, des religions, ce qui est intéressant. Signe de l'époque sans doute, ce qui n'est pas du tout remis en question c'est la domination patriarcale. Si les dés proposent à Luke de s'occuper de ses enfants à l'occasion il s'agit de jouer avec eux, sûrement pas de prendre en charge les tâches ménagères. Un des grands fantasmes de Luke étant de violer des femmes les dés vont lui permettre de le réaliser. Cela se passe d'ailleurs sans difficultés car elles n'attendent que ça. La seule qui refuse le fait comprendre de façon ferme -avant de changer d'avis. Conclusion : les femmes qui se font violer sont consentantes sinon un bon coup de genou dans les couilles et l'agresseur est hors d'état de nuire. C'est clairement un ouvrage sexiste -et homophobe, ça va souvent ensemble- et ces aspects m'ont déplu. Sinon ça se laisse lire, même s'il y a quelques longueurs, et ça vaut aussi comme témoignage de son temps.

     

     

     

     


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    Yehoshua Kenaz, Chair sauvage, Actes sudYehoshua Kenaz est mort le 12 octobre 2020. Cet écrivain israëlien était né en 1937. Ses personnages favoris étaient les faibles, les perdants apparents de l'existence. Il est surtout connu pour son roman Infiltration dans lequel il décrit l'armée israëlienne comme une machine à briser les recrues.

     

    Yehoshua Kenaz, Chair sauvage, Actes sudChair sauvage. Ce recueil rassemble neuf nouvelles qui racontent des petites tranches de vie, parfois sans véritable fin ou en tout cas qui ne répondent pas à toutes les questions que peut se poser la lectrice. Les histoires se déroulent en Israël dans la seconde moitié du 20° siècle et donnent un aperçu de la société locale. J'y trouve des comportement de colonisateur : un gamin appelle Mohamet tous les ouvriers arabes qui se succèdent au service de la famille. Plusieurs personnages sont légèrement handicapés, perturbés ou ont des comportement étranges.

     

     

    Dans Chair sauvage une jeune femme rescapée des camps nazis, une "réfugiée", croit que les Allemands ont introduit dans son corps une machine à faire pousser de la chair. Des excroissances de chair, qu'elle appelle "chair sauvage" ou "chair étrangère" apparaissent entre ses doigts et sur ses coudes. Elle est hébergée chez un cousin dont la femme, imbue d'elle-même et peu sympathique, fantasme la cousine en meurtrière et aspire à son départ (il me semble que la photo racoleuse de couverture n'a aucun rapport avec le sujet).

    Dans Salle numéro 10 un fils assiste au vieillissement de son père. Je l'ai trouvée émouvante.

    J'ai plutôt apprécié cette lecture.


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    Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon, Editions de l'olivierLe narrateur, Paul Hansen, a été condamné à deux ans de prison pour une agression. Il partage sa cellule avec Patrick Horton, un Hells Angel en attente de son procès pour meurtre. Le roman fait des aller-retour entre cette cohabitation -sous des dehors de brute épaisse le codétenu se révèle un brave homme plein de bon sens- et le passé de Hansen qui l'a mené là. C'est toute son histoire que le personnage nous raconte, depuis son enfance toulousaine jusqu'à son installation au Québec où il a travaillé comme gardien d'immeuble pendant 26 ans.

     

     

    C'est un roman que j'ai lu sans déplaisir, même si des descriptions techniques de lieux ou d'objets m'ont parfois donné l'impression de lire une fiche Wikipédia. Le message, j'imagine, c'est qu'il faut profiter de son bonheur tant qu'on l'a sous la main. Jean-Paul Dubois traite ça d'une façon qui n'apporte rien de nouveau à la question, il me semble. L'histoire est gentille, il y a un ou deux passages bien trouvés mais franchement, qu'en restera-t-il dans quinze jours ?

     

    Les avis de KrolGambadou et Kathel.


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    Maurice Genevoix, Ceux de 14, PointsLa panthéonisation de Maurice Genevoix (1890-1980) le 11 novembre 2020 était un bon prétexte pour relire Ceux de 14, un gros ouvrage de près de 800 pages qui réunit des textes parus primitivement en cinq volumes, entre 1916 et 1923.

    En août 1914 Maurice Genevoix a 24 ans. Il est sous-lieutenant et prend le commandement d'une compagnie très rapidement engagée au front. Il se bat jusqu'en avril 1915, date à laquelle il est grièvement blessé puis réformé. Le récit se présente comme un journal de guerre avec d'abord des entrées quotidiennes puis hebdomadaires.

