• Richard Powers, L'arbre monde, 10-18Neuf personnages voient leur vie plus ou moins bouleversée par la relation qu'ils ont avec des arbres. Nicholas Hoel, Olivia Vandergriff, Adam Appich, Douglas Pavlicek et Mimi Ma convergent vers la Californie où des séquoias millénaires sont menacés par l'exploitation forestière. Ils participent à la mise en place d'un camp de défense (sorte de ZAD -Zone A Défendre), occupent un arbre puis finissent par se radicaliser.

     

     

    Richard Powers, L'arbre monde, 10-18

    Dans les Pyrénées aussi on manifeste contre un projet de scierie géante

     

    La chercheuse Patricia Westerford a consacré sa vie à l'étude des arbres. Ses découvertes surprenantes (les arbres communiquent entre eux) lui ont valu la mise au ban de la communauté scientifique pendant des années avant d'être confirmées par d'autres et de faire d'elle une vedette de la discipline.

    Ray Brinkman et Dorothy Cazaly ont fait le projet de planter un arbre à chacun de leurs anniversaires de mariage.

    Neelay Mehta est un informaticien de génie qui a conçu un jeu vidéo incluant des arbres. Ce jeu est d'une telle qualité que les joueurs, bientôt, perdent tout intérêt pour la vraie vie.

     

     

    Ca commençait bien pour moi ce roman. La première partie présente les biographies des personnages que j'ai trouvé sympathiques et originaux, un ou deux étant même autistes, semble-t-il. Et puis j'ai commencé à trouver le temps long et à partir de ce moment là je n'ai plus réussi à entrer dans ma lecture et les défauts m'en ont sauté aux yeux:

    Un livre trop long, avec des passages ennuyeux dont pour certains je ne vois pas bien en quoi ils servent le propos. Il m'est arrivé de lire en diagonale.

    Des personnages et des situations qui m'apparaissent caricaturaux et un peu trop de bons sentiments à mon goût.

    Une sauce New Age à laquelle je suis totalement hermétique -après une expérience de mort imminente une femme voit et entend des anges qui lui parlent; une psychothérapeute traite ses patients en les regardant dans les yeux pendant trois heures de rang. Ce dernier exemple marche aussi comme passage dont on se serait aisément passé.

     

     

    Richard Powers, L'arbre monde, 10-18

     

     

    C'est dommage parce que je suis plutôt d'accord avec l'objectif de l'auteur qui est de faire prendre conscience au lecteur de l'importance des arbres pour la vie sur terre. Le constat est peu optimiste. Nous allons dans le mur et le soit-disant développement durable est un leurre : "Ces gens veulent des rêves de percée technologique. Une nouvelle méthode pour transformer la pulpe de peuplier en papier en consommant un petit peu moins d'hydrocarbones. Du bois de construction génétiquement modifié qui bâtira de meilleures maisons et arrachera les pauvres du monde entier à leur misère. La réparation qu'ils veulent, c'est simplement une démolition un peu moins coûteuse". Patience disent des personnages aux arbres, d'ici un ou deux siècles l'humanité ne sera plus en mesure de vous détruire.

     

     

    J'ai trouvé aussi intéressantes les informations apportées sur la vie des arbres : une forêt qui est en fait constituée d'un seul arbre qui s'est multiplié par le biais de rhizomes; un sapin qui, avant de mourir, renvoie son stock de composés chimiques dans ses racines pour les léguer à ses voisins via le mycélium... Cela m'a donné envie de lire un documentaire plus directement axé sur ce sujet. Je pense à La vie secrète des arbres, par exemple.

     

    L'avis de Krol.

    Avec 738 pages je participe au défi Pavé de l'été de Brize.

    Richard Powers, L'arbre monde, 10-18

     


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  • Ursula le Guin, Les dépossédés, PocketLes deux planètes Urras et Anarres sont chacune la lune de l'autre. Il y a 170 ans, un million d'Urrastis sont partis s'installer sur Anarres, auparavant inoccupée, pour y fonder une société anarchiste: sans Etat, égalitariste, non-violente, communautaire, où l'argent et la propriété privée n'existent pas. Il n'y a pas de pronoms possessifs dans la langue qu'ils ont créée. Shevek est un génial physicien dont le talent est entravé par un professeur plus ancien qui espère s'approprier son travail. Shevek prend conscience qu'avec le temps l'idéal anarresti s'est sclérosé. Il décide d'aller voir sur Urras à quoi cela ressemble vraiment. Il pense que les habitants des deux planètes pourraient avoir quelque chose à s'apporter les uns aux autres.

     

     

    Avec Shevek le lecteur découvre Urras qui ne le dépayse pas trop puisqu'il s'agit d'une sorte de double de notre planète Terre. A-Io est une caricature des Etats-Unis où les inégalités sont criantes. Une classe de propriétaires domine et se fait servir par le peuple qui vit misérablement. Il y a aussi Thu -l'URSS- et le Benbili -un pays du tiers-monde. Le roman a été écrit en 1974 et les relations internationales sont celles de l'époque : Guerre Froide et intervention militaire de A-Io pour permettre au dictateur du Benbili de se maintenir au pouvoir. Ce roman est en effet pour l'autrice un moyen de mettre en avant une utopie anarchiste, vers laquelle va manifestement sa préférence. Cependant elle en montre aussi les dérives et Shevek est attiré par certains aspects de sa vie à A-Io.

     

     

    Quant à moi j'ai trouvé la lecture plutôt ennuyante. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y a pas beaucoup d'action. Il s'agit plutôt de nous présenter les conditions de vie sur Anarres et Urras et les idéologies qui les sous-tendent. J'apprécie les allusions qui montrent que l'autrice a des préoccupations féministes et écologistes, il y a des critiques qui sont toujours d'actualité et qui donnent à réfléchir sur la société contemporaine, l'ensemble me paraît souvent fastidieux. La société anarchiste qui est décrite évoque pour moi tantôt un kibboutz, un kolkhoze ou les sessions de travail citoyen à Cuba, bref rien de très fun. Je dirais que c'est un texte qui n'a pas très bien vieilli.

     

    Je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Un roman de science-fiction.

     

    Ursula le Guin, Les dépossédés, Pocket

     


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  • Eric Vuillard, Tristesse de la terre, Actes sudUne histoire de Buffalo Bill Cody. Dans ce roman, Eric Vuillard part d'éléments de la biographie de Buffalo Bill Cody pour faire une critique du sort réservé aux Indiens du fait de la colonisation de l'Ouest des Etats-Unis. Il est question plus particulièrement du massacre de Wounded Knee transformé en bataille par le Wild West Show auquel participent des Indiens survivants. Le Wild West Show met en place l'imaginaire du western. Chaque chapitre s'ouvre par une photographie d'époque des protagonistes, certaines ayant été prises pour être vendues comme souvenirs à l'occasion des représentations.

    Il y a aussi une réflexion sur le développement du divertissement de masse avec ce show que l'auteur voit comme l'ancêtre du reality show contemporain. Le succès s'explique par le fait que le divertissement permet au public d'oublier un instant les conditions de sa vie. Buffalo Bill est d'ailleurs présenté en dépressif chronique.

     

    Eric Vuillard, Tristesse de la terre, Actes sud

    Sitting Bull et Buffalo Bill

     

    J'ai lu ce roman sans déplaisir mais quatre jours après l'avoir terminé je m'aperçois qu'il m'en reste déjà peu de souvenirs et j'ai un peu de mal à rédiger ce compte rendu.

     

     

    L'avis d'Hélène.

     


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  • Janet Malcolm, Le journaliste et l'assassin, J'ai luJanet Malcolm est morte le 16 juin 2021. Cette journaliste étasunienne était née en 1934 à Prague. La famille émigre en 1939 aux Etats-Unis pour fuir les persécutions nazies contre les Juifs. Elle a été un des piliers du magazine The New Yorker et l'autrice de plusieurs livres enquêtes dont

     

     

     

    Janet Malcolm, Le journaliste et l'assassin, J'ai luLe journaliste et l'assassin. En 1970 Jeffrey MacDonald, un médecin militaire, est accusé du meurtre de sa femme et de ses deux fillettes. Il est d'abord relaxé par un tribunal militaire puis, en 1979, rejugé par un tribunal civil à la demande de la famille de sa femme. Le journaliste Joe McGinniss décide alors d'écrire un livre sur l'affaire. Il prend contact avec l'équipe de défense qu'il intègre et signe avec l'accusé un contrat réglant le partage des droits d'auteur. MacDonald renonce par avance à poursuivre McGinnis en diffamation si ce que celui-ci écrit ne lui plaît pas. Pendant les sept semaines que dure le procès McGinniss vit avec MacDonald et se comporte comme son ami. Il fond en larmes à l'annonce du verdict de culpabilité. Le livre tiré de cette expérience, Fatal vision, sort en 1983. Entre le procès et la sortie du livre McGinniss a correspondu avec MacDonald en prison pour compléter sa documentation, lui affirmant régulièrement qu'il le croyait innocent. C'est donc une vraie surprise pour MacDonald de se découvrir dépeint en psychopathe forcément coupable. Il porte plainte contre McGinnis pour tromperie. C'est ce dernier procès, qui s'est tenu en 1987, qui inspire à Janet Malcolm le présent ouvrage, écrit en 1990.

     

    Janet Malcolm, Le journaliste et l'assassin, J'ai lu

    "J'ai un ami imaginaire. C'est un vraie personne mais il n'est pas réellement mon ami"

     

     

    L'autrice s'interroge ici sur la relation entre l'écrivain de no-fiction et son sujet. Elle qui a écrit précédemment sur la psychanalyse la compare à celle qui existe entre le thérapeute et son patient: sujet et patient sont pareillement "prêts à raconter leur histoire à quiconque veut bien l'entendre, et leur récit n'est jamais affecté par le comportement ou la personnalité de celui ou celle qui les écoute". Elle pense qu'au fond les sujets d'un livre ou d'un article savent parfaitement ce qui les attend quand la période des interviews sera terminée.

    Il est question aussi du mensonge. A quel point est-il moralement défendable pour l'auteur de mentir à l'interviewé? Y a-t-il des mensonges moins graves que d'autres, notamment en fonction de la personne à qui on ment? Ces questions ont été débattues lors du procès MacDonald contre McGinniss.

    L'autrice réfléchit enfin au travail de l'écrivain de non-fiction et aux différences qu'il présente avec celui du romancier.

     

     

    J'ai découvert cette affaire MacDonald qui semble avoir défrayé la chronique aux Etats-Unis et fait encore régulièrement parler d'elle. MacDonald qui a toujours clamé son innocence est aujourd'hui encore en prison et ses avocats ont, depuis les années 1990, essayé à plusieurs reprises de le faire libérer. Ce qui m'a le plus intéressée dans cette lecture c'est ce que j'ai vu du fonctionnement du système judiciaire étasunien bien différent du nôtre avec notamment la possibilité pour les parties de se mettre d'accord pour éviter un procès.

     

    L'avis de Keisha.


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  • Timothy Snider, Notre maladie, Les Belles LettresLeçons de liberté depuis un lit d'hôpital.

    Le 29 décembre 2019, l'historien Timothy Snyder a été admis aux urgences de l'hôpital de New Haven pour une septicémie consécutive à une appendicite mal soignée. Il a attendu pendant des heures, il a encore été mal soigné et il a failli mourir. Quand il est sorti c'était le début de la pandémie de Covid 19 dont la gestion par son pays lui a donné des raisons supplémentaires d'être en colère contre le système de soins étasunien. Dans cet essai il montre comment l'insécurité engendrée par l'absence d'Etat providence menace la liberté.

    Ses arguments :

     

     

    - La crise des opioïdes montre que la médecine commerciale ne prend pas le temps de soigner les gens. En ne leur offrant pas d'autre alternative que celle de souffrir ou de prendre des pilules qui les rendent dépendants elle suscite le désespoir et le ressentiment. On tient le discours qu'être libre c'est être indépendant et que donc les citoyens n'ont pas besoin du soutien de l'Etat. "Une fois que l'orgueil se transforme en ressentiment, nous oublions que nous avons besoin d'aide et prétendons que seuls les autres sont dans ce cas". A qui profite le crime? Des analyses montrent que "les gens qui habitent dans des endroits où les antidouleurs sont omniprésents ont voté pour Donald Trump".

     

    - Pour pouvoir devenir des adultes autonomes, les jeunes enfants ont besoin de grandir dans un cadre sécurisé or il est plus difficile pour les parents de leur fournir ce cadre s'ils ne peuvent pas compter sur de bonnes écoles publiques et un régime de prévoyance garanti.

     

    - C'est la vérité qui nous rend libres et pour cela on a besoin d'informations et notamment de la presse locale. Qui peut dénoncer des projets polluants sinon les journalistes locaux ? J'ai envie de répondre les associations de riverains ou de protection de l'environnement. Il me semble que l'affirmation de Timothy Snyder mériterait d'être nuancée. La qualité des titres régionaux est très disparate. Dans ma région je ne compte certes pas sur la presse locale pour m'informer des "relations troubles entre le monde politique et les entreprises". Il faudrait déjà que cette presse soit indépendante des politiques locaux.

