• Kate Summerscale, Un singulier garçon, Christian BourgoisLe mystère d'un enfant matricide à l'époque victorienne

    Londres, 1895. Dans un quartier populaire, en l'absence de leur père en déplacement pour son travail, deux garçons de 12 et 13 ans mènent une vie de loisirs. Ils assistent à un match de cricket, vont au théâtre, organisent une partie de pêche. Pour subvenir à leurs besoins, ils mettent au clou, petit à petit, des objets de la famille. Où est passée leur mère ? Aux voisins qui s'en inquiètent les deux frères répondent qu'elle est chez leur tante. C'est quand la police intervient après 10 jours de disparition qu'elle découvre le cadavre de la malheureuse Emily Coombes, dans son lit, déjà dans un état de décomposition avancée. L'aîné des garçons, Robert, avoue aussitôt que c'est lui qui a poignardé sa mère.

     

     

    Comme elle l'a déjà fait, Kate Summerscale s'est saisie de ce fait divers et a enquêté sur les motivations et le devenir de Robert Coombes.

    Ses motivations : la justice britannique de l'époque n'interroge pas les prévenus (ce que j'avais déjà découvert en lisant Anne Perry). Seuls les témoins sont appelés à déposer. Une fois son crime avoué, on laissera peu à Robert l'occasion de s'expliquer sur ses actes. L'auteure se base sur ces premiers aveux et sur les rapports des médecins qui ont observé Robert après son arrestation mais cela fait des sources maigres et je ne trouve pas ses conclusions toujours très convaincantes. Peut-être parce qu'il est difficile d'accepter qu'un enfant puisse devenir meurtrier et de sa mère en plus. Le déroulement du procès de ce pauvre garçon qui ne comprend pas ce qui lui arrive me fait penser à celui de Mary Bell, plus de 70 ans après.

     

     

    Le devenir de Robert : jugé coupable mais fou Robert est interné à l'asile de Broadmoor, construit spécialement pour recevoir les hommes et femmes reconnus déments devant les cours de justice. S'il reçoit de vrais forcenés cet asile semble aussi avoir été un moyen pour les jurys de l'époque d'éviter la peine de mort à de trop jeunes condamnés ou à des criminels présentant des circonstances atténuantes pas prises en compte par la justice. Libéré en 1912, Robert émigre pour l'Australie en 1914 puis s'engage comme volontaire lors de la première Guerre mondiale.

     

     

    Sur ses traces et à son habitude, Kate Summerscale explore tous azimuts ce qu'a vécu son personnage. Après le déroulement du procès, elle présente l'asile de Broadmoor, les conditions de vie et l'histoire de quelques internés. Robert s'engage dans l'harmonie de l'asile, elle présente les harmonies à la fin du 19° siècle. Il y a ensuite de longs développements sur les combats des troupes australiennes durant la première Guerre mondiale, dans l'empire ottoman (à Gallipoli) puis sur la Somme. Le cas particulier des brancardiers et des musiciens est plus particulièrement étudié. C'est tout cet aspect de son travail qui m'intéresse le plus car je découvre plein de petits détails sur la vie à cette époque. J'ai donc apprécié la lecture de cet ouvrage.

     


    3 commentaires
  • Yves Pourcher, Pierre Laval vu par sa fille, TextoD'après ses carnets intimes

    Josée (1911-1992) était la fille unique de Pierre Laval. Le père et la fille avaient une relation privilégiée faite d'amour et d'admiration réciproques et qui n'a jamais faibli. Jeune fille, Josée Laval accompagne son père -alors président du conseil- dans ses déplacements officiels. Elle remplace sa mère qui n'aime pas les mondanités. En 1935 elle épouse René de Chambrun et en 1936 elle commence à tenir des carnets dans lesquels elle note, en abrégé, les événements de sa vie. C'est sur cette matière première que s'est appuyé Yves Pourcher pour rédiger son livre. Il a eu accès aussi à la correspondance de Josée Laval.

