• Frédéric Paulin, La peste soit des mangeurs de viande, La manufacture de livresUn policier est retrouvé assassiné dans un abattoir de la région parisienne, un post-it collé sur la poitrine: "Peuvent-ils souffrir?" La victime faisait l'objet d'une enquête de l'IGPN pour des violences aussi le commandant Etienne Barzac de la police des polices est-il amené à enquêter sur cette affaire avec l'aide du lieutenant Salima Belloumi. Barzac et Belloumi vont s'intéresser aux agissements de La mort est dans le pré, un groupuscule d'activistes de la cause animale réuni autour d'un chef radicalisé.

     

     

    A la suite des militants antispécistes le lecteur est amené à pénétrer dans les abattoirs où les cadences de travail entraînent une très grande maltraitance des animaux -c'est à vous dégoûter de manger de la viande- mais aussi des employés. La critique du capitalisme décomplexé, intéressé par les seuls profits et prêt à tout pour les augmenter est virulente. La narration alterne les points de vue de différents personnages ce qui permet de varier les angles d'approche et de multiplier les sujets abordés car chacun de ces personnages est présenté dans le contexte de son histoire personnelle. Il est ainsi question des violences conjugales et de la répression du sommet altermondialiste de Gênes en 2001.

     

     

    C'est une lecture que j'ai appréciée même si certains passages sont un peu durs à lire -l'abattage des animaux. Je suis moins emballée cependant que par La nuit tombée sur nos âmes. Je n'ai pas été totalement convaincue par le fin mot de l'histoire.

     


    votre commentaire
  • James Wyllie, Femmes de nazis, AlisioDans l'ombre de Goebbels, Goering, Himmler...

    Dans cet ouvrage James Wyllie étudie les itinéraires des femmes des chefs nazis Goebbels, Goering, Himmler mais aussi Heydrich, Bormann et Hess depuis la rencontre avec leur futur époux jusqu'à leur mort. Certaines étaient des nazies de la première heure, d'autres sont venues au nazisme par amour ou se sont accommodées du nazisme de leur mari (Emmy Goering), mais aucune cependant ne pouvait ignorer les crimes dans lesquels trempaient leurs maris et dont elles se sont rendues complices en acceptant le train de vie qui allait avec. Ce qui me frappe en effet c'est la corruption de tous ces cadres du régime. Ils possèdent tous plusieurs résidences, souvent immenses, et des chalets sur l'Obersalzberg, certains financés par le "Fonds Adolf Hitler pour l'économie allemande". Il s'agit d'un fonds alimenté par des capitaines d'industrie à partir de ponctions sur les salaires de leurs employés, offert en cadeau à Hitler et géré par Bormann. Les gratifications sont aussi celles du pouvoir absolu. Goering fait de ses événements privés -obsèques de sa première femme, mariage avec la seconde- de véritables fêtes nationales.

     

     

    En s'appuyant sur leurs journaux intimes et leur correspondance, James Wyllie donne la parole à ses protagonistes. On voit ainsi Margarete Himmler souffrir de relations conjugales difficiles : "Aujourd'hui je suis fermement convaincue que j'ai mérité ma place au soleil, et l'amour et le bonheur"; Goebbels pleurer à la projection de Mutterliebe, un mélo nazi et j'apprends qu'Heydrich était un excellent violoniste dont les interprétations "témoignaient d'une sensibilité extrême et d'une gamme émotionnelle d'une étendue rare". Tout cela les rattache à leur humanité et on pourrait de ce fait trouver l'auteur complaisant. Il me semble que ce n'est pas le cas. Les conditions de vie difficiles des Allemands de base avant et pendant la guerre sont décrites et les crimes nommés. Les femmes dont il est question n'ont pas rechigné à employer des travailleurs forcés à leur service et Lina Heydrich les faisait battre quand ils ne travaillaient pas assez vite. Même si certaines ont protégé un ou deux Juifs de leur entourage, elles sont pour la plupart des antisémites convaincues. Le contraste entre l'image qu'elles avaient d'elles-mêmes, leurs aspirations à une vie que j'ai envie de qualifier de petite bourgeoise et la réalité est vertigineux.

     

     

    Enfin, celles qui ont survécu à la guerre n'ont jamais manifesté aucun regret de leurs choix de vie ou de leurs idées. Elles se sont réfugiées dans le déni ou sont restées des nazies convaincues jusqu'à la fin. James Wyllie s'interroge sur les peines relativement légères voire l'absence de poursuites dont elles ont bénéficié.