     

     

    L'auteur y apparaît comme un officier soucieux de ses hommes, sans doute aimé par eux, et très paternaliste. Quand il dit, par exemple, de son ordonnance Pannechon : "il me regarde de ses bons yeux dévoués", j'ai l'impression qu'il décrit un chien. Cela va avec la conviction que le caractère d'une personne se lit sur son visage. Ses soldats sont des hommes du peuple, francs, simples, pleins de bon sens et cela saute aux yeux.Un des rares qui lui déplaît c'est Durozier "pacifiste au sirop de groseille, barbu comme une réclame de sève capillaire, douceâtre, poli, dangereux". C'est en fait un lâche et il trouve peu d'écho auprès de ses camarades mis à part Douce, "un gnome louche, une espèce de garçon de café bookmaker". De même les Allemands, les Boches, sont systématiquement traités de façon dépréciative. Gros et roses ils sont régulièrement comparés à des cochons, ils puent et abattent les Français avec une "joie sauvage". L'auteur rapporte comment il a lui-même tué des soldats allemands mais c'était alors un réflexe, "il s'agissait de tuer ou d'être tué". Les moments sont rares où il montre qu'il a conscience que les Allemands connaissent les mêmes souffrances que les Français.

     

     

    En dehors de ces aspects qui m'ont déplus j'ai beaucoup apprécié cette lecture. Maurice Genevoix écrit excellemment. Il est attentif au moindre détail et restitue très bien toutes ses sensations. Il y a de fort belles descriptions de paysages. L'auteur apparaît comme un jeune homme résilient qui s'efforce de profiter des bonnes choses chaque fois que possible et est capable de voir la moindre parcelle de beauté, même au coeur de l'horreur. Et de l'horreur, il y en a. Il me semble que tout est dit de la fatigue, du froid, de la boue, des corps déchiquetés par les obus. Il y a des détails qui sentent le vécu : "Des cartouches terreuses, des fusils dont le mécanisme englué ne fonctionnait plus : les hommes pissaient dedans pour les rendre utilisables". Je découvre en plus la nuit : les déplacements et relèves se font de nuit. Départ à trois heures du matin, longue marche dans le noir. Quand on quitte la route chaque soldat tient un pan de la capote du précédent pour se guider. Le moment le plus terrible c'est cinq jours d'une offensive très meurtrière, du 17 au 21 février 1915, aux Eparges. La compagnie de Maurice Genevoix comptait 220 hommes avant la bataille, seuls 80 sont rentrés vivants. C'est là qu'est mort Porchon. Robert Porchon était le meilleur ami de guerre de Maurice Genevoix. Pendant six mois ils ont quasiment tout partagé : lit, gamelle, conception de la vie et sens de l'honneur. Robert Porchon a été tué le 20 février 1915. Il avait 21 ans.

     

    Maurice Genevoix, Ceux de 14, Points

     

     

    Sur la longueur de l'ouvrage on voit évoluer l'idée que l'auteur se faisait de la guerre. Attention, jamais il ne remet en question le bien fondé du conflit dont il fait porter toute la responsabilité à l'Allemagne. Il est très patriote et, puisque son pays est agressé, il fait son devoir sans sourciller. J'ai dit précédemment ce qu'il pensait des pacifistes. Cependant, témoin des conséquences désastreuses d'ordres donnés sans tenir compte du terrain, il lui arrive de critiquer le commandement supérieur :

    "Toujours le même dogmatisme raide, la même fate confiance en soi, le même refus de se soumettre aux faits".

    "J'ai vu trop de choses dégoûtantes pour être dupe encore des mots. Pourquoi nous battons-nous maintenant et de cette façon ? Pour défendre quoi ? Gagner quoi ? Ces "gens-là" se leurrent volontairement, j'en suis sûr ! Il ne peut pas en être autrement".

     

     

    Quant à moi je vois bien toute l'absurdité et l'inanité de ce grand massacre que fut la Première Guerre Mondiale. La grande tristesse enfin de tous ces jeunes gens sacrifiés : "On vous a tués et c'est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons fait, notre souffrance et notre gaieté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.

    (...) Combien de vos gestes passés aurais-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi et l'image de vous que vous m'avez donnée.

    Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ?"

    D'une première lecture il y a plus de vingt ans, qui avait été couplée avec celle du Feu de Barbusse et des Croix de bois de Dorgelès, je garde le souvenir que c'est Ceux de 14 que j'avais trouvé le meilleur. La relecture confirme ma bonne impression.

    Une dernière remarque pour l'éditeur, si je puis me permettre : l'illustration de couverture de mon édition (Troupes au repos, 1916 par Christopher RW Nevinson) est mal choisie. En 1914 les soldats portent des pantalons garance et n'ont pas encore de casques, que des képis. L'uniforme est assez souvent décrit dans le texte.

     

     


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