• Simone Veil, Une jeunesse au temps de la shoah, Le livre de poche

     

    Simone Veil, Une jeunesse au temps de la shoah, Le livre de poche

    Extraits d'Une vie

    A l'occasion du projet de lectures communes autour de la shoah organisé par Et si on bouquinait un peu et Passage à L'Est, je découvre dans ma bibliothèque ce livre dont je ne sais pas comment il y est parvenu. La quatrième de couverture indique que "ce livre vous est offert gracieusement et ne peut être vendu". Il s'agit d'extraits de l'autobiographie de Simone Veil, à destination de la jeunesse. L'édition est complétée de nombreuses notes qui explicitent les points historiques évoqués. C'est donc un ouvrage tout à fait accessible, aux enfants à partir de quatorze-quinze ans, il me semble, et à tous ceux qui ignoreraient ce dont il est question : la politique antisémite du régime de Vichy, l'extermination des Juifs d'Europe, les conditions de survie à Auschwitz et le difficile retour à une vie "normale" après la guerre.

     

     

    Simone Veil (1927-2017) est née Jacob dans une famille juive attachée à la laïcité et non croyante. Petite dernière d'une fratrie de quatre elle vit à Nice une enfance protégée et heureuse. Elle passe pour une enfant gâtée au point qu'une amie de sa soeur Milou a dit à celle-ci à leur retour des camps : "J'espère qu'au moins la déportation aura mis un peu de plomb dans la cervelle de Simone !" Je suis sidérée par cette remarque totalement inappropriée. Simone Veil n'a pas pardonné. Je le comprends.

    La déportation, donc. Simone, Milou, leur frère Jean et leur mère sont arrêtés le 30 mars 1944 puis internés à Drancy. Jean est déporté de son côté, il sera assassiné en Lituanie avec son père. Le 13 avril les trois femmes partent pour Auschwitz-Birkenau. Elles sont affectées au commando de Bobrek où elles travaillent pour Siemens. Je retiens cette anecdote : "j'ai été affectée à des travaux de maçonnerie parce qu'il fallait construire un mur dont j'ai toujours ignoré à quoi il pouvait bien servir. J'ai souvent repensé à cet apprentissage de la truelle lorsque j'ai eu à poser des premières pierres". A l'occasion de sa panthéonisation j'avais vu un documentaire sur la vie de Simone Veil à la télévision. On l'y voyait dans un document d'archives poser une première pierre. A quelqu'un qui la félicitait pour son maniement de la truelle elle répondait qu'elle avait appris à Auschwitz. Le documentaire précisait que c'était la première fois qu'elle évoquait sa déportation en public.

    Le 18 janvier 1945, devant l'avancée des troupes soviétiques, le commando de Bobrek est évacué. D'abord à pied -marche de la mort- puis en train, les Jacob arrivent à Bergen-Belsen où la mère meurt du typhus.

     

     

    La fin de l'ouvrage raconte la libération, la reprise des études -Simone Veil a passé son bac à la veille de son arrestation-, ses premiers pas de toute jeune femme mariée et mère jusqu'au moment où elle devient magistrate. Elle aborde les difficultés à se réinsérer à une époque où les déportés politiques sont traités en héros et les déportés juifs ignorés. Il lui arrive même d'avoir à affronter des réactions antisémites. Ce n'est pas très bien vu non plus dans son milieu bourgeois qu'une jeune mère de famille veuille travailler.

     

     

    Initiatrice de la loi qui porte son nom Simone Veil reste pour moi une héroïne. En la lisant cependant je ne peux que constater que je ne suis pas toujours d'accord avec elle. Je suis d'abord gênée par un passage qui semble dire que le régime de Vichy aurait sauvé des Juifs :

    "Aucun événement historique, aucun choix politique des gouvernants, surtout dans des périodes aussi troubles, n'entraîne des conséquences uniformément blanches ou noires. Nul ne peut nier que la collaboration, consacrée par les sept étoiles de Pétain, ait induit en erreur nombre de nos concitoyens. J'ai cependant été frappée par la réponse que m'a faite, bien des années plus tard, la reine Béatrix des Pays-Bas, un jour où j'évoquais avec admiration le départ de la reine Wilhelmine et de son gouvernement pour Londres dès l'invasion de son pays, en 1940. "Ne croyez pas que ce soit aussi simple, m'a confié la reine. On a beaucoup critiqué l'attitude de Wilhelmine, regrettant qu'elle ait "abandonné son peuple". Et c'est ce qui se dit encore aujourd'hui dans notre pays". On ignore souvent en France que, compte tenu du vide politique qui régnait aux Pays-Bas, les Juifs y ont été très souvent dénoncés. Ce fut le cas d'Anne Frank".

    Il me faut donc rappeler que la France est le seul pays d'Europe qui a déporté des Juifs à partir d'endroits où il n'y avait pas d'Allemands : la zone dite libre avec le concours actif des autorités françaises. Sur d'autres sujets je trouve à plusieurs reprises ses jugements péremptoires et manquant de nuance. Je me suis demandée si les coupes faites dans son autobiographie pour produire cet ouvrage avaient pu déformer ses propos. Il faudrait comparer avec la version complète pour en savoir plus. Je suppose cependant qu'au minimum la présente version a obtenu l'assentiment de Simone Veil puisqu'elle est précédée d'un mot explicatif de celle-ci.

     

    Simone Veil, Une jeunesse au temps de la shoah, Le livre de poche

     

     

    Avec cette lecture je participe également au challenge Voix d'autrices, catégorie Tranche de vie.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 30 Janvier à 20:19

    Simone Veil est aussi pour moi une personnalité marquante à tant de titres - par son caractère et sa volonté, et aussi par ce qu'elle a subi pendant la guerre puis à son retour, la remarque sur le "plomb dans la cervelle" n'étant qu'un exemple parmi d'autres.

      • Dimanche 31 Janvier à 09:03

        On sent bien cette volonté à la lecture.

    2
    Samedi 30 Janvier à 20:58

    Je me souviens avoir lu ce livre qui est un très beau témoignage, non seulement sur les camps, mais sur sa vie politique. Juste une petite correction : elle n'est pas décédé en 2007 mais en 2017.

      • Dimanche 31 Janvier à 09:02

        Oups ! Merci pour la correction. C'est rectifié.

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