• Victor Klemperer, LTI, La langue du III° Reich, Pocket

     

    Victor Klemperer, LTI, La langue du III° Reich, PocketVictor Klemperer (1881-1960), était un Allemand, professeur de littérature française à l'université de Dresde, Juif marié à une "aryenne". L'arrivée au pouvoir des nazis entraîne pour lui une restriction croissante des libertés. Il perd son poste à l'université et doit travailler comme ouvrier. Il n'a plus le droit de posséder ou de lire que des "livres juifs" -puis bientôt plus aucun. Lui et sa femme sont astreints à vivre dans une "maison de Juifs" -dont je découvre l'existence- sorte de ghetto miniature, comme son nom l'indique. Il n'a plus le droit de verser à la SPA locale une cotisation pour les chats car les animaux qui vivent chez des Juifs sont considérés comme "perdus pour l'espèce". Plus tard ces animaux domestiques ont été pris et tués.

     

     

    Face à toutes ces humiliations et violences, Victor Klemperer montre du courage et résiste à sa façon. Pendant douze ans il a tenu un journal dans lequel il a relaté, observé, étudié comment le nazisme avait réussi à attirer à lui une majorité d'Allemands, à leur imposer sa langue et ses concepts pour les empêcher de réfléchir. S'il arrive à comprendre que des gens peu instruits se soient laissé prendre, il ne pardonne pas aux intellectuels qui ont suivi les nazis : "Comment a-t-il été possible que des hommes cultivés commettent une telle trahison envers la culture, la civilisation, toute l'humanité ?"

    Après la guerre les Klemperer font le choix de rester à Dresde, en RDA. En 1949, Victor publie, à partir de ses notes, LTI, Lingua Tertii Imperii, La langue du III° Reich.

     

     

    Le titre est une allusion aux nombreux sigles et acronymes dont le nazisme a été friand pour se donner de l'importance : BDM (Ligue des filles allemandes), HJ (Jeunesses hitlériennes), DAF (Front du travail allemand)... Un même but est atteint par l'emploi de mots d'origine étrangère alors que, en parallèle, les noms de lieux à consonance serbe de l'est de l'Allemagne sont germanisés.

    Des mots changent de valeur, du négatif au positif ou l'inverse. Ainsi le "fanatisme" devient une vertu. Un "fanatique" est un passionné. Göring est un "ami fanatique des animaux", les troupes allemandes "combattent fanatiquement".

    Autre exemple de la mutation de la langue que j'ai relevé : l'emploi du superlatif, notamment dans les communiqués de la Wehrmacht. Les prises de guerre se comptent par milliers et dizaines de milliers. Les morts du camp ennemi sont "innombrables", d'un nombre "inimaginable". Il s'agit de masquer la vérité pour empêcher les gens de réfléchir. Victor Klemperer qualifie la LTI comme une "langue qui poétise et pense à ta place".

     

     

    Cette étude de l'évolution de la langue sous le III° Reich est vivante. L'auteur s'appuie sur toutes sortes de documents qu'il a collectés et sur des anecdotes qui montrent aussi des aspects de la vie quotidienne à cette époque. Ainsi, en octobre 1933, on prélève sur les salaires des Allemands, une "contribution volontaire au secours d'hiver". Il s'agit en fait d'un nouvel impôt qui ne dit pas son nom. Les étudiants désertent les cours, pris par le "sport militaire" et autres manifestations analogues. C'est cet aspect de vie quotidienne que je recherchais dans LTI, cité dans la préface de Quand les lumières s'éteignent. J'en ai apprécié la lecture qui donne aussi à réfléchir sur l'utilisation qui peut être faite de la langue aujourd'hui. Les nazis se disaient anti-système...

    J'en termine avec un hommage à Eva Klemperer, épouse de Victor, à qui est dédié cet ouvrage et c'est bien mérité. Cette femme courageuse a soutenu son mari dans l'épreuve, elle a pris des risques pour lui fournir livres et documents et pour cacher ses notes.

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    keisha
    Lundi 21 Mai à 08:08
    keisha

    Je soupire car je rencontre ce livre (comem chez toi), il est à la bibli, et j'hésite...

      • Mardi 22 Mai à 09:11

        Moi aussi , ça faisait longtemps que j'en avais entendu parler et j'hésitais à le lire car je m'étais imaginé que ce serait ardu mais ça se lit plutôt facilement.

    2
    Lundi 21 Mai à 13:11

    J'ai déjà vu ce livre chroniqué ( en bien évidemment) et je compte le lire mais pas tout de suite.

      • Mardi 22 Mai à 09:12

        Je pense que c'est une lecture qui peut valoir le coup.

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