     

    Conclusion : l'Etat providence est une manifestation de la solidarité et on a besoin de solidarité pour pouvoir exercer pleinement ses libertés.

     

    J'ai plutôt apprécié cet ouvrage qui se lit facilement. A partir de son cas personnel complété par une documentation solide, Timothy Snyder donne une image inquiétante du système de soins étasunien, résumée par cette formule : "nous payons un prix extrêmement élevé pour acquérir le privilège de mourir plus jeune".

     


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  • Patrick Chamoiseau, Le conteur, la nuit et le panier, Seuil Cet essai traite de la création artistique, plus particulièrement littéraire. En parallèle de la mondialisation économique des relations se sont développées entre les peuples et les cultures, ce que Patrick Chamoiseau nomme Mondialité. Cela a permis de sortir les individus des emprises communautaires. L'écrivain se place dans ce cadre, il chemine "non plus dans le seul tissu de son pays natal, le seul atelier de sa langue d'origine, mais bien dans cet inextricable".

     

     

    Patrick Chamoiseau évoque ses souvenirs d'enfance pour raconter sa découverte de la littérature. Sa mère lui rapporte du marché des rebuts de librairie, vendus sans couverture en "petits-lots-ficelés". Ces premières lectures ne lui parlent pas de lui. Il n'y retrouve ni sa langue maternelle (le créole, langue dominée), ni les paysages et choses de son quotidien. Il se tourne alors vers la bibliothèque Schoelcher et commence à lire tout ce qui traite des Antilles. Mais il s'agit de livres écrits par les vainqueurs, les colonisateurs et au bout de quelque temps il se rend compte que ces lectures sont toxiques, où Nègres et colonisés sont des sous-hommes et la culture antillaise un folklore. Enfin l'auteur part à la recherche de la langue créole dont les contes, chants, proverbes... forment une oraliture. Il rencontre de vieux conteurs, héritiers des conteurs de la plantation esclavagiste, ceux dont la tradition dit qu'ils ne peuvent conter que la nuit sous peine d'être transformés en panier. Comme le sorcier qui connaît les plantes qui soignent ou qui empoisonnent, le conteur est un résistant à l'oppression esclavagiste.

     

     

    Pour Deleuze, l'angoisse de la page blanche vient de ce que cette page est non pas vide mais trop pleine de ce qui a déjà été écrit. Pour créer quelque chose de vraiment nouveau il est besoin d'une catastrophe qui vide la page. Pour les esclaves, la catastrophe existentielle c'est le transport dans la cale du bateau négrier.

    La culture créole est un métissage composé de vestiges de cultures africaines, amérindiennes, occidentales.

     

     

    Dans la dernière partie Patrick Chamoiseau analyse les oeuvres d'auteurs antillais à l'aune de cette capacité -ou pas- de vider la page. Les poètes doudouistes comme Daniel Thaly n'ont pas été capables de remettre en question l'imaginaire dominant. L'auteur juge leurs textes jolis mais tièdes.

    Un long passage est consacré à l'oeuvre de Césaire et à la construction de la notion de Négritude. Cependant Césaire fait l'impasse sur la langue créole.

    Enfin il est question de Glissant.

     

     

    Patrick Chamoiseau manie lui une langue inventive avec création de mots-valises, surgissement d'onomatopées, du créole aussi, bien sûr. Il y a des accents poétiques là-dedans. C'est un auteur que je n'avais jamais lu, très cultivé et exigeant. Il y a de nombreuses références littéraires, une réflexion philosophique. Je dois avouer que je ne suis pas sûre de comprendre tout ce que je lis mais quand je comprends, qu'est-ce que c'est bien! Je retrouve le même choc que lors de ma première lecture de Beloved de Toni Morrison : la littérature, l'invention littéraire m'a fait prendre conscience plus que les textes documentaires du crime contre l'humanité qu'était l'esclavage. Ici c'est l'évocation de l'horreur absolue du transport dans les bateaux négriers qui est particulièrement frappante. Je trouve aussi très intéressante la réflexion sur la place de la langue dominée et de la langue dominante dans une colonie. Par ce qu'elle véhicule la langue dominante n'est pas une simple langue, c'est une arme.

    C'est un livre qui ne se lit pas tout seul. Il faut accepter d'y consacrer du temps et de la concentration mais cela en vaut la peine.

     


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  • En attendant de pouvoir partir en vacances (très bientôt), quelques souvenirs de précédents séjours :

     

    Par la fenêtre de ma chambre d'hôtel- 4

    Hôtel des Arts, Montpellier

     

    Par la fenêtre de ma chambre d'hôtel- 4

    Hôtel de France, Narbonne

     

    Par la fenêtre de ma chambre d'hôtel- 4

    Le Relais, Biscarosse

     

    Par la fenêtre de ma chambre d'hôtel- 4

    Hôtel de France, Mimizan-plage

     

    Par la fenêtre de ma chambre d'hôtel- 4

    Hôtel de la Côte d'Argent, Vieux-Boucau


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  • Irina Flige, Sandormokh, Les belles lettresLe livre noir d'un lieu de mémoire.
    Irina Flige est une géographe russe qui a publié en 1998 un atlas géographico-historique des camps des îles Solovki. Au cours de ses recherches elle a acquis la certitude qu'un grand nombre de détenus des Solovki ont été évacués et exécutés fin 1937. Avec son compagnon Veniamine Ioffe, un des membres fondateurs de Memorial à Saint Petersbourg, elle mène l'enquête pour découvrir le lieu d'inhumation des victimes.

    Les Solovki forment un archipel au Nord-ouest de la Russie, dans la mer Blanche. Après la révolution de 1917 le site devient un des premiers camps soviétiques, un laboratoire du goulag. Dans les années 1930 les prisonniers politiques incarcérés là sont majoritairement des intellectuels comme le météorologue Alexeï Feodossievitch Vangengheim.
    Memorial est une ONG fondée en 1989 à Moscou qui a pour objectif d'étudier les répressions politiques en URSS et dans la Russie actuelle et d'obtenir la réhabilitation des personnes victimes de ces répressions.

     

     

    Les historiens estiment qu'entre août 1937 et novembre 1938 plus de 750000 personnes furent exécutées en URSS, victimes de la Grande Terreur stalinienne. Sur ce laps de temps cela correspond à 50000 exécutions par mois ou 1600 par jour. Parmi les victimes, 1818 détenus des Solovki. Irina Flige, Veniamine Ioffe et Iouri Dmitriev, historien de Petrozavodsk, capitale de la Carélie, ont cherché pendant près de dix ans où étaient passés les corps. C'est une véritable enquête policière que nous détaille dans cet ouvrage Irina Flige, à traquer les documents dans des archives qui s'ouvrent timidement dans les années 1990. Le site de Sandormokh est découvert en 1997. Il se situe dans une forêt près de Petrozavodsk. La Carélie est une région limitrophe de la Finlande, au Nord-ouest de la Russie. A Sandormokh, "lieu d'exécution habituel" de la Grande Terreur, les chercheurs ont compté 236 fosses communes d'environ 4 mètres sur 4. Les recherches se poursuivent pour donner des noms aux victimes et, en 2016, 6241 personnes exécutées là en 1937-1938 avaient été identifiées.

     

     

    Sandormokh est devenu un important lieu de mémoire de la terreur stalinienne. Des monuments commémoratifs (stèles, croix...) y ont été bâtis, des familles apposent des plaques souvenirs ou des photos de leurs proches tués là -voire même ailleurs car on ignore encore beaucoup de lieux d'exécution-, des cérémonies ont lieu tous les 5 août, date de début de la Grande Terreur. C'est une journée internationale de la mémoire à laquelle participent des délégations étrangères. Mais, s'il y a bien des victimes à Sandormokh, officiellement il n'y a pas en Russie de crime ni de criminel. Le régime de Poutine s'est lancé dans une opération de réhabilitation de Staline, allant même jusqu'à réécrire l'histoire pour cela. Depuis 2016 a émergé l'hypothèse alternative que les morts de Sandormokh seraient des prisonniers de guerre soviétiques fusillés là par les Finlandais lors de l'occupation de la Carélie occidentale en 1941-1944. Sur place les fouilles archéologiques n'ont jamais permis de corroborer cette thèse. En 2016 également Iouri Dmitriev a été arrêté, accusé de pédophilie, affaire montée de toutes pièces. Depuis il a été jugé à plusieurs reprises et finalement condamné le 29 septembre 2020 à treize ans de réclusion criminelle dans une colonie pénitentiaire à régime sévère. Il est âgé de 65 ans et sa santé est dégradée.

     

     

    J'ai trouvé cet ouvrage passionnant. Irina Flige présente le travail de recherche qu'elle et ses collègues ont mené et leurs découvertes mais aussi l'histoire de Sandormokh en tant que lieu de mémoire, la façon dont la Grande Terreur y est commémorée et l'évolution des prises de position des autorités locales et nationales depuis 1997.

     

     


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  • Victorine Brocher, Souvenirs d'une morte vivante, LibertaliaUne femme dans la Commune de 1871.
    Victorine Brocher (1839-1921) est la fille de Pierre Malenfant, militant républicain qui a participé à la révolution de 1848 et a du s'exiler après 1851. Le récit commence par les souvenirs d'enfant de Victorine. Elle est très admirative de ce père qui a fait de la politique "la principale occupation de sa vie".

    En 1861 sa mère la marie à Jean Rouchy, ancien soldat, et les deux époux vont s'installer à Paris. Ils adhèrent à l'Association Internationale des Travailleurs (première Internationale) et participent à la tentative de mise en place d'une boulangerie et d'une épicerie coopératives. Elle a toujours été une femme engagée. A côté de ça sa vie privée est parfois douloureuse : son mari est alcoolique et un premier enfant meurt à 4 ans en 1868.

     

     

    En 1871 Victorine accueille avec enthousiasme le proclamation de la république et dès le début du siège de Paris elle cherche à participer activement. Elle suit des cours sur les soins aux blessés puis est admise à la 7° compagnie du 17° de la Garde nationale, 7° secteur, où elle va occuper alternativement les fonctions d'ambulancière et de cantinière. Elle montre bien comment, après les souffrances du siège, la capitulation est inacceptable pour beaucoup. Elle-même a vu mourir à dix jours d'intervalle son second fils et un petit garçon qu'elle avait recueilli. Du coup elle est tiraillée entre une position théorique et idéologique pacifiste et le refus de la défaite. Une fois la guerre commencée il aurait fallu se battre jusqu'à la victoire. Je remarque aussi une contradiction entre sa participation à l'Internationale et un fort patriotisme. Il y a une conception très romantique du peuple, de la révolution et de la joie qu'il y a à donner sa vie pour la république.

     

     

    Après la semaine sanglante Victorine se cache, recherchée comme "pétroleuse". Un temps on l'a crue morte, du fait d'une ressemblance avec une victime de la répression -d'où le titre. En 1872 elle quitte la France pour la Suisse. Son mari a été arrêté et condamné à deux ans de prison. Le récit s'arrête là.

    J'ai trouvé cet ouvrage très intéressant. J'avais découvert le personnage de Victorine Brocher en regardant sur Arte le documentaire Les damnés de la Commune. J'ai trouvé admirable cette femme courageuse qui s'est battue pour ses idées jusqu'à la fin de sa vie, comme le montre le Maitron.

     


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  • Lisa Mandel, Super rainbow, Professeur CyclopeLes SSF (Services Secrets Francophones) ont confié à Lisa (Mandel) et sa compagne Francisse les costumes de Super rainbow qui leur donnent des super pouvoirs à condition qu'elles aient fait l'amour avant de les enfiler. Grâce à ces costumes les super héroïnes vont sauver la planète de divers dangers : un terrible cumulonimbus, un caniche géant, un gang de chauves... Il leur faut aussi affronter des envieux qui aimeraient bien être Super rainbow à la place des Super rainbow. La bande dessinée est divisée en dix chapitres qui correspondent chacun à une aventure des Super rainbow. Le dessin n'est pas colorié, seulement ombré, sauf quand les Super rainbow activent leurs pouvoirs. Alors c'est un arc-en-ciel de couleurs !

     

    Lisa Mandel, Super rainbow, Professeur Cyclope

     

     

    J'ai trouvé cette bande dessinée sympathique et amusante. Sympathique parce que, comme dans Princesse aime princesse, l'homosexualité des personnages est un non sujet. Ce n'est pas seulement qu'elle est acceptée sans problème, c'est qu'elle n'est jamais évoquée. Amusante parce que Lisa Mandel fait preuve d'invention pour proposer des situations absurdes à ses personnages. Les aventures débridées viennent se greffer sur des scènes de la vie de couple bien observées : petits mots doux ou scène de ménage entre amoureuses. Par contre les ressorts sont un peu toujours les mêmes et assez vite cela devient répétitif. A lire par petits morceaux.

     

    Je participe au défi Voix d'autrices, catégorie Une bande dessinée.

     

    Lisa Mandel, Super rainbow, Professeur Cyclope

     

     


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