     

     

    La vie de Josée Laval est une vie de mondanités où l'argent n'est jamais un problème. Elle mange au restaurant plusieurs fois par semaine, elle va dans des soirées où elle rencontre le tout Paris, aux défilés des grands couturiers chez qui elle s'habille, le week-end aux courses pour parier. Avec son mari qui a la citoyenneté américaine, ils voyagent beaucoup, vers les Etats-Unis jusqu'à trois fois par an (trajet en bateau qui dure cinq jours). Ces activités sont à peine perturbées par l'Occupation (seuls les voyages aus Etats-Unis sont suspendus). Dans ses carnets, elle continue d'énumérer ses rencontres. Maintenant, des noms allemands se mêlent aux français. Parmi les Français, collaborateurs politiques ou mondains, on retrouve très fréquemment René Bousquet, Jean Jardin, Paul Morand, Coco Chanel et Arletty.

     

     

    Cette vie déconnectée du réel m'a fascinée. Je me suis demandée pendant un bout de temps quelle était la position de l'auteur qui livre souvent le document sans jugement personnel. Et puis, sans avoir l'air d'y toucher, il dit les choses. Ainsi à propos de la rafle du Vel' d'hiv :

    "Le lieutenant Gerhard Heller de la Propaganda-Stafel dira plus tard : "Lorsque j'appris les massacres des ghettos et des camps d'extermination, que je vis en juillet 1942, les files d'enfants juifs conduits vers des wagons à bestiaux à la gare d'Austerlitz, j'eus les yeux définitivement ouverts par ces horreurs."

    Ce jour-là, René de Chambrun gagne aux courses de Maison-Laffitte. Maurice d'Arhempé et Raimu passent voir Josée et ils restent dîner. Le lendemain, Benoist-Méchin vient pour le repas du soir. Il accepte de prendre le chien qu'elle a trouvé et qu'elle a appelé Hyménée."

    Cela me fait penser au "Rien" marqué à la date du 14 juillet 1789 par Louis 16 dans son carnet de chasse.

     

     

    A aucun moment Josée ne s'oppose aux choix politiques de son père qu'elle considère comme un patriote, voire même un résistant. Son exécution en octobre 1945 est pour elle un assassinat. Elle ne s'en est jamais remise et s'est dès lors consacrée au culte de Laval. A une amie qui lui demande : "Tu travailles à la réhabilitation de ton père ?", elle répond : "Est-ce qu'on réhabilite Jésus-Christ ?". Autour d'elle s'est constitué un petit groupe de fidèles.

     

     

    La description de la France des années 1930 renvoie parfois de façon troublante à la situation actuelle : "Dans une France en crise où le nombre des chômeurs ne cesse de grossir, les gouvernements se succèdent sans résultats tangibles. Le mécontentement est général et la menace extérieure, depuis qu'Hitler a pris le pouvoir en Allemagne, inquiète. Exploités par la presse, L'Action française, Candide et Gringoire en tête, les scandales jettent le discrédit sur la classe politique".

    Cette lecture m'amène ainsi à me poser des questions sur les choix individuels. Où commence la collaboration ? Je vois des acteurs célèbres qui continuent de jouer dans des salles dont le public est composé en partie des forces d'occupation. En même temps, il faut bien vivre. Et puis je lis la relation du scandale causé par la mise en scène d'Andromaque par Jean Marais et je comprends que jouer peut aussi être une forme de résistance.

     

     

    J'ai trouvé cet ouvrage passionnant. Contrairement à ce que m'avait laissé penser le titre, le sujet n'est pas Pierre Laval mais plutôt Josée et la relation entre Josée et Pierre. Je suis obligée de dire que leur amour inconditionnel humanise ce dernier et le rend presque sympathique. Ca m'a donné envie de lire maintenant une biographie de Laval ou une histoire de Vichy.

     


    votre commentaire
  • Marie Didier, Dans la nuit de Bicêtre, GallimardEn lisant Liberté pour les insensés, j'ai découvert le personnage de Jean-Baptiste Pussin, présenté comme le premier infirmier en psychiatrie. J'ai eu envie d'en apprendre plus sur lui et je me suis donc tournée vers le roman de Marie Didier, disponible à ma bibliothèque.

     

     

    Jean-Baptiste Pussin (1745-1811) est issu d'une famille pauvre du Jura. Malade des écrouelles, il entre à Bicêtre en 1771. Considéré comme incurable, il y reste dans la section des "bons pauvres". A cette époque, Bicêtre est en effet un hospice : un endroit qui est à la fois un hôpital, un asile psychiatrique, une maison de correction pour enfants délinquants, une maison de retraite. Le point commun entre les pensionnaires est qu'ils sont pauvres et généralement maltraités. Remarqué pour son intelligence, Jean-Baptiste Pussin va être employé dans l'asile. En 1785 il est nommé "gouverneur des fous".

     

     

    Les méthodes de Jean-Baptiste Pussin rompent avec les traitements brutaux de l'époque. Il considère les fous comme des êtres humains et des malades. Il prend des notes sur les pathologies et ce qui les améliore. Petit à petit il obtient des ressources supplémentaires et se débarrasse du personnel corrompu. Nommé à Bicêtre en 1793, Philippe Pinel soutient et accompagne son action. Ensemble ils vont décider de libérer les malades agités de leurs chaînes.

     

     

    Mon commentaire sur ce roman passera par sa comparaison avec celui de François Lelord. Dans sa forme, l'ouvrage de Marie Didier est plus romanesque puisqu'elle s'adresse à son personnage et brode ouvertement quand elle manque d'informations historiques : "De cette partie de ta vie avant les entrées dans les hospices, je ne sais rien. Ton pays, la Franche-Comté, vient d'être conquis par la France. Les impôts sur le cuir se multiplient, éreintant les tanneurs. Le marasme grandit. Tu quittes Lons-le-Saunier pour monter vers Paris chercher à manger. La tumeur au cou est déjà là, en chapelet. Tu y passes la main souvent sans même t'en rendre compte. Tu avances sur les routes. Ta stature est puissante, tes muscles jeunes. Tu ne souris jamais, tu dors dans les fossés, tu fais parfois la fenaison, la cueillette des fruits".

     

     

    Cependant le contenu amène beaucoup plus d'informations historiques car elle a fait un vrai travail de recherche d'archives concernant ce personnage méconnu. La comparaison fait émerger les insuffisances historiques du roman de François Lelord. Chez Marie Didier j'apprends même des choses sur Philippe Pinel. Le contexte historique est aussi bien présenté. Je découvre ainsi que les massacreurs de septembre 1792 ont investi Bicêtre et y ont assassiné 166 pensionnaires dont 33 enfants. C'est donc une lecture fort intéressante sur les débuts de la psychiatrie en France.

     

     

     

     


    votre commentaire
  • Martin Page, Les animaux ne sont pas comestibles, Robert Laffont

    "Je n'ai jamais essayé, donc je pense que je dois forcément être capable de le faire". Fifi Brindacier

     

    Martin Page est écrivain et par ailleurs militant de la cause animale. De ce fait il est d'abord devenu végétarien puis végane c'est-à-dire qu'il refuse de consommer tout produit ou service qui implique l'exploitation d'animaux. Ca concerne l'alimentation, bien sûr (pas de viande, produits laitiers, oeufs, miel) mais aussi l'habillement (pas de cuir, laine...) et les loisirs (pas de corrida, zoo...). En fait être végane est un choix de vie et, nous dit Martin Page, un engagement politique.

    "Le véganisme est un mouvement politique en faveur des animaux et opposé à la suprématie humaine. Il consiste à ne consommer aucun produit ou service issus des animaux ou de leur exploitation, et à militer publiquement pour que les animaux soient considérés comme des individus".

     

     

    Dans cet ouvrage l'auteur présente, un peu pêle-mêle, ses motivations pour être végane, les modifications que ça a entraîné dans son mode de vie, les réactions que cela suscite dans l'entourage, des conseils pour ceux qui veulent s'y mettre et pourquoi c'est politique, le lien avec le refus des autres oppressions (sexisme, racisme...). Le résultat est facile à lire et généralement intéressant, le cheminement vers le véganisme est présenté comme une aventure. Etre végane c'est s'interroger sur la façon dont les biens que nous consommons sont produits et cesser d'avaler sans réfléchir ce que l'industrie veut nous vendre. C'est interroger l'éducation que nous avons reçue et qui nous a dit que la consommation de viande était naturelle.

     

     

    Martin Page et sa compagne ont créé un blog de cuisine végane dans lequel on retrouve aussi un certain nombre d'idées du livre. J'y ai trouvé un lien vers une marque de chaussures véganes bien jolies et ça tombe à point car sa lecture m'a convaincue de remplacer mes vieilles Doc en fin de course par un modèle sans cuir.

     


    votre commentaire
  •  

    Elena Ferrante, Le nouveau nom, FolioDans ce deuxième tome de L'amie prodigieuse, nous suivons la jeunesse des héroïnes, entre 16 et 23 ans, au milieu des années 1960.

     

    Mariée à 16 ans, Lila a découvert le soir même de son mariage que son mari lui avait menti sur un sujet qui lui tient à coeur. Et elle n'est pas du genre à faire comme si de rien n'était. La vie matrimoniale commence mal. Pendant ce temps Elena, la narratrice, poursuit ses études au lycée puis à l'école normale à Pise. Plus que par l'éloignement géographique, les deux amies sont séparées par leurs modes de vie qui diffèrent de plus en plus. Leurs retrouvailles, de loin en loin sont généralemnt intenses, comme l'été qu'elles passent ensemble à Ischia, au bord de la mer. Les relations ne sont jamais faciles. La compétition, voire l'affrontement, ressurgissent régulièrement.

     

     

     

    Je retrouve avec grand plaisir les héroïnes d'Elena Ferrante. Si lanarration apparaît centrée autour de Lila et des péripéties de son mariage, j'apprécie particulièrement la description des sentiments et des réactions d'Elena confrontée à son changement progressif de milieur social.

     

    Elle a peur de ne pas savoir se débrouiller dans un cadre nouveau : "Je quittai Naples et la Campanie pour la première fois. Je découvris que j'avais peur de tout : peur de rater le train, peur d'avoir envie de faire pipi et de ne pas savoir où aller, peur qu'il fasse noir et que je ne parvienne pas à m'orienter dans une ville inconnue, peur d'être dévalisée. Je mis tout mon argent dans mon soutien-gorge, comme le faisait ma mère, et vécus des heures de méfiance et d'anxiété qui rivalisaient avec un sentiment croissant de libération".

     

    Elle montre patte blanche pour être acceptée par ses camarades : "Je réduisis autant que possible mon accent napolitain. Je réussis à prouver que j'étais douée et digne d'estime mais sans jamais avoir recours à un ton arrogant, en ironisant sur ma propre ignorance et en feignant d'être moi-même surprise de mes bons résultats. J'évitais surtout de me faire des ennemis".

     

     

     

    Mais toujours, quelques soient ses réussites, elle est habitée par le sentiment d'être une impostrice et d'avoir usurpé sa place. Ce sentiment est renforcé par le fait qu'elle constate queses camarades, issus de familles bourgeoises, ont grandi dans un environnement culturel dont elle n'a pas bénéficié, qu'ils ont fait leur cette culture, se la sont appropriée naturellement tandis qu'elle a du la découvrir dans les livres. Ses intreventions sur des sujets nouveaux pour elle -littérature, politique- lui apparaissent artificielles et elle est toujours surprise de susciter de l'intérêt chez ses interlocuteurs.

     

     

     

    Je m'attache aussi aux seconds rôles, bien décrits, notamment la malheureuse et pitoyable Pinuccia. Enfin je veux dire que je trouve tout ceci très bien écrit. L'auteure donne régulièrement de petits détails en apparence anodins et qui confèrent à son texte la force du vécu.

     

     

     

    L'avis d'Eva.

     


    votre commentaire
  • Phandarasar Thouch Fenies, Une famille au pays de l'Angkar, TensingPhandarasar Thouch Fenies est née au Cambodge en 1946. Elle est issue d'une grande famille et grandit à Phnom Penh dans un milieu protégé : après ses études, elle est employée comme secrétaire dans une raffinerie de pétrole ; mariée à 21 ans à un médecin, elle vit avec son mari et ses deux fils dans la grande maison de ses parents. La victoire des Khmers rouges en 1975 va détruire cette vie de rêve. Le 17 avril, la population de Phnom Penh est déportée à la campagne. La famille de Phandarasar se retrouve dans un village où ils sont astreints au travail forcé. Le pays est devenu un immense goulag. Petit à petit, les proches de l'auteure disparaissent ou meurent de malnutrition et de mauvais traitements. Elle et son fils aîné sont les rares survivants de cette famille nombreuse. En 1979 elle a émigré en France où elle vit depuis.

     

     

    L'intérêt principal de ce récit est qu'il présente les grandes violences qu'a subi le Cambodge sous la domination khmère rouge. Quand on en a les moyens, on paie une tasse de riz au prix de l'or et des chefaillons promus du fait de leur inculture abusent de leur pouvoir absolu. Les solidarités familiales se délitent.

     

     

    Maintenant il faut que j'aborde les points faibles de cet ouvrage car, à mon avis, ils sont nombreux.

    D'abord, ce n'est pas très bien écrit, le style est souvent un peu maladroit. Bon, l'auteure n'est pas une écrivaine professionnelle, je lui pardonne -moins à la maison d'édition qui aurait pu faire un travail de relecture plus serré- car parfois la lecture est fastidieuse. Quand elle présente sur deux pages la fiche technique de la raffinerie pour laquelle elle travaille ou qu'elle détaille les liens de parenté entre ses cousins éloignés, je ne vois pas bien qui ça peut intéresser à part ses anciens collègues de travail et sa famille.

     

     

    Ensuite, elle fait preuve d'une grande naïveté politique qui m'agace un peu (elle-même reconnaît que sa naïveté l'a sans doute aidée à traverser ces épreuves sans en être traumatisée à vie). Ainsi elle se prend pour une révolutionnaire :

    "Appartenant à une famille très ancienne du Cambodge, j'avais une idée très utopique de la vie, voire même une idée révolutionnaire. Je n'admettais pas l'injustice, je me révoltais contre la pauvreté. Pour moi, et je le pense encore aujourd'hui, les riches devaient être solidaires des pauvres, le partage de richesse devait être équitable. Je voyais mes parents, mes grands-parents faire de nombreux dons. Cet acte solidaire de la part de ma famille m'a marquée dès ma plus jeune enfance."

    Si faire la charité équivaut à un partage équitable de la richesse, tu parles d'une révolution !

     

     

    Enfin, elle peine à faire ressentir des émotions. Peut-être que c'est moi qui n'étais pas en mesure de les ressentir à cause de l'agacement qui dominait. Ou peut-être que c'est elle dont les sentiments ont été anesthésiés par ce qu'elle a enduré ou qui préfère ne pas se dévoiler, ce qui pourrait se comprendre car elle a vu mourir la quasi-totalité des gens qu'elle aimait.

     

     

     

     

     


  • Alberto Angela, Empire, Payot

    Un fabuleux voyage chez les Romains avec un sesterce en poche

    Rome, 115. Nous sommes à la fin du règne de Trajan et à l'époque de l'expansion maximale de l'empire romain. Tout juste frappé, un sesterce est emporté vers la lointaine Bretagne où il est livré -avec d'autres- au gouverneur de Londinium. Ensuite, de main en main et de poche en poche, le même sesterce va circuler à travers l'empire et au-delà. Alberto Angela nous invite à le suivre et à découvrir de très nombreux aspects de la vie dans cet empire multiculturel. Pour se faire comprendre, l'auteur n'hésite pas à faire de nombreuses comparaisons avec le monde d'aujourd'hui. Cela frise parfois l'anachronisme, cela n'est pas toujours pertinent mais le résultat est très vivant. J'ai particulièrement apprécié la description de courses de chars au Circus Maximus, comme si on y était. J'ai trouvé cet ouvrage intéressant et facile à lire.

     


    votre commentaire
  • Nellie Bly, 10 jours dans un asile, PointsEn 1887, Nellie Bly, jeune journaliste américaine de 23 ans, accepte de se faire interner dans un asile psychiatrique pour y mener l'enquête de l'intérieur. Déguisée en ouvrière, elle prend pension dans un foyer pour travailleuses où elle simule la folie. Elle est ainsi rapidement envoyée au Blackwell's Island Hospital. A partir de ce moment, dit-elle, elle a cessé de jouer la folle : "Laissez-moi vous dire une chose : dès mon entrée dans l'asile de l'île, je me suis départie de mon rôle de démente. Je parlais et me comportais en tout point comme d'ordinaire. Mais, chose étrange, plus je parlais et me comportais normalement, plus les médecins étaient convaincus de ma folie, à l'exception d'un homme, dont la bonté d'âme et la courtoisie restent gravées dans mon souvenir."

     

     

    Et en effet, dans ce lieu la bonté d'âme et la courtoisie des soignants sont assez rares pour pouvoir marquer. Les infirmières se moquent des malades et s'amusent à les exciter dans leur délire. Cela leur donne ensuite un prétexte pour les battre. Les médecins n'accordent qu'un intérêt lointain à leurs patientes et préfèrent parfois badiner avec les infirmières.

    A son arrivée, Nellie Bly est soumise à un bain froid puis rhabillées encore humide et les cheveux mouillés de vêtements insuffisants. La nourriture est infecte. Elle constate que si certaines de ses compagnes sont effectivement démentes, d'autres ont été admises à l'asile pour des problèmes de santé sans rapport avec la folie.

    Après la parution de cette enquête, la commission des budgets de la ville de New-York octroya un million de dollars supplémentaire aux hôpitaux psychiatriques de Blackwell's Island.

     

     

    Après Le tour du monde en 72 jours, je continue ma découverte des reportages de Nellie Bly. J'ai apprécié ce petit livre. J'ai trouvé intéressant de découvrir qui sont les internées. Le Blackwell's Island Hospital est un hôpital pour les pauvres. Les malades sont donc des ouvrières ou des domestiques. Je constate par ailleurs qu'un grand nombre sont des immigrées. Certaines ont une maîtrise très insuffisante de l'anglais et sont encore plus mal équipées pour faire valoir leurs droits.

    Ce court reportage est suivi de deux autres encore plus courts : Dans la peau d'une domestique, une expérience dans deux bureaux de placement et Nellie Bly, esclave moderne, une immersion dans une fabrique de boîtes.

     


    5 commentaires
  • Elisa Vix, Le massacre des faux-bourdons, Rouergue noirUn apiculteur est retrouvé mort, la tête dans une de ses ruches. Peu auparavant il avait reçu par la poste un cadavre de faux-bourdon dans un petit cercueil en forme de ruche. Un deuxième apiculteur assassiné, piqué à mort par ses abeilles, après avoir reçu lui aussi un cadavre de faux-bourdon. Quand un troisième apiculteur est le destinataire du même envoi, la police commence à se demander si elle n'a pas affaire à un tueur en série.

     

     

    Le lieutenant Thierry Sauvage et son adjointe Joana (là je feuillette le roman pour retrouver le patronyme de Joana mais non, il semble que tout du long le tandem soit étiqueté "Sauvage et Joana") mènent l'enquête. Sous une apparence assez désinvolte, Sauvage est un policier plutôt efficace. L'apparence de Joana est décidée et volontaire et c'est ce qu'elle est, décidée et volontaire. Le lecteur découvrira aussi l'intimité des héros. Malgré une ex-femme, une compagne et trois enfants, Sauvage se rêverait sans attaches familiales. Les circonstances vont l'amener à évoluer. Vue l'insistance de son fiancé, Joana s'est résolue au mariage mais elle se pose encore des questions à trois jours de la cérémonie.

     

     

    Un roman policier facile à lire, un moment de détente agréable mais rien de bien marquant ni de très original dans l'enquête. C'est gentil, on pouvait attendre un peu plus de noirceur. Néanmoins j'ai apprécié la présence de personnages féminins qui savent ce qu'ils veulent (Joana, la compagne de Sauvage).

     


    votre commentaire
  • Elena Ferrante, L'amie prodigieuse, FolioElena, la narratrice, et Lila grandissent dans un quartier pauvre de Naples après la seconde guerre mondiale et deviennent amies très jeunes. La meneuse du tandem c'est Lila, une petite surdouée habitée par la soif d'apprendre mais aussi une peste qui cogne avant d'être cognée. Elena est elle aussi une fille intelligente mais plus scolaire et, pour rester au niveau de cette amie prodigieuse, elle est prête à se dépasser : affronter ses peurs et ses ennemis, étudier plus pour obtenir de meilleurs résultats à l'école. Les deux filles attirent l'attention de leur institutrice mais, alors que les parents d'Elena acceptent qu'elle poursuive sa scolarité au collège puis au lycée, ceux de Lila refusent et la voilà employée dans la cordonnerie familiale.

     

     

    Après une mise en place un peu lente où j'ai craint que la lecture ne m'ennuie, j'ai été happée par ce roman passionnant et j'ai eu du mal à le lâcher avant la fin. Il y est question de la vie dans un quartier très populaire, des affrontements entre enfants, des transformations et amours de l'adolescence mais j'ai plus particulièrement apprécié la description de la relation des deux amies, de la compétition qui les oppose et leur permet d'aller plus loin, ensemble. Elena Ferrante montre aussi très bien l'émerveillement qui saisit Elena au moment où elle entre au lycée et découvre qu'il existe un monde au-delà du quartier :

     

    "Mon père me serra la main comme s'il avait peur que je ne m'échappe. En effet j'avais envie de le laisser pour aller courir, changer de place, traverser la route et me laisser renverser par les étoiles brillantes de la mer. En cet instant tellement fantastique, plein de lumière et de clameur, je m'imaginai seule dans la nouveauté de la ville, neuve moi-même avec toute la vie devant moi et exposée à la furie mouvante du monde dont, sans nul doute, je sortirais gagnante : et je pensai à Lila et à moi, à cette capacité que nous avions toutes deux quand nous étions ensemble -seulement ensemble- de nous approprier la totalité des couleurs, des bruits, des choses et des personnes, de nous les raconter et de nous donner de la force.

    Je rentrai dans notre quartier comme si je revenais d'une terre lointaine."

     

     

    Quelques années encore et la liberté acquise par l'étude va entraîner le sentiment d'être une étrangère: "(...) je commençai à me sentir clairement une étrangère, rendue malheureuse pat le fait même d'être une étrangère. J'avais grandi avec ces jeunes, je considérais leurs comportements comme normaux et leur langue violente était la mienne. Mais je suivais aussi tous les jours, depuis six ans maintenant, un parcours dont ils ignoraient tout et auquel je faisais face d'une manière tellement brillante que j'avais fini par être la meilleure. Avec eux je ne pouvais rien utiliser de ce que j'apprenais au quotidien, je devais me retenir et d'une certaine manière me dégrader moi-même. Ce que j'étais en classe, ici j'étais obligée de le mettre entre parenthèses ou de ne l'utiliser que par traîtrise, pour les intimider."

     

     

    Tout est très intelligent et très bien observé. J'aime aussi beaucoup la photo de couverture de l'édition de poche : ces deux gamines délurées, Elena qui montre son habileté au cerceau tout en gardant un oeil sur Lila, en attente de son approbation (ce n'est pas une scène du livre mais ça pourrait).

    L'avis d'Eva, celui de Zarline.

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique