• Leonardo Padura, Les brumes du passé, Métailié

     

    Leonardo Padura, Les brumes du passé, MétailliéLa Havane, 2003. Ancien policier, Mario Conde est devenu revendeur de livre anciens. Quand il entre, sur un pressentiment, dans une grande demeure délabrée pour demander à ses habitants s'ils n'ont pas des livres à vendre, il ne s'attend pas à ce qu'il va découvrir : une bibliothèque intouchée depuis 40 ans, pleine de trésors de l'édition cubaine. La découverte dans un de ces ouvrages d'une coupure de presse datant de 1960 et annonçant les adieux à la scène de la chanteuse de boléros Violeta del Rio bouleverse le Conde. Sans qu'il comprenne vraiment pourquoi il lui faut savoir qui était Violeta del Rio, pourquoi elle a pris sa retraite à 25 ans, au faîte de sa gloire et ce qu'elle est devenue.

     

    Pour le découvrir, Conde va être amené à enquêter dans les bas-fonds de la capitale dont les habitants survivent de tous les trafics : "A travers quelques fenêtres ouvertes sur la rue, de petits étalages annonçaient des pizzas aux fromages apocryphes, des gâteaux de farine volée dans quelque boulangerie, du café mélangé à des griffes de chat et des croquettes de mauvaises tripes. A chaque coin de rue, quelques hommes bavardaient comme s'ils étaient les maîtres du temps. Le Conde calcula que dans ces cent mètres de rue, il devait y avoir plus de soixante personnes en train d'inventer une façon quelconque de se débrouiller dans la vie ou de la voir passer de la façon la moins traumatisante possible. La sensation de dégradation qui flottait dans l'air inquiéta l'ex-policier qui ressenti sur sa peau un tremblement trop semblable à la peur : cette atmosphère était définitivement explosive, étrangère à la ville agréable où il avait vécu tant d'années. Trop de gens sans rien à perdre ou à faire. Trop de gens sans rêves ni espoirs. Trop de feu sous la cocotte qui, tôt ou tard, exploserait sous l'effet des pressions accumulées".

     

    Dans ces quartiers sordides Conde rencontre des contemporains de Violeta del Rio qui lui racontent l'époque où la Havane était la ville la plus vivante du monde, où l'on pouvait faire la fête de six heures du soir jusqu'au lever du jour en passant de cabaret en cabaret.

     

    Encore un très bon ouvrage de Leonardo Padura qui décidément semble vouloir se placer pour moi comme auteur découvert avec profit en 2015. Dans ce roman noir le sujet c'est d'abord la Crise qui a suivi la chute de l'URSS à partir de 1990. Alors, ceux qui n'ont pas quitté l'île se sont mis à vendre, pour ne pas mourir de faim, tout ce qui pouvait avoir de la valeur et d'autres se sont réorientés dans le commerce des objets de seconde main. Pour gagner sa vie, cependant, Mario Conde n'est pas prêt à tout. Ainsi il refuse de monnayer certains ouvrages rares dont la place lui paraît être à la bibliothèque nationale et certainement pas entre les mains de collectionneurs étrangers.

    Le personnage est sympathique aussi dans ses relations avec son groupe d'amis qu'il fait aussitôt profiter de sa chance en organisant des repas mémorables. L'enquête sur la disparition de Violeta del Rio qui fait émerger des secrets de famille enfouis depuis des dizaines d'années est la trame de ce roman riche et fort bien écrit.

     

     


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  • Commentaires

    1
    keisha
    Jeudi 13 Août 2015 à 07:34
    keisha

    Le premier roman de Padura que j'ai lu, et ensuite j'étais ferrée!

    2
    Jeudi 13 Août 2015 à 10:38

    Alors, tu me conseilles quoi ensuite ?

    3
    keisha
    Jeudi 13 Août 2015 à 15:20
    keisha

    Après j'ai lu des pavés, ses deux derniers. Mais il a écrit d'autres plus petits, avec mario condé.

    4
    Dimanche 4 Octobre 2015 à 11:35

    Tu me tentes beaucoup avec tous ces romans de cet auteur ! J'espère que je vais moi aussi avoir un coup de coeur !

    5
    Dimanche 4 Octobre 2015 à 18:49

    Je te le souhaite.

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