• James Wyllie, Femmes de nazis, Alisio

    James Wyllie, Femmes de nazis, AlisioDans l'ombre de Goebbels, Goering, Himmler...

    Dans cet ouvrage James Wyllie étudie les itinéraires des femmes des chefs nazis Goebbels, Goering, Himmler mais aussi Heydrich, Bormann et Hess depuis la rencontre avec leur futur époux jusqu'à leur mort. Certaines étaient des nazies de la première heure, d'autres sont venues au nazisme par amour ou se sont accommodées du nazisme de leur mari (Emmy Goering), mais aucune cependant ne pouvait ignorer les crimes dans lesquels trempaient leurs maris et dont elles se sont rendues complices en acceptant le train de vie qui allait avec. Ce qui me frappe en effet c'est la corruption de tous ces cadres du régime. Ils possèdent tous plusieurs résidences, souvent immenses, et des chalets sur l'Obersalzberg, certains financés par le "Fonds Adolf Hitler pour l'économie allemande". Il s'agit d'un fonds alimenté par des capitaines d'industrie à partir de ponctions sur les salaires de leurs employés, offert en cadeau à Hitler et géré par Bormann. Les gratifications sont aussi celles du pouvoir absolu. Goering fait de ses événements privés -obsèques de sa première femme, mariage avec la seconde- de véritables fêtes nationales.

     

     

    En s'appuyant sur leurs journaux intimes et leur correspondance, James Wyllie donne la parole à ses protagonistes. On voit ainsi Margarete Himmler souffrir de relations conjugales difficiles : "Aujourd'hui je suis fermement convaincue que j'ai mérité ma place au soleil, et l'amour et le bonheur"; Goebbels pleurer à la projection de Mutterliebe, un mélo nazi et j'apprends qu'Heydrich était un excellent violoniste dont les interprétations "témoignaient d'une sensibilité extrême et d'une gamme émotionnelle d'une étendue rare". Tout cela les rattache à leur humanité et on pourrait de ce fait trouver l'auteur complaisant. Il me semble que ce n'est pas le cas. Les conditions de vie difficiles des Allemands de base avant et pendant la guerre sont décrites et les crimes nommés. Les femmes dont il est question n'ont pas rechigné à employer des travailleurs forcés à leur service et Lina Heydrich les faisait battre quand ils ne travaillaient pas assez vite. Même si certaines ont protégé un ou deux Juifs de leur entourage, elles sont pour la plupart des antisémites convaincues. Le contraste entre l'image qu'elles avaient d'elles-mêmes, leurs aspirations à une vie que j'ai envie de qualifier de petite bourgeoise et la réalité est vertigineux.

     

     

    Enfin, celles qui ont survécu à la guerre n'ont jamais manifesté aucun regret de leurs choix de vie ou de leurs idées. Elles se sont réfugiées dans le déni ou sont restées des nazies convaincues jusqu'à la fin. James Wyllie s'interroge sur les peines relativement légères voire l'absence de poursuites dont elles ont bénéficié.

    J'ai beaucoup apprécié cette lecture que j'ai trouvée plutôt facile d'accès. Encore une fois je me suis félicitée d'avoir lu auparavant la biographie d'Hitler par Joachim Fest. C'était un pavé mais un bon investissement qui m'a aidée à mieux suivre la trame chronologique. En plus de ses personnages principaux James Wyllie fait aussi de rapides biographies de seconds couteaux qui les ont côtoyés. Je découvre par exemple Otto Horcher, restaurateur préféré de Goering, qui fournissait ses réceptions. Il a ouvert des annexes dans plusieurs pays occupés par l'Allemagne nazie et repris le Maxim's à Paris. En 1943 il quitte l'Allemagne pour Madrid où le restaurant existe toujours, tenu par les descendants d'Otto. La rubrique Histoire du site de la maison évité soigneusement cette période gênante. Je trouve tout cela passionnant.

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 22 Janvier à 10:09

    C'est une période sur laquelle on en apprend toujours. Je viens de finir un livre parlant de Rudolf Höss, le commandant d'Auschwitz, et l'attitude de son épouse est conforme à celle que tu décris dans ton billet. Je note ce livre, merci pour toutes ces bonnes suggestions

      • Samedi 22 Janvier à 18:26

        La mort est mon métier ? Dans ce roman elle est présentée, au départ, comme ignorante de ce que fait son mari. Mais en effet il n'y a pire aveugle que celle qui ne veut pas voir.

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