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture que j'ai trouvée plutôt facile d'accès. Encore une fois je me suis félicitée d'avoir lu auparavant la biographie d'Hitler par Joachim Fest. C'était un pavé mais un bon investissement qui m'a aidée à mieux suivre la trame chronologique. En plus de ses personnages principaux James Wyllie fait aussi de rapides biographies de seconds couteaux qui les ont côtoyés. Je découvre par exemple Otto Horcher, restaurateur préféré de Goering, qui fournissait ses réceptions. Il a ouvert des annexes dans plusieurs pays occupés par l'Allemagne nazie et repris le Maxim's à Paris. En 1943 il quitte l'Allemagne pour Madrid où le restaurant existe toujours, tenu par les descendants d'Otto. La rubrique Histoire du site de la maison évité soigneusement cette période gênante. Je trouve tout cela passionnant.

     


    2 commentaires
  • Joan Didion, Maria avec et sans rien, Robert Laffont L'écrivaine américaine Joan Didion est morte le 23 décembre 2021, le Monde lui consacre une page entière de nécrologie. Je découvre ainsi cette autrice présentée comme majeure dont je n'avais jamais entendu parler. Elle était née en 1934 en Californie. Dans les années 1960 elle fréquente de nombreuses personnalité de la culture et du spectacle. Elle a écrit des romans, de la non fiction, des reportages. Elle a couvert la guerre au Salvador (années 1980) et analysé l'affaire de cinq adolescents noirs accusés à tort en 1989 du viol et du meurtre d'une joggeuse blanche. Elle a acquis dans son pays un statut d'icône culturelle.

     

     

    Joan Didion, Maria avec et sans rien, Robert Laffont Maria avec et sans rien. Paru en 1970 ce roman a été réédité en 2018 sous le titre de Mauvais joueurs (titre original : Play it as it lays). Maria est une jeune actrice de Hollywood qui a joué dans deux films tournés par son mari, dont un n'est même pas sorti sur les écrans. Maria va très mal. Son mariage est un échec, sa fille est hospitalisée pour de graves problèmes et elle-même souffre d'un grand mal être. Joan Didion qui a elle même traversé une période de profonde dépression décrit très bien la façon dont Maria est étrangère à ce qui l'entoure et ressasse des idées fixes. Elle dort mal, fait des cauchemars et semble parfois à la limite de la folie. Elle fréquente une petite société qui la traîne dans des soirées où elle s'ennuie. Dans Le centre ne tiendra pas, documentaire qui est consacré à l'autrice sur Netflix et que j'ai regardé après avoir lu le roman, elle dit qu'il y a beaucoup d'elle dans Maria.

     

     

    Le roman est divisé en courts voire très courts chapitres qui sont comme des petites tranches de vie de Maria, la narration est parfois un peu décousue, il y a des bribes de dialogue, au départ ce n'est pas toujours évident à suivre mais cela restitue bien le ressenti de Maria et sa perception de son environnement. C'est une déconstruction du rêve américain que nous avons là et finalement on peut se demander si la folie de Maria n'est pas en fait la réaction saine à son cadre de vie. La description du climat californien -températures de 40°, feux de forêt spontanés- est aussi bien réussie. La quatrième de couverture nous informe que ce roman est un livre culte pour Bret Easton Ellis, Jay McInerney et Donna Tartt. Mon impression est plus mitigée. Je ne me suis pas attachée aux personnages. Par contre j'ai trouvé que Joan Didion était une personne intéressante.

     


    2 commentaires
  • Titiou Lecoq, Les grandes oubliées, L'iconoclastePourquoi l'histoire a effacé les femmes

    Titiou Lecoq constate à postériori que les femmes étaient absentes de ses manuels scolaires.Pas d'actrices de l'histoire, pas d'écrivaines majeures...Et pourtant, comme elle le dit en introduction, "les femmes ne se sont jamais tues". Elles ont "gouverné, parlé, dirigé, créé". On voit parfois l'histoire des femmes comme une longue marche vers le progrès, elles ont conquis petit à petit des droits et aujourd'hui est plus enviable qu'hier. C'est faux. Il y a eu dans l'histoire des moments où les femmes avaient plus de libertés et d'autres où on les a renvoyées à leurs fourneaux, une période favorable étant souvent suivie par un retour de bâton. Pour l'autrice ce constat est un avertissement : la vague "me to" peut retomber.

    En s'appuyant sur une bibliographie récente, Titiou Lecoq présente ces différentes époque et analyse comment et pourquoi l'histoire a effacé les femmes.

     

     

    L'étude court du paléolithique à nos jours. J'apprends que c'est au néolithique que le patriarcat s'impose en écrasant les autres types d'organisations sociales. Il y aurait un lien direct entre sédentarisation et violence. Au Moyen-âge on trouve des femmes partout. Elles sont reines, chevaleresses, poétesses, artisanes, autrices, enlumineuresses, orfaveresses, médecines... tous les noms de métiers se déclinent au féminin. Mais entre la fin du Moyen-âge et la Renaissance a lieu le grand renfermement des femmes. Le discours misogyne se structure sous l'impulsion des clercs puis la langue française se masculinise au 17° siècle, le neutre est effacé, "ça pleut" devient "il pleut". Pourtant, malgré les difficultés qu'on leur fait, les femmes continuent à créer. L'histoire choquante de la dramaturge Catherine Bernard (1663-1712), plagiée et calomniée par Voltaire, est bien représentative du processus d'effacement des femmes. Ce renfermement culmine au 19° siècle.

     

     

    J'ai trouvé cet ouvrage passionnant. Si le fond est sérieux, bien documenté et pousse à réfléchir, la forme est souvent très amusante avec mélange des registres de langage -écrit, parlé, familier- et interpellations au lecteur comme dans l'histoire pleine de rebondissements de Fredégonde et Brunehaut, reines mérovingiennes. L'autrice présente des biographies rapides de femmes injustement méconnues ou oubliées et la lecture est facile.

     

     

    En conclusion Titiou Lecoq plaide non pas pour accorder "une" place aux femmes dans mais pour faire enfin une histoire mixte. "L'histoire des femmes est-elle militante? Autant qu'une autre. Ici, bien sûr, j'ai fait des choix, mais l'histoire "officielle", celle des manuels dont les femmes sont exclues, est-elle réellement objective? Pourquoi a-t-on l'impression qu'introduire les femmes en histoire serait une décision politique alors que c'est les avoir exclues qui était réellement politique? Un travail d'homme qui reconduit la domination masculine passe rarement pour militant et ne s'affirme jamais comme tel. Le discours dominant et officiel paraît neutre. Il ne l'est pas. Mais il parvient, par sa position majoritaire, à faire reconnaître ses choix pour de l'objectivité."

     

     

    Les avis de Lilly et Sunalee.

     


    4 commentaires
  • Margaret Atwood, Le fiasco du Labrador, Robert Laffont Cet ouvrage est présenté comme un recueil de nouvelles mais j'ai trouvé que c'était plutôt un roman qui nous raconte des tranches de vie d'une même femme, Nell, de la naissance de sa petite soeur à la vieillesse de ses parents. Jeune femme Nell change régulièrement d'amoureux, de maison, de ville. Elle préserve son indépendance tout en fantasmant parfois une vie rangée avec des rideaux blancs aux fenêtres. La narration est alors à la première personne. Quand Nell rencontre Tig, plus âge qu'elle, déjà père de deux garçons, la narration passe à la troisième personne. Le couple s'installe à la campagne, achète une ferme et se lance dans l'élevage et le jardinage, activités qui occupent Nell à plein temps. Quand elle en fait le bilan elle s'aperçoit que ce n'est pas exactement ce dont elle avait rêvé mais que cette vie qui s'est imposée à elle lui convient.

     

     

    Bien qu'il n'y ait pas d'événement majeur dans cette existence, je ne m'ennuie pas un instant. Margaret Atwood restitue très bien l'importance des relations affectives familiales et des souvenirs qui y sont liés. Il me semble que beaucoup de lectrices doivent pouvoir se retrouver dans le personnage de Nell est ses aspirations. Le tout est écrit avec une pointe d'ironie. La quatrième de couverture nous dit que Nell est le double de Margaret Atwood. J'ai apprécié cette lecture que j'ai trouvé plaisante.

     


    votre commentaire
  • Victoria Mas, Le bal des folles, Audiolib

     

    Mars 1885. A l'hôpital de la Salpêtrière, asile pour femmes, les internées préparent avec effervescence le bal costumé de la mi-carême, le bal des folles. Chaque année à la même époque a lieu ce bal auquel est convié le tout-Paris. On vient s'encanailler et assister, qui sait, avec un peu de chance, à une crise d'hystérie. Le professeur Charcot, chef de service à la Salpêtrière, organise aussi des "leçons", séances publiques -il est question de 400 spectateurs!- au cour desquelles, par l'hypnose, il induit des crises chez des patientes.

     

     

    A travers ses personnage, toutes liées à la Salpêtrière, Victoria Mas traite du sort des femmes à la fin du 19° siècle. Privées de droits elles peuvent être internées si elles refusent de se couler dans le moule. Il y a Geneviève, surnommée l'Ancienne car cela fait 20 ans qu'elle travaille à l'asile comme infirmière. Derrière une apparence austère et rigide elle cache une blessure profonde. Thérèse, la Tricoteuse, ancienne prostituée enfermée là pour avoir tenté d'assassiner son mac; Louise, violée à 14 ans par son oncle et depuis sujette à des crises d'hystérie et enfin Eugénie, internée par son père au début du roman parce qu'elle voit des morts. Elles sont touts victimes du patriarcat.

     

     

    J'ai apprécié les interrogations sur la folie : qui est folle, qui juge de la folie d'une femme? J'adhère moins au spiritisme présenté comme une possibilité crédible. L'audiolivre est lu de façon vivante par Audrey Sourdive, on ne s'ennuie pas à l'écouter.

     

    L'avis d'Hélène.

     


    2 commentaires
  • Jean Marabini, La vie quotidienne à Berlin sous Hitler, HachetteJ'ai longtemps cherché un ouvrage sur la vie quotidienne sous le nazisme aussi j'ai été bien contente de dénicher celui-ci chez un bouquiniste en ligne. Hélas, c'est surtout de la déception que j'ai éprouvé à la lecture. D'abord le titre est mensonger, il est beaucoup plus question d'une histoire du nazisme que de la vie quotidienne des Allemands à cette époque. Les quelques passages qui traitent effectivement de la vie quotidienne commencent avec la guerre alors que la période traitée est celle de 1933 à 1945. Avant 1939 sont énumérés "le Front du travail, les Grands Travaux, la Force par la joie, le Secours d'hiver" mais sans précisions. C'est là-dessus que j'aurais aimé en savoir plus! Je me l'explique par le fait que l'auteur présente les Berlinois comme massivement antinazis. La résistance, passive ou active, occupe de longs passages. Je veux bien croire que Berlin ait été moins nazie que d'autres régions d'Allemagne, j'ai vu cependant des images d'archives qui montrent des foules en liesse au passage d'Hitler dans les rues de la capitale. Sans doute ces scènes étaient elles plus nombreuses avant le début de la guerre, quand le nazisme pouvait encore passer pour une aventure exaltante.

     

     

    L'histoire du nazisme elle-même me semble traitée de façon déficiente. Les événements sont cités de manière allusive, sans explications. Alors que l'ouvrage est construit sur une trame chronologique qui emmène le lecteur de 1933 à 1945 la chronologie de détail est brouillonne avec des sauts dans le temps en avant ou en arrière. Le résultat est confus. Je suis ce que j'ai découvert précédemment chez Joachim Fest, d'autres faits m'échappent. Les sources sont nombreuses pourtant -six pages de bibliographie- mais Jean Marabini semble avoir retenu les hypothèses les plus rocambolesques où les complots se succèdent. Il y aurait ainsi eu un souterrain secret reliant le domicile de Göring au Reichstag qui aurait permis aux SA d'y mettre le feu! Si, d'après internet, les historiens ne sont toujours pas d'accord sur la responsabilité de cet incendie, le souterrain est vraiment de trop pour moi. Enfin ce sont de vraies erreurs que je relève à trois reprises comme lorsqu'il est question des frères H. et S. Scholl (Hans et Sophie, en fait) sur un sujet, la résistance au nazisme, qui est le dada de l'auteur. Ceci me donne une impression de travail bâclé et jette la suspicion sur tout l'ouvrage.

     

     

    Cette lecture me convainc qu'il faudrait que je lise une histoire du nazisme plus sérieuse et moins sensationnaliste. Et aussi plus récente car celle-ci date de 1985 et il me semble que sur le sujet l'historiographie a bien évolué depuis la fin du 20° siècle. Cet ouvrage est périmé.

     


    2 commentaires
  • Bonne année 2022

     

    Tous mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. Moi qui espérait l'an dernier à même époque que 2021 nous permettrait de sortir de la pandémie, je suis un peu moins optimiste aujourd'hui. Ce que la situation m'a appris cependant c'est qu'il faut profiter des occasions de bons moments quand elles se présentent. La lecture est toujours pour moi un plaisir majeur. En 2021 je me suis lancée dans des participations régulières à divers défis lecture, ce que je faisais peu avant, et je compte continuer dans cette voie en 2022. C'est le moment de vous présenter mes meilleurs lectures de 2021 :

    des romans :

    - Vassilis Alexakis, Le premier mot

    - Catalin Mihuleac, Les Oxenberg et les Bernstein

    - Frédéric Paulin, La nuit tombée sur nos âmes

    - Norbert Scheuer, Les abeilles d'hiver

    - Olga Tokarczuk, Dieu, le temps, les hommes et les anges

    - Herbjorg Wassmo, Les testament de Dina

    de la non fiction :

    - Irina Flige, Sandormokh

    - Marie-Monique Robin, La fabrique des pandémies


    10 commentaires
  • Olga Tokarczuk, Récits ultimes, Le livre de pocheTrois récits, trois femmes confrontées à la solitude.

    Après un accident de voiture, Ida trouve refuge chez un couple de personnes âgées qui habitent une maison isolée et l'hébergent le temps qu'elle reprenne ses esprits. Dans ce lieu comme hors du temps Ida revoit des épisodes de sa vie. En rêve elle croise sa mère et sa fille. Elle pense à son mariage raté, à son ex-mari qu'elle revoit de loin en loin malgré leur divorce, non par envie mais par habitude et faute d'avoir su lui dire non.

    Paraskewia, dite Parka, la mère d'Ida, vit dans une maison isolée au dessus d'un village de montagne et aujourd'hui coupée du monde par la neige alors que son mari, Petro, vient de mourir. Tout en s'activant pour signaler la situation au village, Parka se souvient du passé. Parka et Petro sont des exilés qui ont dû quitter leur région d'origine suite aux changements de frontières de la Pologne après la seconde guerre mondiale. Enceinte jeune fille Parka a dû épouser un homme qu'elle n'aimait pas. Ses sentiments pour le mort sont un mélange de colère, d'agacement mais aussi une forme de tendresse due à une longue vie commune.

    Maya, la fille d'Ida, séjourne en Malaisie avec son fils de onze ans. Officiellement c'est pour écrire un guide touristique mais Maya semble surtout tenter de fuir un grand mal être.

     

     

    Même si ces trois femmes sont liées par des relations de parenté, les trois récits sont indépendants et pourraient se lire séparément. Le point commun ici est la réflexion sur le sens de la vie. L'autrice excelle à transcrire les pensées de ses personnages, la façon dont elles vagabondent. Il y a aussi de très belles descriptions des paysages et de la nature, nature enneigée de Pologne, fonds sous-marins de Malaisie. Ida et Parka sont plus attachantes que Maya dont le lecteur reste un peu à distance. Son récit est d'ailleurs rédigé en focalisation externe alors que celui de ses mère et grand-mère l'est en focalisation interne. C'est un ouvrage que j'ai apprécié, plus particulièrement les deux premiers récits, donc.

     

    L'avis de Keisha.

     


    2 commentaires
  • Norbert Scheuer, Les abeilles d'hiver, Actes sud L'histoire se déroule entre janvier 1944 et mai 1945 dans l'Eifel, région allemande frontalière de la Belgique. Egidur Arimond est un ancien professeur de latin et d'histoire. Epileptique, il a été révoqué par le régime nazi et stérilisé de force. C'est un doux, un contemplatif, qui occupe ses journées aux soins qu'il donne à ses abeilles et à leur observation et ses nuits auprès de femmes dont les maris sont à la guerre. A la bibliothèque municipale il fait des recherches sur le moine Ambrosius qui vécut au 15° siècle et dont la légende familiale raconte qu'il est un ancêtre des Arimond. Lui aussi était apiculteur. A l'occasion Egidius fait passer des Juifs en Belgique en les cachant dans des ruches spécialement aménagées. Il fait ça pour de l'argent mais on comprend bien que ce n'est pas un personnage vénal. Il a besoin de financer ses antiépileptiques que le pharmacien rechigne de plus en plus à lui fournir. Pendant ce temps la région est régulièrement survolée par des bombardiers alliés qui vont larguer leurs bombes sur le coeur de l'Allemagne. A mesure que la guerre s'avance vers sa fin, les attaques se rapprochent du village.

     

     

    J'ai beaucoup apprécié cet excellent roman rédigé sous la forme de son personnage attachant. L'apiculture lui est un moyen de supporter sa mise à l'écart et le regard méprisant de certains habitants du village -le pharmacien, par exemple- sur lui et sa maladie. Dans le contexte difficile de la fin de la guerre et de son état de santé qui se dégrade, il a la capacité de profiter de l'instant présent. Il y a enfin une présentation de la vie dans un village de l'Allemagne nazie à cette époque qui est intéressante.

     

     

    L'avis de Patrice.

     


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique